Dystopie : d’après le président de Microsoft « l’heure est grave »

Économie, Politique

mise à jour le 03/06/21

Microsoft

Le président de Microsoft, Brad Smith, s’inquiète du devenir des démocraties dans le monde et de la surveillance de masse car la Chine est largement en avance sur ces sujets. 

Obama avait mis Angela Merkel sur écoutes en 2010 et, depuis 2001, le Cloud Act oblige, sur simple réquisition judiciaire, Microsoft et autres Gafam à communiquer au FBI toutes les données en leur possession, qu’elles soient localisées sur le territoire américain ou à l’étranger, et sans même en informer les personnes concernées. Les Gafam ne se privant pas de récolter nos données à la pelle, il est étonnant de les voir s’inquiéter des prouesses technologiques de la Chine et de l’absence de lois pour les encadrer. L’argument de la démocratie fait partie d’une stratégie commerciale pour récupérer un marché qui leur file entre les doigts.

La situation pourrait très bientôt dégénérer et faire totalement vaciller les démocraties

Dans une émission consacrée à l’intelligence artificielle, la BBC a interrogé le président de Microsoft, l’ancien CEO de Google et l’un des principaux conseillers du gouvernement chinois en matière d’IA. D’après le premier cité, l’heure est grave.

Au cours de l’émission Panorama de la BBC, consacrée à la façon dont la Chine utilise l’intelligence artificielle pour surveiller ses citoyens, Brad Smith, actuel président de Microsoft, a fait part de ses inquiétudes. Pour lui, la situation pourrait très bientôt dégénérer et faire totalement vaciller les démocraties.

« Si nous ne promulguons pas les lois qui protégeront le public à l’avenir, nous allons constater que la technologie avance à toute allure, et il sera très difficile de la rattraper », a déploré Brad Smith.

Pour donner plus d’impact à son propos, le patron de Microsoft a donné un exemple connu de tous: l’œuvre dystopique de George Orwell, 1984.

« Je me souviens constamment des leçons de George Orwell dans son livre 1984. Vous savez que l’histoire fondamentale… était celle d’un gouvernement qui pouvait voir tout ce que chacun faisait et entendre tout ce que chacun disait, tout le temps. Eh bien, cela ne s’est pas produit en 1984, mais si nous ne faisons pas attention, cela pourrait se produire en 2024 », a-t-il déclaré. « Dans certaines parties du monde, la réalité rattrape de plus en plus cette vision de la science-fiction. »

Par cette dernière phrase, Brad Smith a fait une allusion à peine voilée à la Chine. S’étant fixé pour objectif d’être le leader mondial de l’IA pour 2030, le pays progresse à pas de géant. En 2019, la Chine a d’ailleurs battu les États-Unis au niveau du nombre de brevets obtenus par les institutions universitaires pour l’innovation dans les technologies d’intelligence artificielle.

« Allier les démocraties face à la Chine »

Interrogé dans le cadre de la même émission, Eric Schmidt, ancien CEO de Google et actuel président de la Commission de sécurité nationale américaine sur l’intelligence artificielle, a tenu à expliquer pourquoi il était primordial de ne pas laisser la Chine remporter la bataille.

« Nous sommes dans un conflit stratégique géopolitique avec la Chine. Le moyen de gagner est de rassembler nos ressources afin de mettre en place des stratégies nationales et mondiales permettant aux démocraties de gagner dans le domaine de l’IA », a-t-il affirmé. « Si nous ne le faisons pas, nous serons confrontés à un avenir où d’autres valeurs nous seront imposées. »

La BBC a souhaité obtenir l’avis de la Chine sur la question. Et qui d’autre que le Dr Lan Xue, principal conseiller du gouvernement chinois en la matière, pour y répondre?

« La Chine a en effet fait d’énormes progrès en matière de développement technologique », a-t-il concédé. «[Les États-Unis] ressentent cela comme une menace… et ils ont voulu lancer cette guerre froide sur la technologie. »

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