Benjamin Lavernhe aux Césars : « Les nommés dans l’affaire Epstein sont… Vous êtes beaucoup trop nombreux ! »

La cérémonie des César 2026 restera dans les annales comme le moment où Benjamin Lavernhe, maître de cérémonie d'un soir, a cru malin de jouer les trouble-fête avec le cadavre dans le placard. Devant le gratin du cinéma français réuni à l'Olympia, l'acteur a sorti l'accessoire devenu fétiche – une liasse de papiers – pour lâcher, faussement inspiré : « Les nommés dans le dossier Epstein sont… ». Puis le trou, le silence gêné, et la pirouette : trop nombreux, pas le temps, passons à la suite. On cherche encore ce qui est plus pathétique : que l'humoriste ait osé, ou qu'il se soit dégonflé avant d'aller jusqu'au bout.

mise à jour le 28/02/26

La plus grande blague de la soirée n’était pas celle de Lavernhe, mais cette salle remplie de gens qui n’ont pas osé demander la suite.

Car voilà tout le problème de ce qu’on appelle, dans le jargon, un « trait d’esprit ». Benjamin Lavernhe, sans doute grisé par son hommage à Jim Carrey, a cru pouvoir convoquer l’ombre de Jeffrey Epstein comme on invite un clown triste à goûter. Sauf que le dossier en question – archives déclassifiées, témoignages accablants, ramifications internationales – n’a rien d’un sketch.

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En France, il éclabousse Jack Lang, l’ancien ministre de la Culture dont le nom revient avec une régularité de métronome dans les échanges liés à l’affaire, au point que le Parquet national financier s’est fendu d’une enquête pour blanchiment et fraude fiscale aggravée. Alison Wheeler, plus tard, en remettra une couche avec un trait sur un hypothétique biopic Lang par Lavernhe, liant le tout à l’abbé Pierre. Drôle de jeu de piste.

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LA LISTE ET LE SILENCE

Ce qui dérange dans cette séquence, ce n’est pas tant la blague que ce qu’elle révèle du milieu qui l’a produite. Benjamin Lavernhe a brandi la liste du dossier « Epstine », comme le prononce la bien-pensance, sans la lire, a désigné le poison sans nommer les empoisonneurs. Était-ce par maladresse ? Par crainte de fâcher des amis chers et puissants dans la salle ? L’acteur avait, rappelons-le, appelé à voter Macron en 2022. Parce que, soyons honnêtes, quand on lance « les nommés sont… » et qu’on s’arrête, on ne fait pas de l’humour – on fait du name-dropping sans les noms. On rappelle à l’assistance que les fameux dossiers Epstein contiennent des connexions avec l’industrie du divertissement, y compris française, mais on se garde bien de troubler l’ordre du dîner.

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LE RIRE JAUNE DE LA COMPLICITÉ

Ricky Gervais, aux Golden Globes 2020, avait joué le même jeu mais jusqu’au bout, écharpant son public en direct. Benjamin Lavernhe, lui, a préféré la version light : celle qui flatte l’auditoire en lui donnant l’illusion qu’il est du côté des lanceurs d’alerte, sans jamais le contraindre à regarder ses voisins de table. Le résultat ? Un malaise poli, quelques rires jaunes, et la satisfaction collective de s’être donné des frissons d’indignation sans quitter son confort.

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