Économie

Aux origines sacrées de la dette, cet art millénaire de spolier les peuples – Youssef Hindi

La dégradation de la note française par l'agence Fitch n'est que l'actualité superficielle d'un système plusieurs fois millénaire. Pour en comprendre la finalité, il faut plonger avec Youssef Hindi dans ses origines sacrées et religieuses, soigneusement occultées.

mise à jour le 18/09/25

L’offrande n’est plus versée à une divinité invisible mais à des créanciers bien réels, dont les agences de notation sont les nouveaux oracles.

Aux sources mésopotamiennes de l’usure

L’analyse de Youssef Hindi dépasse largement le cadre économique. En s’appuyant sur les travaux d’historiens, il démontre que la monnaie et la dette sont nées conjointement dans le contexte religieux des temples de Mésopotamie, vers 3500 avant J.-C. L’argent avait une origine sacrée : il servait d’offrande aux dieux pour se racheter d’un sacrifice. Les administrateurs de ces temples, ancêtres des banquiers, inventèrent le prêt à intérêt pour financer le commerce, initiant une spirale d’endettement qui conduisait les paysans à la saisie de leurs biens, puis de leur famille, les réduisant en esclavage. Seules les annulations périodiques de dettes par les rois évitaient l’effondrement social.

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Une culpabilité instrumentalisée au service des créanciers

Aujourd’hui, le mécanisme est identique, mais les dieux ont changé de nom. La loi de 1973, interdisant à la Banque de France de prêter à l’État, a contraint ce dernier à s’endetter auprès de marchés privés, détenus par des fonds d’investissement colossaux. La charge de la dette, bientôt premier poste de dépense de l’État, représente une ponction de plus de 55 milliards d’euros d’impôts annuels, offerts en « offrande » aux créanciers. Comme l’expliquait déjà Karl Marx au XIXe siècle, l’endettement de l’État est l’objet même de la spéculation et le poste principal de l’enrichissement d’une aristocratie financière. Pour faire accepter ce transfert de richesse, un discours culpabilisant est entretenu à l’égard des peuples, présentés comme les seuls responsables d’une dette dont ils sont pourtant les premières victimes.

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