L’argument imparable du consentement légal
À l’époque des faits, Alanis a 15 ans et débute dans le circuit musical canadien. L’âge du consentement y est alors fixé à 14 ans. Un détail légal qui, pour beaucoup, a servi de paravent à l’époque. « On ne consent pas à 15 ans », tranche-t-elle aujourd’hui avec la lucidité des survivantes. « Pour moi, ce sont tous des pédophiles. C’est du viol sur mineur, point barre. » Elle remballe ainsi l’éternel argument de la « maturité précoce » des jeunes filles, ce cache-sexe dont l’industrie a longtemps usé pour protéger ses prédateurs.
Le grand jeu de la chaise vide
Ce qui frappe dans son récit, c’est moins l’acte que la réaction post-traumatique de son entourage. Quand l’adolescente osait briser la loi du silence, ses confidents fuyaient comme si elle venait de lâcher une bombe microbienne. Ils se levaient, quittaient la pièce, changeaient de sujet. Alanis Morissette en profite pour dynamiter un autre cliché : celui de la victoire « attendant » des décennies avant de parler. « Je n’ai pas attendu. Personne n’écoutait. » Ou pire, on faisait mine de ne pas entendre, de peur de voir son gagne-pain ou sa petite tranquillité compromise.
Une vérité qui dérange jusqu’au bout
Le geste est d’autant plus fort qu’Alanis a fini par renoncer au film. Après visionnage, elle a crié à la trahison, au sensationnalisme, boudant la première au Festival de Toronto. Comme si, même face à son propre courage, le contrôle lui échappait. Comme si la machine médiatique, encore une fois, tentait de vampiriser sa douleur.
Derrière la rage des hymnes comme « You Oughta Know », on découvre une morgue plus froide, plus ancienne. Celle d’une gamine sacrifiée sur l’autel du rock, et dont les blessures, malgré la thérapie, continuent de suinter à travers les micros.
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