Politique

Pierre Chaillot : À qui sert la police française ?

Cet article, qui est une chronique de voyage, est la suite de « Pierre Chaillot face à la police américaine ». La comparaison entre une police américaine — qu'il juge courtoise avec les réserves qui s'imposent — et la police française au service d'une caste relève d'un système. Analyse.

mise à jour le 15/07/26

Pierre Chaillot décrit une police centralisée, conçue selon lui pour protéger le pouvoir avant la population.

L’escalade : Statistiques de la violence urbaine et des violences policières

C’est là que le piège médiatique se referme : confondre la violence criminelle par arme à feu (spécifique aux USA et liée au 2ème amendement, voir Vol. 8) avec la violence politique lors de mouvements sociaux (le maintien de l’ordre).

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Sur ce second front, la France présente des statistiques alarmantes qui font d’elle une exception démocratique. L’escalade de la tension s’est transformée en un embrasement systémique, notamment depuis le mouvement des Gilets Jaunes.

1. Le grand embrasement français : Des données sans équivalent
L’observatoire des violences policières (comme le projet désarmons-les ou l’IGPN) montre une courbe qui explose à partir de l’automne 2018. Les statistiques officielles du Ministère de l’Intérieur sur les blessés lors de manifestations sont elles-mêmes des aveux : des milliers de blessés, dont des centaines de blessures graves et mutilantes (mains arrachées, yeux crevés) liées à l’utilisation d’armes de « force non létale » (le LBD 40 et les grenades de désencerclement).

Le point de rupture a été l’adoption de la doctrine de la « nasse », de l’utilisation préventive de grenades de gaz lacrymogène pour dissoudre des rassemblements pacifiques et de l’interpellation systématique en fin de cortège par des unités comme la BAC (Brigades Anti-Criminalité) ou la BRAV-M, dont la brutalité est documentée par des centaines d’heures de vidéos de terrain.



2. Le verdict international
La télévision française peut bien continuer à nous montrer les bavures raciales aux USA — qui sont réelles, terribles et documentées, mais qui relèvent d’une fracture sociétale spécifique et historique —, elle cache la réalité de sa propre dérive autoritaire.

La France est désormais régulièrement et officiellement épinglée par des instances internationales qui ne sont suspectes d’aucune sympathie pour les factieux : l’ONU, le Conseil de l’Europe ou Amnesty International ont dénoncé l’usage excessif de la force et la brutalité systémique de la doctrine française de maintien de l’ordre lors de la répression des Gilets Jaunes et des manifestations contre la réforme des retraites.

Aucun rapport de ce type n’a visé la police new-yorkaise ou celle du Wyoming pour la gestion d’un rassemblement festif comme la finale des Knicks. Le flic américain est formé à la désescalade avec ses concitoyens manifestants ; le flic français est équipé pour le combat face à son « ennemi intérieur ».

L’outil de protection de l’entre-soi ?

Lorsque l’on met bout à bout ces données, une structure logique implacable émerge. La déconnexion physique, culturelle et sociologique entre l’élite technocratique parisienne et le reste du pays est un fait politique largement documenté. L’hyper-centralisation de la Cinquième République a créé un pouvoir présidentiel et gouvernemental qui évolue en vase clos.
Dès lors, la transformation de la doctrine policière française prend tout son sens. Tout se passe comme si cette élite déconnectée, consciente de son déficit de légitimité démocratique, avait méthodiquement transformé un service public de paix du quotidien en une force de répression verticale destinée à se protéger elle-même.

L’analogie avec le management d’entreprise est ici d’une parfaite rigueur systémique. Lorsqu’un actionnaire ou une direction hors sol décide de restructurer une usine et de licencier massivement, il n’envoie pas les cadres de proximité qui partagent le café avec les ouvriers depuis dix ans. Il recrute des consultants ou des directeurs des ressources humaines externes, déshumanisés, venus d’ailleurs, spécifiquement missionnés pour exécuter les basses œuvres sans états d’âme.

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C’est exactement ce que produit la centralisation du maintien de l’ordre à la française. En envoyant des compagnies de CRS ou de Gendarmes Mobiles à l’autre bout du pays, ou en projetant des unités d’intervention rapides comme la BAC ou la BRAV-M, le pouvoir central s’assure que l’agent en armure n’a aucun lien, aucun visage, aucune histoire commune avec le citoyen qui manifeste en face de lui. L’introduction d’armes modernes de catégorie D (LBD, grenades) permet d’ailleurs de matérialiser cette distance en frappant de loin, évitant le corps-à-corps qui humanise l’adversaire.

Depuis vingt ans, l’allocation de nos impôts au sein du Ministère de l’Intérieur semble ainsi répondre à une priorité claire : gérer la hantise historique du pouvoir centralisé français — la révolte populaire et la sédition — plutôt que de démanteler le crime organisé.

Le paradoxe des régimes en dérive : Taper sur le citoyen, tolérer le trafic

Cette inversion des priorités rappelle un mécanisme bien connu des analystes des régimes totalitaires de l’ex-bloc soviétique ou des Balkans. Pour maintenir une population sous cloche sans que la cocotte-minute n’explose, ces systèmes appliquent une double doctrine : une répression féroce contre toute contestation politique ou administrative, combinée à une tolérance coupable — voire une gestion indirecte — des marchés parallèles. Le trafic de rue et l’économie souterraine agissent comme des soupapes de sécurité économiques et sociales pour les populations paupérisées, tout en détournant l’énergie de la jeunesse loin de la révolte politique.

Ne serait-ce pas le spectacle saisissant auquel nous assistons en France ? Le pouvoir déploie une force de coercition disproportionnée, ultra-militarisée et administrativement pointilleuse lorsqu’il s’agit de réprimer des citoyens en Gilet Jaune ou de soumettre des éleveurs à des normes sanitaires strictes. Mais cette même force d’État devient étrangement impuissante, lente et procédurière face à l’explosion géométrique du narcotrafic et des règlements de comptes à la kalachnikov qui ensanglantent nos villes de province.

L’appareil d’État français a choisi son camp. Il n’est plus configuré pour assurer la paix publique entre les citoyens, mais pour assurer la survie de sa propre structure. Et c’est là que le contraste avec la fragmentation policière américaine devient une leçon de démocratie : le pays des cow-boys protège ses citoyens ; le pays des droits de l’homme protège ses dirigeants..

Chroniques d’un statisticien en Gilet Jaune : La réalité physique de la répression

Lorsque l’on bascule du côté des données à celui de l’expérience vécue, la théorie systémique s’efface devant la violence de la chair. J’ai été un observateur attentif et concerné de ces mouvements de contestation. Mon travail d’analyse sur la gestion de la crise sanitaire m’a exposé publiquement, me conférant une certaine notoriété parmi ceux qui refusaient la dérive autoritaire du pass vaccinal. J’ai participé activement aux manifestations nationales, jusqu’au jour où le basculement s’est opéré : les gens ont commencé à me reconnaître dans les cortèges, à m’interpeller positivement.

C’est précisément à ce moment-là que l’expérience des Gilets Jaunes m’a dicté une règle de survie absolue : **cesser immédiatement de m’exposer physiquement.**
Dans un système hyper-centralisé qui perçoit toute contestation comme une menace existentielle, le fait d’avoir un nom et un visage identifiables fait de vous une cible prioritaire pour l’appareil de répression. Ce n’est pas une intuition paranoïaque ; c’est un constat empirique que j’ai vu s’appliquer à mes proches.

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Article à retrouver sur le site de Pierre Chaillot.

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