Politique

Les députés marchent sur les traces de Schuman et sur le portefeuille du contribuable : le hold-up de la Journée de l’Europe

La nomenklatura bruxelloise a encore frappé. Les députés européens, réunis en assemblée, ont eu l'ingénieuse idée de s'octroyer une indemnité de présence de 359 euros pour daigner participer à des événements publics le samedi 9 mai 2026, à l'occasion de la très sacro-sainte Journée de l'Europe, et cela en dépit du tout aussi sacro-saint shabbat. Une mesure qui, sous couvert de célébrer la paix et l'unité, ressuscite le vieux démon de la gestion folklorique des deniers publics au cœur des institutions.

mise à jour le 15/03/26

Célébrer l’amour de l’Europe, ça a un prix : 359 euros très exactement, payés par des contribuables déjà saignés.

La déclaration Schuman, nouveau fonds de commerce

Jusqu’à preuve du contraire, l’indemnité journalière de 359 euros était théoriquement destinée à récompenser le labeur parlementaire des élus à Bruxelles ou Strasbourg, et exclusivement en semaine. Mais la machine à réinventer les règles s’est emballée. Un courriel interne daté du 6 mars, signé par la centriste française Fabienne Keller et dont Euractiv a obtenu une copie, révèle la combine : le 9 mai, les députés pourront pointer au registre de présence, et ce, en échange d’une simple participation à des animations liées à la fête de l’Europe.

On commémore certes la déclaration Schuman de 1950, cet acte fondateur. Mais cette année, l’hommage aura un coût. Des festivités sont prévues à Bruxelles, Luxembourg, et plus tard à Strasbourg. Au programme : portes ouvertes, petits discours et photos avec des citoyens visiblement trop naïfs pour imaginer que leurs représentants sont payés pour leur serrer la main.

Dans les couloirs du Parlement, on rit jaune. Un élu, qui a requis l’anonymat, lâche une bombe : « C’est incroyablement facile de jouer avec le système et d’obtenir de l’argent pour rien. » Un autre, plus cinglant, résume l’ambiance : « Jean Monnet se retourne dans sa tombe. » On ne saurait mieux dire.


La réunion secrète du « bien-être » des députés

Car cette petite « prime du 9 mai » n’est que la partie émergée d’un iceberg réglementaire. En catimini, un aréopage de cinq hauts responsables du Parlement, mené par la vice-présidente allemande Sabine Verheyen (PPE), s’est réuni pour plancher sur un assouplissement des règles encadrant les indemnités de voyage et de présence. Le tout, bien sûr, sans toucher au budget, promis-juré.

Parmi les douceurs envisagées : passer le seuil de remboursement des trajets en voiture de 720 à 1 000 kilomètres, ou revoir à la baisse le temps de présence exigé pour toucher la précieuse indemnité. On se souvient que ces règles avaient été durcies après le retentissant scandale du Qatargate en 2022. Mais voilà, le Parlement trouve cela trop contraignant. Le groupe de travail, où siège également la députée Keller, prévoit de rendre ses conclusions d’ici l’été. L’objectif officiel est de « simplifier ». L’objectif réel, lui, semble surtout de simplifier… l’accès à la caisse.

Visite guidée de la commission européenne

Que ce soit le Parlement européen ou la Commission européenne, le confort est extrême. François Asselineau nous faisait visiter les lieux en 2013 : moquette épaisse et jetons de présence à gogo. Depuis, l’institution continue à tenir bon. Le fromage bruxellois est une spécialité gastronomique très appréciée des rats qui la grignotent dans ses couloirs.



« Pratique standard » ou provocation ?

Du côté de la communication du Parlement, on tente d’éteindre l’incendie avec une langue de bois bien rodée. Un porte-parole qualifie cette extension de prime dominicale de « pratique standard ». « Rencontrer et interagir avec les citoyens fait partie intégrante des devoirs parlementaires », a-t-il asséné. Une formule qui aurait presque de la gueule si elle ne concernait pas des élus payés 359 euros pour une heure de présence à un cocktail commémoratif.

Fabienne Keller, pour sa part, a fait le choix du silence, probablement trop occupée à préparer ses dossiers pour la prochaine réunion sur l’amélioration des conditions de travail des députés.

Pendant que les fonctionnaires européens se goinfrent, les contribuables, eux, trinquent. À l’approche du vote de mi-mandat en janvier 2027, ce genre d’initiative risque d’ajouter un peu plus de napalm sur le fossé qui sépare déjà les institutions d’une Europe qu’elles sont censées servir. La confiance dans l’UE est au plus bas ? Qu’importe, la fête, elle, sera belle… et payante.

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