Pour tous ceux qui veulent savoir ce que ça signifie être placé sous sanctions de l’Union européenne et quels seront les impacts pour Jacques Baud ou Xavier Moreau, je partage d’expérience, puisque je suis la première suissesse sanctionnée (depuis le 26 juin 2025).
Pour Xavier,… pic.twitter.com/nzooxL0WsS
— Nathalie Yamb (@Nath_Yamb) December 16, 2025
Des cibles choisies pour l’exemple
Jacques Baud, ancien du renseignement suisse et de l’OTAN, est un critique méthodique des manipulations médiatiques occidentales. Xavier Moreau, installé à Moscou, dénonce depuis longtemps le narratif européen. Leur point commun ? Une audience et une crédibilité qui dérangent. Le paquet de sanctions du 15 décembre ne vise pas l’économie, mais les récits. En ciblant ces intellectuels, l’UE n’argumente pas : elle punit. Elle ne répond pas par le débat, mais par la saisie administrative. Comme le note froidement le Pr Pascal Lottaz, il s’agit d’une « loi sans loi », déployée sans procès, sans défense, et désormais, sans limites géographiques.
Le manuel pratique de l’effacement
Le témoignage de Nathalie Yamb est un catalogue froid de la disparition programmée. Née en Suisse, sans avoirs dans l’UE, elle se croyait à l’abri. Elle décrit pourtant un effondrement systémique. Ses cartes de crédit, y compris sur des comptes suisses, sont bloquées. Ses comptes bancaires sont fermés. Ses portefeuilles de cryptomonnaie deviennent inaccessibles. Ses comptes Uber, eBay, PayPal et GoFundMe sont annulés. Conséquences : impossibilité de payer un loyer, des impôts, un avocat ou des médicaments. Impossibilité d’acheter un billet d’avion, de regarder Netflix, de commander en ligne. L’interdiction de survol du territoire européen rend même son retour en Suisse – pays enclavé – matériellement impossible. « Une dinguerie ! » lâche-t-elle, interrogeant le danger que représenterait son survol pour 450 millions d’Européens.
La jurisprudence de la peur
Nathalie Yamb qualifie l’opération de « terrorisme » politique. L’objectif, selon elle, est double : briser l’individu et instiller la peur chez les autres. « Si ce qu’ils me font passe, ça va créer une jurisprudence », prévient-elle. « N’importe quel petit zozo non élu peut attraper n’importe quel citoyen qui a dit quelque chose qui ne lui plaît pas. » Appliqué à Jacques Baud et Xavier Moreau, ce scénario prend une tournure pragmatique. Pour Xavier Moreau, basé en Russie, l’impact sera limité. Pour Jacques Baud, résidant en Suisse – pays aligné de facto sur les sanctions européennes –, l’étau se resserrera sur sa mobilité et ses finances. L’UE n’a pas besoin de faire taire physiquement : il lui suffit de couper les vivres, numériques et bancaires.
Vers un nouveau modèle autoritaire ?
Au-delà des cas individuels, ce mécanisme dessine les contours d’un pouvoir inédit. Des analystes comme Sylvain Ferreira y voient l’ébauche d’un contrôle étendu sur toute parole critique. En Afrique, ces sanctions, perçues comme l’arme du néocolonialisme français, nourrissent le rejet de l’Occident et l’appel à une multipolarité. Tandis que Jacques Baud et Xavier Moreau envisagent des recours, le récit de Nathalie Yamb dépasse la simple plainte. C’est un avertissement. Dans l’Europe digitale, les outils de la vie quotidienne – le paiement, le voyage, la communication – peuvent, d’un clic bureaucratique, être transformés en instruments de rétorsion politique. La liberté d’expression, sans procès équitable, n’est plus qu’un droit suspendu à la bonne volonté d’un fonctionnaire.
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