En 2006, le cinéaste Jean-Pierre Mocky révélait un scandale d’État : des enfants de six ans, parfois trois ans, achetés pour des soirées de viols organisées par des « gens tout à fait normaux » — magistrats, élus, hauts fonctionnaires —, jamais inquiétés, jamais condamnés. Le réalisateur des Ballets écarlates dresse une généalogie glaçante du silence. Le scandale des « Ballets roses », organisés par le président de l’Assemblée nationale André Le Troquer, avait été étouffé par la presse de l’époque. Le même mutisme frappe son propre long-métrage.
Présenté aux associations caritatives qui pleurent en reconnaissant la réalité des viols d’enfants exploités dans des fermes-pédopornographiques, le film est pourtant refusé par tous les distributeurs, toutes les salles — à l’exception de celle de son auteur. « Si on empêche ce film de sortir, on rejoint Les Sentiers de la gloire », tonne Mocky, qui compare la censure qui le frappe à l’interdiction trentenaire du chef-d’œuvre de Kubrick. Derrière le « mélo flamboyant », c’est le récit des cent mille enfants enlevés chaque année — vivants, violés, rendus, jamais comptés — que l’on enterre. Une fin « terrible », dit-il, pour un combat qu’il espérait salutaire.
Les Ballets Écarlates, de Jean-Pierre Mocky :
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