Le Pérou ? Quand, dans un pays pauvre, on ajoute les sanctions contre la Russie aux mesures sanitaires les plus strictes

Économie, Politique, Santé

mise à jour le 11/04/22

Pria Khairul, voyageuse, raconte sa vie sur TikTok. Elle est au Pérou et nous prévient : « C'est le pays que j'ai visité avec les mesures les plus sévères ! N'y va pas si tu n'es pas vacciné ! »

Les Péruviens doivent se soumettre à des règles draconiennes :

  • Pour circuler sur la voie publique, entrer dans des espaces clos ou utiliser les transports dans le pays, les plus de 18 ans doivent prouver une vaccination complète (2 doses + booster), porter un masque KN95 ou, à défaut, un masque chirurgical en trois volets et, en plus, un masque communautaire (tissu).
  • Les provinces à niveau d’alerte haute doivent respecter un couvre-feu, de 21 heures à 4 heures, et une interdiction de circuler en véhicules privés les dimanches.
  • Le personnel du corps médical, les forces de l’ordre, les membres de la Croix-Rouge, les pompiers et les membres des bureaux de vote électoral doivent être obligatoirement vaccinés depuis le 7 février 2021, avec Sinopharm.
@pria_khairul

+ contrôles de température régulièrement, c’est le pays que j’ai visité avec les mesures les plus sévères ! 😷 #mesures #covcov #perou #peru #ameriquedusud #voyage #annéesabbatique #masque #bxl #bruxelles #belgique #belgium #pourtoi #sixnationsrugby

♬ son original – Pria Khairul

Vaccination, mesures sévères et… mortalité record

Une étude menée au Pérou sur 400 000 personnes du secteur de la Santé, et donc constamment exposées au virus, démontre que le vaccin chinois est efficace à 50,4 % pour prévenir les infections et réduit de 94 %, le risque de décès. Un article scientifique accompagnant cette étude suggère l’administration d’une troisième dose. Selon des médias mainstream français, citant des études de l’Imperial College de Londres, des recherches montrent que le taux de survie au covid-19 avoisine les 99 %. Conclusion : avec vaccination, le risque est de 6 %. Sans vaccination le risque est de 1 %. On laisse ces chiffres bidons…

Le Pérou a le nombre de morts de coronavirus le plus élevé au monde :  211 661 décès depuis le début de la pandémie. La France, deux fois plus peuplée, n’a eu « officiellement » que 140 000 décès dus au Covid. Les Péruviens sont à 79,3 % vaccinés avec deux doses contre le Covid, 40,1 % ont reçu un rappel. Le nombre de morts est sans doute exact, mais qu’il soit dû au covid ne semble guère crédible.

Le covid cache la pauvreté

Une constatation qui fait  penser que les chiffres du covid cachent ceux de la pauvreté : le covid tue essentiellement des gens âgés dans les pays occidentaux. Il frappe des adultes jeunes au Pérou, laissant 90 000 orphelins.

À considérer les nombreuses recommandations aux voyageurs occidentaux voulant se rendre au Pérou — vaccinations contre la fièvre jaune, la typhoïde…  — le covid-19 n’explique pas à lui tout seul une mortalité si élevée. Alors, combien de Péruviens sont-ils vaccinés contre les maladies à fort taux de mortalité ? Quel habitant de bidonville a droit au vaccin contre la fièvre jaune (20 à 60 % de taux de mortalité, vendu 77 € en France), ou contre la thyphoïde (10 % de létalité, 58 €) ? Ces vaccins, indispensables pour les touristes, sont trop chers pour les Péruviens. En effet, si le Pérou est la 6e économie de l’Amérique latine, il est à la 79e place du tableau de l’Indice de développement humain sur 189 pays.
La pollution des mines tue aussi. Paysans et mineurs savent que le président qu’ils ont élu (à la très faible majorité de 50,12 % ) ne les défendra pas. Tout ce que le gouvernement prévoit, c’est d’acheter 55 millions de doses de vaccin avant la fin 2022, afin d’octroyer une quatrième dose aux soignants et aux personnes à risques. Ne font pas partie des personnes à risques la moitié des enfants de moins de 5 ans en zone rurale qui souffrent de dénutrition chronique, la moitié des communautés dans les régions andines qui n’ont pas d’accès à l’eau potable et à un assainissement des eaux usées, sans compter les habitants des bidonvilles entourant Lima et d’autres grandes villes.

Pour donner une idée du niveau de vie, en 2022 le salaire moyen au Pérou est de 352 €. Au Pérou, le prix du litre d’essence s’est élevé jusqu’à 1,33 € au 4 avril 2022. Avec une inflation de 1,48 % en mars — la pire en 26 ans —, avec la hausse des denrées alimentaires et des engrais déclenchée par les sanctions occidentales contre la Russie, rien d’étonnant à ce qu’il y ait des manifestations, des blocages routiers, des péages d’autoroutes incendiés et des pillages. L’état d’urgence « sanitaire » dure depuis le 16 mars 2020. Pedro Castillo a voulu utiliser la même méthode qui a fait ses preuves depuis 16 mois pour museler la révolte : confinement, couvre-feu. Il a dû reculer.

Les sanctions contre la Russie ont aggravé le chaos social

Depuis sa prise de pouvoir en juillet 2021, tout ce que le président Pedro Castillo a réussi à faire, c’est nommer 50 ministres en seulement huit mois. Son ministre de l’Agriculture a été impliqué dans deux homicides, son ministre de l’éducation a été accusé d’avoir plagié sa thèse de doctorat, son ministre de la Santé, qui colportait une eau aromatisée comme traitement anti-âge, a récemment été destitué, son Premier ministre, Aníbal Torres, a cité, le 7 avril 2022, Adolf Hitler comme un modèle de développement des infrastructures qui a fait de l’Allemagne une « puissance économique de premier plan dans le monde ». Les mesures sanitaires liberticides sont un moyen de museler les pauvres, soit un tiers de la population. Les sanctions contre la Russie ont frappé les couches sociales qui arrivaient à s’en sortir. La deuxième tentative de destitution du président approche, mais comment gouverner un pays qui a connu quatre présidents en moins de trois ans, dont trois en une semaine (en novembre 2020) ?

Jacqueline pour Le média en 4-4-2.

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