La Cour des comptes refuse de certifier les comptes 2024 de la CAF : Il manque 6,3 milliards d’euros !

Le 16 mai 2025, la Cour des comptes a une troisième fois refusé d’approuver les comptes de la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf) pour l’exercice 2024. C’est la troisième année consécutive que l’institution rejette les comptes de l’organisme, une situation exceptionnelle qui révèle des dysfonctionnements majeurs dans la gestion de la branche famille de la Sécurité sociale. Les erreurs non corrigées s’élèvent à 6,3 milliards d’euros, soit 8 % des 104,5 milliards d’euros versés en 2023 à 13,5 millions de foyers. Un chiffre qui interroge sur la rigueur de la gestion des deniers publics, d'autant plus que les 6,3 milliards disparus s'ajoutent aux 5,5 milliards envolés en 2023 et aux 5,8 milliards manquant en 2022.

mise à jour le 20/05/25

Troisième refus de certification : entre fraudes et erreurs, la CAF navigue à vue, et ça coûte cher.

Des anomalies récurrentes et une fraude en progression

Parmi les irrégularités relevées par la Cour des comptes figurent des paiements injustifiés et des aides non versées, affectant notamment le RSA, la prime d’activité et les allocations logement. Plus de 25 % des dossiers de prime d’activité contiennent des erreurs, un taux jugé « préoccupant » par les spécialistes. Ces écarts, qui ne peuvent plus être rectifiés au-delà de deux ans, proviennent souvent de déclarations inexactes des bénéficiaires concernant leurs revenus, comme l’a souligné Nicolas Grivel, directeur général de la Cnaf. Les prestations basées sur des revenus récents, telles que le RSA, sont particulièrement exposées à ces défaillances.

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À ces erreurs s’ajoute un risque de fraude évalué à 4,25 milliards d’euros, en nette augmentation par rapport aux années passées, alors que la Cnaf semble impuissante à enrayer ces dérives. Selon des documents internes cités par Le Monde en mai 2025, ces fraudes seraient facilitées par des contrôles insuffisants et une complexité administrative grandissante.


Un plan de redressement aux effets limités

Pour remédier à ces problèmes, un plan d’amélioration avait été mis en œuvre en 2023, avec un taux de réalisation de 75 % en 2024. Pourtant, la Cour des comptes n’a constaté aucune avancée significative, bien au contraire. La situation s’est même dégradée, malgré le déploiement du dispositif « solidarité à la source » en mars 2025. Inspiré du prélèvement à la source, ce système vise à automatiser les déclarations grâce aux données transmises par les employeurs, France Travail et l’Assurance maladie. Cependant, selon Les Échos, les premiers résultats sont décevants, avec des problèmes persistants dans la fiabilité des informations.

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Une situation financière alarmante

Ce refus de certification survient dans un contexte déjà fragile pour la Sécurité sociale. La Cour des comptes anticipe un déficit pouvant atteindre 28,4 milliards d’euros en 2025 en l’absence de mesures drastiques. Contrairement à d’autres branches comme la maladie ou les retraites, dont les comptes ont été certifiés sous réserves, la Cnaf se distingue par l’ampleur des manquements. Par exemple, la branche maladie présente 3,3 milliards d’euros d’erreurs sur les remboursements, et une pension sur dix comporte une irrégularité.


Un État sous pression

Ce nouveau revers place l’État dans une position délicate. Début avril 2025, il avait déjà été averti d’un possible rejet global de ses comptes – une décision extrêmement rare. Cette incapacité à garantir une gestion saine des fonds publics suscite des interrogations, surtout dans un climat économique tendu. Pour des experts interrogés par Challenges, la situation est « inacceptable » et exige une refonte des mécanismes de contrôle afin de protéger l’argent des contribuables.

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Un système à bout de souffle

Cette crise n’est pas un incident isolé, mais le révélateur d’une administration en panne. L’accumulation des erreurs et la montée de la fraude trahissent une gouvernance déficiente, où les alertes restent sans réponse. Dès 2024, la Haute Autorité de santé avait signalé des failles dans la gestion des prestations sociales, sans que des corrections tangibles ne suivent. Une inertie qui questionne sur la volonté politique de s’attaquer aux vrais problèmes.

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