Falsification : « Les manifestations sont liberticides »

Ingénierie sociale

mise à jour le 20/09/21

Analyse et commentaire de l’intervention de Raphaël Enthoven sur Europe1 du 7 août dernier au cours de laquelle le philosophe prétendait démontrer que « Les manifestations anti-pass sanitaire sont un mouvement liberticide ».

Les analyses de Raphaël Enthoven contribuent à perfectionner le raisonnement pervers ou, en langue ordinaire : la mauvaise foi. Prenons ici l’occasion d’exposer cette mauvaise foi, et de saluer une virtuosité dans la falsification des idées qui force le respect. Le 7 août dernier, l’essayiste et philosophe amateur Raphaël Enthoven nous gratifiait de ses lumières au sujet des premières manifestations contre le passe sanitaire. Sa rhétorique est emblématique du climat de falsification que nous vivons depuis un an et demi. À ce titre, il mérite toute notre attention.

Liberté et contamination

« Être libre, ce n’est pas faire ce qu’on veut ». Raphaël Enthoven estime que le mouvement de protestation contre le passe sanitaire est « un mouvement liberticide » et qu’« un monde où chacun peut contaminer l’autre est un monde où nous sommes moins libres qu’un monde où il faut présenter un pass sanitaire à l’entrée d’une boîte de nuit ou d’un restaurant. »

Il n’est pas dans son intérêt de préciser qu’il prend le verbe contaminer dans le sens de « transmettre un virus sans qu’aucune des deux personnes ne soit ni ne tombe malade » (les fameux « cas positifs » dont le diagnostic reste douteux). Ce phénomène ne pourrait cesser que si l’entièreté de l’humanité vivait comme des enfants-bulles. Une simple prise de sang suffit à vous dire à quels virus vous avez été exposé sans forcément tomber malade, signifiant que votre système immunitaire est vaillant. En ignorant l’immunité naturelle et les traitements contre la maladie, les politiques gouvernementales ont de facto rendu ce monde moins libre… que celui d’avant.

Moins libre qu’un monde soumis au passe sanitaire ? Cela reste discutable.

Liberté du mouvement

« Le pass sanitaire, qui ne restreint aucun de mes mouvements, mais qui les conditionne, n’est pas une atteinte à ma liberté »

Effectivement, cela s’appelle liberté conditionnelle : on est plus libre que si on était en prison, ce qui est appréciable. C’est en connaisseur que maître Enthoven déclare que les manifestants qui protestent contre la mise en place de ce dispositif ont « une définition folle de la liberté ».

Maître Enthoven est philosophe amateur mais piètre pisciculteur ; les poissons, il les noie :

« Le propre d’une liberté en société, c’est qu’elle trouve ses limites dans la liberté de l’autre »

C’est bien de liberté conditionnelle qu’il parle, il faut le garder à l’esprit quand il déroule la platitude sur « la liberté qui s’arrête là où commence celle des autres ». Non : elle s’arrête là où le bracelet électronique commence à sonner.

Très en forme, il continue : « En réalité, le mot de “liberté” est ici le cache-sexe d’une détestation arbitraire du vaccin qui se maquille en refus du passe sanitaire. »

Raphaël Enthoven ne pouvait résister plus longtemps au procès d’intention. Il a tous les talents : psychologue des foules, médium…

« Le mouvement d’aujourd’hui est un mouvement liberticide », affirme Raphaël Enthoven, tellement en forme qu’il n’en est pas à une inversion accusatoire près.

Encore une fois apportons une petite rectification : “liberté conditionnellicide”

Liberté et obscurantisme

La contestation est-elle teintée de rejet de la science ? « De ce point de vue, il est extrêmement compliqué de défendre la science ou de montrer qu’il n’y a rien de totalitaire dans le fait de dire que deux et deux font quatre, ou dans le fait d’imposer aux gens d’être vaccinés. »

Or c’est la propagande d’État qui repose précisément sur le rejet de la science, le refus de soigner (interdiction et censure des traitements) et la soumission aux intérêts privés. Pour George Orwell, la liberté, c’est précisément la liberté de dire deux plus deux font quatre quand le gouvernement arrive à un total de cinq ; ou… qu’une manifestation pour la liberté est… une manifestation pour la liberté.

Liberté et hyper-démocratie

À la fin de sa péroraison, encouragé par un journaliste plus que complaisant, Raphaël Enthoven, nous rassure : « nous sommes en hyper-démocratie ». Comme les manifestations anti-passe ne sont pour lui rien d’autre qu’un sombre écho des Gilets Jaunes, on peut se demander où est le demos (peuple) qui exerce son Kratos (pouvoir). Il évoque aussi rapidement l’utilisation de l’étoile jaune et la référence à l’apartheid : « ignobles », les qualifiant de « négationnisme par reconnaissance » par opposition à « négationnisme par négation ».

Plus sérieusement, on pensera ce qu’on veut de l’utilisation de ces symboles : le passe sanitaire nous dirige de facto vers une société où la discrimination est la norme. Enthoven croit à la fin balayer d’un revers de la main les accusations de totalitarisme dirigées contre le gouvernement français, en rappelant que ces accusations sont vieilles de deux cents ans. Il a raison : ce que nous vivons actuellement est, pour simplifier, une conséquence de l’hyper-centralisation du pouvoir qui a commencé avec la Révolution française – et la martingale : « peuple souverain » dont on observe le résultat aujourd’hui, notamment dans les propos farfelus de Raphaël Enthoven.

Liberté et conclusion

Enfin, comme il sait faire de belles phrases, il conclut que la critique de l’État totalitaire que serait devenue notre « hyper-démocratie » est le symptôme d’une pathologie et que cette pathologie est « le sentiment qu’en démocratie on est absolument souverain et maître de ses actes, ce qui est une illusion délétère ».

À ceci près que l’illusion délétère, c’est ce mot : « démocratie », utilisé contre nous par l’ennemi, qui nous avait avertis : « Nous sommes en guerre. »

(écouter le podcast : ici)

Ludovic pour Le Média en 4-4-2

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