À écouter les communicants de l’Élysée, on pourrait presque voirdans le casting de Dupond-Moretti , l’avocat des violeurs d’Outreau et des brigands monégasques, une promotion logique. Après avoir été le ministre de la Justice, le voici propulsé gardien des libertés et protecteur de l’enfance. Une progression de carrière qui sent bon le copinage et le mépris envers ceux que cette institution est censée défendre. Au-delà du jeu des chaises musicales entre amis du pouvoir, c’est un signal terrifiant qui est envoyé à toutes les victimes de violences.
Ce n’est pas une question d’opinion, c’est une question de faits. Et les faits sont têtus, comme une cicatrice qui ne se referme pas.
Il y a vingt-deux ans, à Outreau, un jeune avocat du Nord, replet et tonitruant, bâtissait sa légende sur les ruines de dix-huit petites existences. Ce jour-là, à la barre, face à des fillettes brisées par l’inceste et le viol, Éric Dupond-Moretti n’a pas plaidé. Il a grogné. Il a piétiné. Il a tonné avec une telle violence que l’une des victimes, terrorisée, est allée instinctivement s’asseoir sur le banc des accusés pour se protéger. Une image qui aurait dû hanter à jamais la mémoire judiciaire française. Au lieu de cela, elle est devenue le fonds de commerce d’un « Acquittator » prêt à tout pour gagner, quitte à broyer des enfants une seconde fois.
Dès lors, comment s’étonner du reste ? Cet homme, qui doit sa gloire à ce piétinement d’enfants, est le même qui, en 2012, osait évoquer, pour défendre un père incestueux, la théorie abjecte de « l’inceste heureux ». Le même dont les mots résonnent aujourd’hui comme une insulte alors que le pays tente enfin d’entendre la parole des victimes. Deux ans après avoir prononcé cette phrase, le violeur qu’il défendait tuait sa propre fille.
Les associations féministes et de défense de l’enfance, en état de choc, rappellent aussi l’affaire de la députée Sandrine Josso. Venue se confier, en tant que victime d’une tentative de soumission chimique, à celui qui était alors le garde des Sceaux, elle espérait protection et écoute. Elle n’a reçu que railleries et mépris. Traumatisée, elle raconte encore aujourd’hui l’effroi ressenti face à ce ministre qui « savait », mais n’a pas levé le petit doigt.
Les outrages envers les femmes ne s’arrêtent pas aux portes des cabinets ministériels. Comment celui qui traitait les féministes de « follasses », qui qualifiait le harcèlement de rue de sujet « ahurissant » en regrettant presque que les vieilles dames ne se fassent plus siffler, comment pourrait-il incarner la lutte contre le sexisme ? Comment celui qui minimisait les affaires de proxénétisme en parlant de « copains qui s’offrent du bon temps » pourrait-il défendre la dignité des femmes ?
Macron avait dédié ses quinquennats aux femmes et à l’enfance. Aujourd’hui, il s’apprête à confier la citadelle à celui qui a fait toute sa carrière en les assiégeant. C’est un choix cynique, un pied de nez à toutes les associations qui se battent au quotidien, et une insulte à la mémoire des dix-huit d’Outreau.
Si cette nomination venait à être confirmée par un vote des 3/5e des membres, députés et sénateurs, de la commission des lois, elle porterait un nom : la trahison. Une trahison d’État et des représentants du peuple envers les plus faibles.
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