Le scénario aurait pu se terminer par une bonne nouvelle. Un patient gravement malade ouvre les yeux, retrouve suffisamment de conscience pour communiquer et confirme qu’il veut vivre. Mais à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le réveil de Rémi – un prénom d’emprunt – n’a pas provoqué de changement de cap.
Comme le rapporte Le Parisien, les médecins avaient décidé le 2 juin de limiter les actes médicaux, puis de ne pas reprendre certains traitements en cas de nouvelle complication. La décision avait été prise alors que le patient se trouvait dans le coma.
Rémi souffre d’une cirrhose sévère, accompagnée d’épisodes répétés d’encéphalopathie hépatique. Plusieurs accidents vasculaires cérébraux lui ont également laissé d’importantes séquelles neurologiques. Son état reste donc très grave. Mais il s’est réveillé, il est conscient et, selon son avocat, il a clairement communiqué sa volonté de continuer à recevoir des soins.
Des directives anticipées pourtant explicites
Avant son hospitalisation, Rémi avait rédigé des directives anticipées. Il y demandait à recevoir « tous les soins nécessaires à sa survie ». Ses proches assurent qu’il avait également répété oralement cette volonté.
L’équipe médicale estime cependant que ces demandes ne correspondent plus à son état actuel. Selon les éléments rapportés par La Dépêche du Midi, les médecins considèrent que le patient supporte difficilement les traitements et que la poursuite de certains actes pourrait constituer une obstination déraisonnable.
Autrement dit, Rémi avait bien prévu le cas où il ne pourrait plus parler. Il a finalement retrouvé la capacité de s’exprimer. Mais ni ses directives écrites ni sa volonté actuelle n’ont suffi à faire modifier la décision médicale. Le consentement est apparemment une valeur fondamentale, sauf lorsqu’il complique le protocole.
Le Conseil d’État valide la décision médicale
La famille a d’abord engagé une procédure d’urgence pour obtenir la poursuite des soins. Après un premier rejet, elle s’est tournée vers le Conseil d’État. Le lundi 20 juillet 2026, la plus haute juridiction administrative a confirmé le refus de suspendre la décision des médecins.
Me Pinatel, l’avocat du patient, décrit Rémi comme « un battant ». Il dit n’avoir jamais rencontré une telle situation : une limitation décidée pendant le coma, suivie du réveil du malade, puis du maintien de cette décision malgré une demande explicite de soins.
L’affaire survient au moment où la France vient d’adopter définitivement une loi autorisant l’administration d’une substance létale.
Le contraste est brutal. Lorsqu’un malade demande la mort, le pouvoir politique promet de respecter sa volonté. Lorsqu’un homme lourdement handicapé réclame au contraire qu’on continue de le soigner, sa demande peut être jugée inadaptée à sa « situation médicale ».
La liberté de mourir, moins celle de vivre
La République présente désormais la mort provoquée comme une nouvelle liberté individuelle. Dans le même temps, Rémi découvre qu’il n’est pas toujours libre d’exiger que les traitements continuent.
Le risque dénoncé par les opposants à l’euthanasie apparaît ici sous une autre forme : des médecins, des procédures collégiales et des juges peuvent déterminer qu’une existence trop abîmée ne justifie plus certains soins, même lorsque le principal intéressé demande le contraire.
Rémi se bat donc sur deux fronts : contre ses maladies et contre une machine médicale et judiciaire qui considère que son désir de vivre peut relever de l’obstination déraisonnable. Dans la France de « l’aide à mourir », le patient reste souverain, mais le choix de vivre échappe à sa volonté.
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