Procès Athanor : DCRI, hommes liés à la DGSE et à la franc-maçonnerie jugés pour meurtre et projets d’assassinat

Une loge maçonnique, un ancien policier du renseignement intérieur, des militaires rattachés à la DGSE, de fausses opérations secrètes et des contrats criminels : les sept magistrats du procès Athanor se sont retirés pour délibérer. Le verdict des 22 accusés doit être prononcé vendredi 17 juillet 2026 à 17 heures, après trois mois et demi d’audience devant la cour d’assises spécialement composée de Paris.

mise à jour le 16/07/26

Un ancien cadre du renseignement et des francs-maçons sont jugés pour des opérations criminelles maquillées en missions d’État.

Présentée en quelques mots, l’affaire pourrait passer pour le scénario un peu chargé d’une série d’espionnage française. Seulement voilà : il ne s’agit ni d’une fiction ni d’une vidéo bricolée sur Internet. La justice examine 112 infractions, parmi lesquelles le meurtre du pilote automobile Laurent Pasquali, deux tentatives d’assassinat, des violences, des incendies et plusieurs opérations clandestines commandées par des particuliers.

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Sur ce dossier précis, traiter trop rapidement les curieux de « complotistes » risque donc de manquer légèrement la cible. Des hommes issus du renseignement, des membres d’une loge maçonnique et des projets criminels menés sous couvert de missions secrètes figurent bien dans les débats judiciaires. Les amateurs de tableaux en liège, de ficelles rouges et de dossiers marqués « confidentiel » peuvent exceptionnellement prendre une journée de repos : la cour d’assises a déjà rassemblé les pièces.



DCRI et DGSE : deux services distincts réunis dans le même dossier

Une précision s’impose pour comprendre les ramifications de l’affaire. Daniel Beaulieu, 72 ans, n’est pas présenté comme un ancien dirigeant de la DGSE. Les comptes rendus du procès le décrivent comme un ancien agent ou commandant de la Direction centrale du renseignement intérieur. La DCRI a été remplacée en 2014 par la DGSI, chargée de la sécurité intérieure et placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur.

La Direction générale de la sécurité extérieure, elle, dépend du ministère des Armées et recherche principalement du renseignement hors du territoire national. Son nom apparaît néanmoins dans le procès Athanor : quatre militaires rattachés à la DGSE figurent parmi les accusés, dont des agents de sécurité recrutés pour participer à des opérations présentées comme clandestines.


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Cette double présence donne au dossier une portée particulière. Les exécutants présumés ne sortaient pas tous du banditisme traditionnel. Plusieurs avaient travaillé dans la police, l’armée, la sécurité privée ou le renseignement. Ils disposaient d’une expérience professionnelle, de références institutionnelles et, pour certains, d’une connaissance suffisante des services secrets pour rendre crédible l’histoire des missions « hors cadre ».

La loge Athanor comme lieu de rencontre et de recrutement

Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio se sont rencontrés dans la loge maçonnique Athanor, installée à Puteaux dans les Hauts-de-Seine. Le premier venait du renseignement intérieur. Le second, ancien journaliste reconverti dans la sécurité et l’intelligence économique, occupait une place importante dans la loge.

Selon le parquet général, leur relation « fraternelle » a progressivement pris une dimension « commerciale et criminelle ». Frédéric Vaglio aurait trouvé les clients et négocié les contrats. Daniel Beaulieu aurait organisé les opérations, transmis les ordres et apporté la caution de l’ancien professionnel du renseignement. La rencontre maçonnique aurait ainsi servi de point de départ à une structure capable de vendre des filatures, des intimidations, des passages à tabac et des projets d’élimination physique.

Le ministère public a requis les deux peines les plus sévères contre ce tandem : 30 ans de réclusion criminelle contre Daniel Beaulieu et 25 ans contre Frédéric Vaglio.

Il serait évidemment abusif d’en déduire que toute la franc-maçonnerie française se transforme, une fois la nuit tombée, en agence de tueurs à gages. Ce que juge la cour est le comportement d’individus précis. Il serait tout aussi absurde de faire disparaître leur appartenance commune à la loge sous prétexte que le sujet dérange. Athanor n’est pas un détail décoratif du dossier : plusieurs protagonistes s’y sont rencontrés, y ont développé leurs relations et y ont trouvé certains de leurs clients.

Daniel Beaulieu demande pardon, Frédéric Vaglio garde le silence

Mercredi 15 juillet, les 22 accusés ont prononcé leurs derniers mots. Frédéric Vaglio n’a rien souhaité ajouter après trois mois et demi de débats. Il s’était déjà qualifié de « criminel » pendant l’audience.

Daniel Beaulieu s’est levé avec le soutien de trois policiers. L’ancien agent, qui se déplace en fauteuil roulant depuis une tentative de suicide en détention, a demandé « pardon à la France » qu’il affirme avoir servie. Il a également présenté ses excuses aux victimes « pour ce que j’ai fait, accepté de faire et laissé faire ».

Son avocat, Me Marc Pantaloni, a tenté d’expliquer la rupture entre la carrière passée de son client et les faits examinés. « Il est difficile de comprendre pourquoi Daniel Beaulieu s’est affranchi des cadres que sont l’éducation, la morale, la loi », a-t-il déclaré. Le pénaliste a rappelé qu’avant cette affaire, son client avait exercé un métier fondé sur la discipline et la loyauté envers l’État.

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La référence au service de la France prend un relief particulier lorsqu’elle est prononcée devant une cour appelée à juger des contrats criminels privés déguisés en opérations de renseignement. Le drapeau, manifestement, peut servir à beaucoup de choses. Y compris à convaincre des hommes qu’un assassinat rémunéré serait une mission patriotique que l’administration aurait simplement oublié d’inscrire au registre.



De fausses missions secrètes pour convaincre les exécutants

Le dispositif reposait en grande partie sur la fabrication d’une réalité parallèle. Des opérations privées étaient présentées comme des missions secrètes de l’État, impossibles à officialiser en raison de leur sensibilité. Les exécutants recevaient des pseudonymes, des consignes de discrétion et des récits destinés à justifier leurs cibles.

Sébastien Leroy aurait occupé une place centrale dans cette chaîne. Ancien agent de sécurité, il considérait Daniel Beaulieu comme son « agent traitant » et croyait participer à des opérations spéciales. Il a lui-même recruté des militaires rattachés à la DGSE pour certaines missions.

Son avocat, Me Antoine Ory, a décrit une « pyramide de Ponzi de la manipulation » : chaque mensonge renforçait le précédent et permettait d’en introduire un nouveau. Pendant huit ans, Sébastien Leroy aurait vécu dans l’illusion d’une carrière d’agent secret. À la fin du procès, il a reconnu que cette vie d’agent spécial était « fausse ».

Le parquet général ne le considère pas pour autant comme une simple victime. Vingt-deux ans de réclusion ont été requis contre lui. L’accusation estime qu’il ne pouvait pas ignorer la nature de certaines opérations, même si Daniel Beaulieu et Frédéric Vaglio entretenaient la fiction d’un service clandestin.

Le meurtre de Laurent Pasquali au centre des délibérations

Le fait le plus grave concerne la mort de Laurent Pasquali. Le pilote automobile a été tué en 2018. Son corps a ensuite été transporté et enterré dans un bois de Haute-Loire, où ses ossements ont été découverts l’année suivante.

Laurent Pasquali, né le 6 juillet 1975 à Uccle (Belgique) et mort assassiné en novembre 2018 à Levallois-Perret (France), est un pilote automobile français.

L’opération aurait été commandée afin de récupérer une dette de 100 000 euros. Sébastien Leroy reconnaît sa participation, mais accuse son ancien meilleur ami Dylan Bilheude d’avoir tiré. Celui-ci nie depuis sa première garde à vue. Le parquet général a requis 20 ans de réclusion contre lui.

La défense de Dylan Bilheude insiste sur l’absence de témoin direct et d’image du tir. Son avocat, Me Victor Zagury, a dénoncé la « parole contaminante » de Sébastien Leroy avant de conclure : « Ça ne s’appelle pas la chance, ça s’appelle l’innocence. »

Le couple soupçonné d’avoir chargé Frédéric Vaglio de récupérer l’argent a bénéficié de réquisitions d’acquittement pour les accusations de complicité de meurtre en bande organisée. Le médecin poursuivi dans ce volet a rappelé qu’il proclamait son innocence depuis cinq ans.

Le verdict du procès Athanor attendu vendredi

Les sept magistrats doivent répondre à 194 questions pour départager les responsabilités. Ils devront déterminer qui connaissait la véritable nature des opérations, qui croyait servir l’État, qui commandait, qui exécutait et qui utilisait le prestige des services de renseignement pour obtenir l’obéissance des autres.

Le procès Athanor ne démontre pas l’existence d’un vaste complot réunissant la franc-maçonnerie et les services secrets français. Il établit en revanche qu’une loge a servi de lieu de rencontre à des hommes accusés d’avoir monté une officine criminelle, que d’anciens membres du renseignement y ont joué un rôle et que des militaires liés à la DGSE ont été recrutés pour de fausses missions.

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Ce sont déjà des faits suffisamment lourds pour ne pas avoir besoin d’en inventer d’autres. Le verdict des 22 accusés doit être rendu vendredi 17 juillet à 17 heures. Jusqu’à cette décision, chacun d’entre eux reste présumé innocent.

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