Politique

Remigration : Asselineau accuse Le Gallou de défendre un projet irréaliste sans Frexit

Sur TV Libertés, François Asselineau et Jean-Yves Le Gallou se sont affrontés sur la remigration. Le Gallou défend une politique de retour progressive visant d’abord les clandestins et les délinquants étrangers. Asselineau juge le projet dangereux et irréaliste tant que la France reste enfermée dans le droit européen.

mise à jour le 04/07/26

Asselineau et Le Gallou s’opposent sur la remigration, entre Frexit, juge exit et assimilation.

Dans un numéro spécial du Samedi Politique, François Asselineau et Jean-Yves Le Gallou se sont opposés sur la remigration. Le président de l’UPR juge le projet irréaliste sans sortie de l’Union européenne. Le président de Polémia défend, lui, une stratégie de retour progressive, y compris pour certains binationaux délinquants.

Le face-à-face avait été annoncé comme tendu, il l’a été. Sur TV Libertés, Élise Blaise a réuni François Asselineau, président de l’UPR et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, et Jean-Yves Le Gallou, président de la Fondation Polémia et auteur de Remigration, pour l’Europe de nos enfants. Le sujet : la remigration, autrement dit l’idée d’inverser les flux migratoires en organisant des retours vers les pays d’origine.

Dès le départ, Le Gallou pose son cadre. Pour lui, la France et les pays européens subissent depuis des décennies une pression migratoire devenue intenable. Il parle de conséquences « catastrophiques » à l’école, sur la sécurité, la fiscalité ou la tranquillité publique. Sa réponse tient en plusieurs étapes : « l’arrêt de toute immigration nouvelle », puis « le renvoi des clandestins », ensuite « le retour des délinquants étrangers », et enfin celui des étrangers vivant, selon ses mots, « de l’aide publique générale ».

Asselineau ne conteste pas le constat d’une immigration trop forte. Il le dit clairement : « Je suis d’accord sur le constat, ça il n’y a pas de problème. » Mais il refuse le plan proposé par Le Gallou, qu’il juge impraticable dans le cadre juridique actuel. Pour lui, parler de remigration sans sortie de l’Union européenne revient à vendre une solution qui ne pourra pas être appliquée.

Asselineau : “concret, opérationnel et réaliste”

Le président de l’UPR insiste sur un point : il se présente comme candidat à la présidentielle, donc il veut défendre un programme applicable. « Je propose aux Français un programme, des choses qui soient opérationnelles », affirme-t-il, avant d’ajouter qu’il faut rester « concret, opérationnel et réaliste ».

Son reproche principal vise les verrous juridiques : traités européens, Charte des droits fondamentaux, Cour européenne des droits de l’homme, droit d’asile, regroupement familial, décisions des juges. À ses yeux, la France ne peut pas reprendre sérieusement la main sur l’immigration tant qu’elle reste dans l’architecture européenne. Il résume son désaccord par une image simple : vouloir faire de la remigration sans quitter l’Union européenne, ce serait « vouloir colmater un bateau tout en laissant des brèches ouvertes ».

Asselineau renvoie donc Le Gallou à une contradiction politique : défendre la remigration tout en soutenant, à terme, des candidats qui veulent rester dans l’Union européenne. Il vise notamment Éric Zemmour, Jordan Bardella et Marine Le Pen, qu’il accuse régulièrement de dénoncer l’immigration tout en refusant la seule rupture qui permettrait, selon lui, de reprendre le contrôle.



Le Gallou répond par le “juge exit”

Jean-Yves Le Gallou refuse de laisser Asselineau ramener toute la question à l’Union européenne. Pour lui, le problème ne s’arrête pas à Bruxelles. Il cite aussi le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, la Convention européenne des droits de l’homme, la Convention de Genève ou encore le Pacte de Marrakech. Son mot d’ordre : sortir de ce qu’il appelle « la dictature des juges ».

La formule est nette : « Mon sujet, ma préoccupation première, ça n’est pas le Frexit, c’est le Migrexit, et pour réaliser le Migrexit, c’est le juge exit. » En clair, Le Gallou veut d’abord neutraliser les blocages judiciaires qui empêchent, selon lui, toute politique migratoire ferme.

Il estime aussi que la France peut déjà agir sur certains flux : immigration de travail, titres étudiants, régularisations, aides sociales, droit d’asile. Pour lui, tout ne dépend pas de l’Union européenne. Il reconnaît que Bruxelles fait partie de la « toile d’araignée », mais refuse d’en faire le seul fil à couper.

OQTF : un point d’accord, puis la rupture

Sur les OQTF, les deux hommes se rapprochent. Asselineau déclare : « S’il s’agit de faire exécuter les OQTF, c’est-à-dire les gens qui doivent quitter le territoire français, je suis d’accord. » Il rappelle aussi que le taux d’exécution reste faible et que certaines associations aident les personnes visées à contourner les décisions administratives.

Mais l’accord s’arrête là. Asselineau estime que le projet de Le Gallou va « beaucoup plus loin », notamment lorsqu’il touche à des personnes de nationalité française. C’est là que le débat se durcit.

Le Gallou distingue plusieurs catégories de binationaux : les « assimilés », qui selon lui n’ont pas vocation à partir ; les « inassimilés mais pas hostiles », qu’il faudrait encourager à repartir ; et les « inassimilés hostiles », qu’il associe aux délinquants et criminels. Pour ces derniers, il défend la déchéance de nationalité et le départ vers l’autre pays de nationalité.

Asselineau y voit un danger majeur : « Qui est-ce qui va décider de ça ? » demande-t-il. Pour lui, trier des Français selon leur assimilation supposée revient à ouvrir une porte politiquement et juridiquement explosive. Il parle même d’une approche « racialiste » chez Le Gallou, notamment en raison de ses références aux origines, à la civilisation et à la continuité ethnique des peuples européens.



Assimilation contre remigration

Le fond du désaccord est là. Asselineau défend encore l’assimilation. Il veut une France plus ferme sur ses règles, son identité nationale, sa laïcité et son héritage chrétien, mais il refuse de dire que certaines populations seraient par nature inassimilables. Sa phrase résume sa ligne : « Je ne veux pas désespérer de la capacité assimilatrice de la France. »

Le Gallou, lui, considère que l’assimilation est devenue un « discours daté ». Selon lui, ce modèle a fonctionné avec certaines immigrations européennes, mais ne fonctionnerait plus collectivement avec d’autres immigrations plus lointaines sur le plan culturel et civilisationnel. C’est précisément ce raisonnement qui fait bondir Asselineau.

Le président de l’UPR répond en parlant de pacte républicain, de respect de la loi et de retour à un récit national capable d’attirer les nouveaux arrivants vers la France, plutôt que de les enfermer dans des communautés séparées. À ses yeux, l’Union européenne aggrave le problème en important un modèle communautariste venu du monde anglo-saxon.

Guerre civile : le mot qui sépare les deux camps

Sur le risque de guerre civile, la fracture est encore plus nette. Le Gallou affirme : « La guerre civile, elle est déjà en partie là. » Il estime que des morceaux du territoire échappent déjà à la loi française et que repousser le problème ne ferait que l’aggraver.

Asselineau refuse ce diagnostic. Il reconnaît des troubles graves dans certains quartiers, mais répond : « On n’est quand même pas dans une guerre civile. » Pour lui, parler d’expulsions massives de centaines de milliers de personnes sans dire comment les appliquer concrètement revient à nourrir des illusions dangereuses.

Il insiste sur un point historique : selon lui, aucun État démocratique n’a réussi à faire partir des centaines de milliers de personnes « sereinement ». Il cite des exemples de déplacements massifs liés à des guerres, à des partitions ou à des violences politiques, puis pose la question : est-ce vraiment ce que les Français veulent ?



Zemmour, Bardella, Frexit : la conclusion politique

En fin d’émission, Le Gallou confirme son choix électoral probable : « Mon choix sera entre Zemmour et Bardella ou un candidat équivalent. » Asselineau saisit l’occasion pour revenir à son angle central : comment défendre la remigration tout en soutenant des candidats qui ne veulent pas sortir de l’Union européenne ?

Pour lui, c’est précisément là que tout se joue. Sans Frexit, les promesses migratoires resteront bloquées par les traités, les juridictions européennes et les engagements internationaux. Avec Frexit, il affirme vouloir d’abord tarir les flux, reprendre le contrôle des frontières et casser ce qu’il appelle la « pompe aspirante » migratoire.

Le Gallou, lui, ne veut pas attendre une sortie de l’Union européenne pour agir. Il pense qu’un rapport de force peut se construire en France et en Europe autour d’un réveil identitaire des peuples européens. Il parle d’une conscience européenne montante, au-delà des frontières nationales, portée par des partis de plus en plus influents.



Ce débat sur la remigration n’a donc pas opposé un partisan de frontières ouvertes à un partisan de fermeté. Les deux veulent réduire fortement l’immigration. La vraie différence porte sur la méthode, le droit, la nationalité et la définition même de l’assimilation.

Asselineau veut d’abord sortir de l’Union européenne pour reprendre les leviers juridiques et politiques. Le Gallou veut pousser plus loin, plus vite, avec une logique de retour assumée et une rupture avec le pouvoir des juges. Entre Frexit, Migrexit et juge exit, le débat n’est pas clos. Il vient seulement de quitter les slogans pour entrer dans le dur : qui part, qui décide, avec quel droit, et à quel prix pour la paix civile ?

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