Géopolitique

« Vous avez zappé des cours d’histoire ? » : Fabrice Epelboin rappelle à BFM que l’affaire Epstein n’est pas un fait divers

Dans le grand barnum médiatique où l'indignation se programme par tranches horaires, Fabrice Epelboin a commis l'impair de débarquer avec des livres d'histoire sous le bras. Invité sur BFM TV ce 13 février pour causer Epstein – ce dossier dont on nous gave par petites doses homéopathiques – l'enseignant à Sciences Po n'a pas joué le jeu. Là où on attendait la posture convenue, la condamnation rituelle et le passage en plateau suivant, il a sorti les archives. Résultat : deux minutes trente de malaise télévisuel où l'on vit des journalistes découvrir que leur métier ne consiste pas seulement à lire un prompteur.

mise à jour le 14/02/26

Quand on invite un expert sans vérifier s’il a lu autre chose que les communiqués de presse, on s’expose à découvrir que le pouvoir a toujours eu des angles morts…

L’affaire Epstein, un cadavre dans le placard des démocraties

Sous le bandeau pompeux « Epstein : La bombe à fragmentation continue », Fabrice Epelboin pose d’emblée ce qui dérange : « Quand on creuse un peu l’affaire Epstein, on s’aperçoit que c’est le fonctionnement quotidien des systèmes démocratiques. » Traduction : non, Epstein n’est pas un accident de parcours, un psychopathe isolé qui aurait profité du système. Il en est une courroie de transmission.

« On est passé de Bernstein (comme ça se prononce ) à Epstein (comme le prononcent les médias et leurs autorités de tutelle). » Par cette phrase à la prononciation paradoxale et symbolique, Fabrice Epelboin évoquait le Washington Post de Carl Bernstein, qui a provoqué la chute de Nixon. Or les grands médias d’opposition ont disparu. Les médias mainstream ont perdu leur volonté à enquêter en profondeur sur les réseaux opaques de pouvoir, d’influence et d’espionnage. Une remarque pas faite pour plaire à BFM.

La Commission Church ayant révélé les abus de la CIA, des réseaux, comme ceux impliquant Epstein via le Safari Club, l’ont relayée plus discrètement. Et cela continue actuellement. Le Safari Club, cette officine informelle montée dans les seventies par la CIA, les Saoudiens et nos services français pour contourner les contrôles du Congrès, n’a rien d’un roman d’espionnage. C’est de l’histoire contemporaine, celle que les écoles de journalisme négligent visiblement au profit des ateliers « Comment poser une question sans décoiffer personne ».


« La pédocriminalité ? Un détail » : quand le réel dépasse la fable

La présentatrice, avec la candeur de ceux qui découvrent que Tintin n’a pas toujours couché dans un lit séparé, tente de ramener le débat sur le seul terrain où les médias savent camper : l’émotion pure. « Mêler pouvoirs, sexes, agents, criminalités pour vous c’est banal ? » La réponse claque : « C’est absolument banal. » Fabrice Epelboin minimise – provocation ? lucidité ? – la dimension pédocriminelle pour mieux révéler l’ossature du système. Ces jeunes filles, ces réseaux, ces « fêtes prestigieuses » ? La panoplie classique des services en goguette. La preuve par l’archive : les mémoires des patrons du renseignement français dorment dans les librairies pendant que les journalistes découvrent l’eau chaude à l’antenne.



Le coup de grâce numérique

« Vous avez peut-être zappé des cours d’histoire dans votre école de journalisme ? » La pique fait mouche. Raphaël Grably, grand reporter maison, semble soudain très occupé à compter les pixels de son prompteur. Sur X, Fabrice Epelboin enfonce le clou le soir même : « Ils vont bien être obligés d’aller au fond du dossier, les pédos ça va pas tenir plus d’un mois, et on en est qu’à la moitié des fichiers Epstein publiés. Il y a encore trois millions de documents non publiés. » Traduction : préparez-vous à trois millions de nouvelles occasions de voir des plateaux tétanisés redécouvrir que le pouvoir se nourrit aussi de ce qu’on préfère ignorer.


Cette intervention rappelle une vérité que les chaînes d’info en continu tentent d’étouffer sous leur flot de breaking news : l’histoire ne se répète pas, elle bégaye. Et parfois, il suffit d’un type qui a lu des livres pour que le bégaiement devienne assourdissant.

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