L’appartement du bonheur (aux frais de la princesse)
L’arrangement valait son pesant d’indemnités : jusqu’à 1 200 euros mensuels de dotation d’hébergement, des avances sur frais de mandat, le tout pour un bien que Patrier-Leitus n’est, sur le papier, pas censé pouvoir réclamer, puisqu’il possède déjà un toit en région parisienne. Mais la famille, elle, y vit à demeure. L’internet, l’assurance, les abonnements — tout y passe, partiellement ou totalement. Le déontologue, dans sa prose policée, évoque un « risque d’enrichissement personnel indirect ». Traduction : le député s’est servi dans la caisse avant d’aller siéger. On ne prête qu’aux riches.
🚨 SCANDALE À L’ASSEMBLÉE :
Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, est soupçonné d’enrichissement personnel via des fonds parlementaires.
En avril dernier, le déontologue de l’Assemblée nationale lui a adressé un courrier… pic.twitter.com/Sb8BIEFUbM— Nathalie (@NathalieE0810) February 12, 2026
Mediawan, Capton et le député du bon coin
Mais l’affaire du logement n’est qu’une entrée. Le plat de résistance, c’est cette commission d’enquête sur l’audiovisuel public, instituée en octobre 2025 par le groupe UDR. Patrier-Leitus la préside. Il fut administrateur de Radio France, siège aujourd’hui au conseil de France Médias Monde, et compte parmi ses relations intimes Pierre-Antoine Capton, copropriétaire de Mediawan — société qui empoche chaque année 111 millions d’euros de France Télévisions. Coïncidence, Capton possède un hôtel à Trouville, dans la circonscription du député. Le 4 février, alors que le rapporteur Charles Alloncle interrogeait d’anciens ministres sur l’actionnariat américain du géant de production, Patrier-Leitus a suspendu la séance, tonné contre des « fake news », et offert à la critique un spectacle de mauvaise foi assez pitoyable. Une interruption que le rapporteur Charles Alloncle a qualifiée, sur les réseaux, de « grave, incompréhensible et inacceptable ». C’est dire.
Delphine Ernotte envoie ses troupes, Patrier-Leitus en première ligne
Dans le même temps, Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, organise la riposte. Trois cent cinquante signatures — Fabienne Servan-Schreiber, Bérénice Bejo, Laure Adler, Christiane Taubira — pour dénoncer un « véritable tribunal ». La lettre ouverte est un classique du genre : on y vitupère les questions sur les salaires et notes de frais, on y pleure l’honneur bafoué des producteurs chéris du service public. Pendant ce temps, une enquête judiciaire examine 110 000 euros de dépenses suspectes pour un séjour cannois liant Ernotte aux fondateurs de Brut. Patrier-Leitus, lui, préside tout ce petit monde sans ciller, engoncé dans ses conflits d’intérêts comme dans un costume trop étroit.
La transparence pour les autres, l’opacité pour soi
L’addition est lourde : 3,8 milliards d’euros par an pour l’audiovisuel public, des millions distribués à des producteurs privés aux amitiés stratégiques, et un député-président qui règle son loyer avec des indemnités indues. À quand une commission d’enquête sur le président de la commission d’enquête ? En attendant, Patrier-Leitus incarne ce que la République compte de plus tenace : un élu qui, au nom de la transparence, a surtout appris à doser l’opaque.
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