Mutinerie du bon sens : Sept gendarmes mobiles ont refusé d’intervenir lors de l’assaut sur la ferme des Bordes-sur-Arize en Ariège

Dans le brouillard lacrymogène d'une Ariège en crise, un geste singulier a traversé le fracas des affrontements. Alors que près de 300 membres des forces de l'ordre étaient déployés, équipés de blindés Centaure, pour reprendre le contrôle d'une ferme des Bordes-sur-Arize, sept gendarmes mobiles ont, le 12 décembre 2025, refusé d'intervenir. Ce refus, loin d'être un simple fait divers disciplinaire, agit comme un puissant révélateur. Il expose au grand jour la fracture abyssale qui sépare un pouvoir parisien, arc-bouté sur des protocoles bureaucratiques, et une France rurale poussée à bout, forçant même ceux qui sont chargés de la réprimer à se demander pour qui et pour quoi ils servent.

mise à jour le 17/12/25

Un protocole sanitaire en accusation

L’étincelle de cette révolte est une maladie, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), apparue dans un cheptel ariégeois. Non transmissible à l’homme, avec un taux de mortalité du bétail souvent inférieur à 1 %, même sans traitement, elle  justifie, selon la réglementation européenne, l’abattage systématique de tout le troupeau touché et l’instauration d’une zone réglementée. Face à cette perspective, les éleveurs, soutenus par des syndicats comme la Coordination rurale, ont proposé une alternative : abattre uniquement les bêtes infectées, confiner le reste et lancer une campagne de vaccination massive. Une proposition étayée par l’exemple des Balkans, où une telle stratégie a permis de juguler l’épidémie sans hécatombe. Le gouvernement, par la voix de la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, a rejeté cette option, s’en tenant à la lettre d’un protocole qualifié d' »ancien et dépassé » par certains observateurs. Le préfet de l’Ariège a ainsi justifié la décision d’abattre 208 bêtes vaccinées pour une seule initialement infectée en arguant que c’était la « seule solution qui fonctionne ». Un raisonnement qui sonne comme une provocation pour des agriculteurs qui voient dans chaque vache un capital économique et affectif menacé de ruine. Les bêtes abattues étaient vaccinées depuis 38 jours (les animaux sont immunisés 28 jours après le vaccin).

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La révolte des champs et la lassitude des casernes

La suite était écrite. Des centaines d’agriculteurs ont convergé, bloquant les routes avec leurs tracteurs pour empêcher l’accès des vétérinaires. La nuit du 11 décembre, l’intervention musclée des forces de l’ordre a transformé la ferme en champ de bataille : grenades lacrymogènes contre jets de projectiles et feux de bottes de foin. C’est dans ce climat de guerre civile larvée qu’est survenu le geste des sept gendarmes. Un témoignage recueilli par Le Journal du Dimanche et relayé par le mouvement Les Patriotes résume le profond malaise : « On est tous dégoûtés ! On a le sentiment d’affronter une partie de nous-mêmes, des gens qui pourraient être des amis ou des cousins ! » Ce n’est plus de la simple empathie, mais le sentiment criant d’une mission viciée, d’un ordre républicain instrumentalisé pour faire violence à la substance même du pays. Un capitaine en retraite, Hervé Moreau, dénonce cette stratégie qui consiste à « monter les forces de l’ordre (…) contre notre peuple » du fait de décisions « scandaleuses et irresponsables ».



L’heure des comptes : héros ou mutins ?

La hiérarchie militaire, prise en étau, nie tout acte de désobéissance ouverte. Pourtant, ces sept hommes « risquent de lourdes sanctions », pouvant aller jusqu’à la radiation des cadres. Le pouvoir se retrouve face à un dilemme : punir sévèrement ces hommes, c’est cristalliser le malaise et en faire des martyrs ; les gracier, c’est reconnaître la légitimité d’une désobéissance qui pourrait faire tache d’huile. Florian Philippot et Les Patriotes ont immédiatement saisi l’opportunité, lançant une pétition nationale pour les soutenir et les érigeant en « héros » ayant « protégé l’intérêt supérieur de la France ». Cette récupération politique est le symptôme d’une crise de défiance bien plus large. Le gouvernement, déjà sous pression à l’approche du vote sur l’accord de libre-échange avec le Mercosur, voit dans cette affaire le spectre d’un nouvel embrasement des campagnes.

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Le refus de ces sept gendarmes n’est pas une mutinerie au sens strict. C’est un acte de conscience, un coup de sonde dans les abysses d’une autorité dont le crédit s’épuise. En refusant d’être les instruments d’une politique vécue comme une agression contre le monde rural, ils ont posé une question qui dépasse de loin le cadre disciplinaire : à quel moment l’obéissance cesse-t-elle d’être une vertu pour devenir une complicité ? Alors que les abattages se poursuivent et que la colère gronde, leur geste solitaire dessine peut-être les contours d’une nouvelle ligne de fracture, non plus entre l’État et les agriculteurs, mais au cœur même de l’État. Ils sont aujourd’hui une brèche. Les Résistants pendant l’Occupation étaient 1 % de la population. Les sept gendarmes représentent 2 % d’un groupe de 300. Seront-ils demain un courant ?

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Soutenons les sept gendarmes mobiles d’Ariège en signant la pétition lancée par Les Patriotes.

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