La mélancolie programmée d’un symbole
Da Corte, spécialiste de l’aliénation douceâtre, prétend explorer l’existentialisme américain en reproduisant l’effondrement d’un ballon de Kermit lors d’une parade en 1991. La créature gît, tête dégonflée et membres épars, dans une posture de défaite pathétique. L’artiste invoque la chanson « It’s Not Easy Being Green » et se réclame de Duchamp, parant l’entreprise d’un vernis conceptuel qui ne masque qu’à peine la puérilité de son geste.
LE MESSAGE EST-IL CLAIR ?
▪️2014
McCarthy🇺🇸installe Place Vendôme une structure gonflable qu’il décrit comme un « arbre »
▪️2025
Da Corte🇺🇸installe Place Vendôme une structure gonflable qu’il décrit comme une « grenouille »
▪️En argot🇬🇧🇺🇸, les Français sont des « Grenouilles »PIGÉ ? pic.twitter.com/OyvNVcDEAG
— François Asselineau 🇫🇷 (@f_asselineau) October 23, 2025
La répétition du scandale
L’offense, pourtant, n’est pas nouvelle. En 2014, un autre Américain, Paul McCarthy, installait sur cette même place un « arbre » gonflable dont la forme de gode géant ne trompa personne. Le scandale fut immense, mais visiblement insuffisant pour dissuader la répétition du phénomène. Deux artistes étasuniens, deux sculptures gonflables vertes, un même lieu : la coïncidence est trop parfaite pour être innocente.
L’insulte déchiffrée
Le sous-texte, d’une lourdeur confondante, saute aux yeux. L’argot anglo-saxon surnomme les Français « frogs ». Installer une grenouille géante, qui plus est dans une position aussi suggestive – le postérieur offert au ciel –, ne relève plus de l’ambiguïté mais du message codé. La séquence est limpide : après le godemichet de McCarthy, la grenouille de Da Corte. La métaphore scatologique est achevée, illustrant avec une vulgarité rare une forme de domination culturelle et de mépris.
La complaisance des zélites
Le véritable scandale réside peut-être moins dans la provocation artistique que dans la complaisance des institutions françaises. Le ministère de la Culture et la Mairie de Paris, toujours avides de se parer des atours d’une modernité internationale, ont une nouvelle fois offert le socle de notre patrimoine à ce qui s’apparente à une humiliation publique. Ils autorisent ainsi que l’on rie, non pas avec nous, mais de nous, transformant la Place Vendôme en théâtre de la moquerie planétaire. L’art, décidément, n’a jamais été aussi politique.
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