Une colère structurelle et légitime
La révolte puise ses racines dans un terreau économique et social délétère. Le chômage massif des jeunes, une inflation cumulée érodant 80% du pouvoir d’achat et un système de santé public en lambeaux ont transformé le pays en cocotte-minute. Cette paupérisation de la classe moyenne s’opère dans l’ombre d’un capitalisme de connivence éhonté, où conflits d’intérêts et marchés publics opaques profitent à une infime oligarchie. Des scandales, comme celui du dessalement de l’eau de mer à Casablanca ou des importations de moutons, illustrent une confusion systématique entre intérêts privés et publics, créant un sentiment d’injustice insupportable.
Une révolution colorée avortée et une crise générationnelle
Si la colère est authentique, des acteurs externes ont tenté de la canaliser. L’organisation des manifestations sur Discord par des administrateurs anonymes basés à l’étranger et la reprise du symbole du poing des révolutions colorées serbes révèlent une tentative de déstabilisation. Celle-ci a échoué, notamment parce que le mouvement a spontanément érigé la monarchie en rempart ultime, appelant le roi à le sauver des dérives oligarchiques. Ce dernier n’a pas manqué de faire écho à leurs revendications dans son discours d’ouverture de la dernière session parlementaire. « Avec l’aide du Seigneur », les parlementaires sont appelés à l’intégrité pour plus de justice sociale. Il n’y a pas qu’en France que le pouvoir s’adonne à la guignolade.
Au-delà de la manipulation, cette révolte est aussi le symptôme d’une crise anthropologique : une Génération Z, hypersensible et nomade, forgée par l’immédiateté des réseaux sociaux, se heurte à la lourdeur d’un État qu’elle ne comprend plus et qui ne la comprend pas.
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