33 milliards d’euros en vingt ans : Comment les banques ont vidé une loi anti-fraude avec la complicité de Bercy

Jean-François Husson, rapporteur général LR de la commission des finances du Sénat, ne cache plus sa colère. Après cinq heures d’audition musclée au ministère de l’Économie, ce 19 juin, l’élu livre une enquête accablante : une loi anti-fraude votée démocratiquement a été sabotée en catimini. La cible ? Le mécanisme CumCum, une optimisation fiscale agressive permettant à des investisseurs étrangers d’échapper à l’impôt sur les dividendes. Coût pour l’État : 33 milliards d’euros en vingt ans.

mise à jour le 20/06/25

« Le résultat est absolument effarant » : le rapporteur du Sénat Jean-François Husson accuse Bercy et les banques.

« Nous avons été floués », assène Jean-François Husson devant la presse. « Le gouvernement a publié un texte d’application qui ouvre une brèche légale… exactement là où les banques le demandaient. » Une manœuvre d’autant plus scandaleuse que les services fiscaux de Bercy eux-mêmes avaient mis en garde contre ce cadeau aux fraudeurs.

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« Une note interne prouve que l’administration savait » : les preuves accablantes

Dans une note du 20 mars, la Direction de la législation fiscale et la DGFiP (Finances publiques) alertaient : « Compte tenu de l’intention du législateur, une exclusion large de ces opérations soulèverait un risque polémique sévère. »

Pire : elles recommandaient explicitement de ne pas céder aux demandes de la Fédération bancaire française (FBF). Peine perdue. Le 17 avril, le gouvernement publiait malgré tout un décret introduisant des exemptions. « C’est le lobby bancaire lui-même qui a dicté ses conditions à Bercy », révèle Jean-François Husson. « Alors que ces mêmes banques profitent allègrement de la fraude ! »

4,5 milliards d’euros de redressements… l’« optimisation fiscale » est toujours à la limite de la légalité

Les chiffres donnent le vertige :

  • 2,5 milliards d’euros de fraudes identifiées en 2023 (selon Gabriel Attal).

  • 4,5 milliards aujourd’hui, avec des redressements encore en cours.

  • 33 milliards estimés entre 2000 et 2020 (Université de Mannheim).

« Des perquisitions ont eu lieu chez BNP Paribas, Société Générale, Natixis… Le Crédit Agricole a même reconnu sa participation », rappelle Jean-François Husson. « Pourtant, la FBF ose encore affirmer qu’il n’y a ‘pas de fraude en France’ ! »



« Comment demander 40 milliards d’efforts aux Français… en laissant filer l’évasion bancaire ? »

Le ton monte au Sénat. Jean-François Husson exige le retrait immédiat du décret d’avril et un moratoire sur toute nouvelle mesure sans accord parlementaire. « Le Parlement a voté, le gouvernement doit exécuter. C’est la base de notre République », martèle-t-il. « Si on laisse les lobbys réécrire les lois, à quoi bon voter ? »

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Une question reste en suspens : pourquoi Bercy a-t-il ignoré ses propres experts ? « Les raisons sont très obscures », admet le sénateur. « Mais quand l’argent parle, la démocratie trébuche. »

Et maintenant ? La balle est dans le camp du ministre

Jean-François Husson lance un ultimatum solennel à Éric Lombard, ministre de l’Économie :

  1. Abroger le texte controversé.

  2. Garantir qu’aucune nouvelle exemption ne sera accordée sans validation du Parlement.

« Sinon, comment justifier auprès des Français qu’on leur demande des sacrifices… pendant que les banques fraudent en toute impunité ? » Une affaire qui dépasse la simple fiscalité : c’est la crédibilité même de l’État qui est en jeu.

L’étrange déclaration de patrimoine d’Éric Lombard

Grâce à sa carrière de banquier, Eric Lombard, a bien appris les raffinements de l’optimisation fiscale et des déclarations de patrimoine allégées.  Juste avant la visite du sénateur Jean-François Husson (LR) au ministère de l’Économie et des Finances ce 19 juin, Le Canard Enchaîné l’a redressé dans un article du 17 juin. Quelle coïncidence !

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Le grand argentier de la France est l’heureux proprio d’une vaste et chouette villa (410 m2), dotée d’un terrain de 1 800 m2 avec vue sur l’océan, du côté de La ­Trinité-sur-Mer (Morbihan). Après l’avoir acquise, en 2004, pour 1,8 million d’euros, il l’a décorée à son goût et a entrepris quelques aménagements pour la modique somme de 1 079 665 euros. Vingt ans plus tard, étrangement, il assure que la bicoque ne vaut plus que… 600 000 euros. Interrogés par « Le Canard », plusieurs agents immobiliers du coin estiment plutôt le prix de ce genre de chaumière entre 3,5 et 4 millions d’euros…

Sa société de conseil, Halmahera, n’a qu’une seule salariée (Mme Lombard) et n’a aucun client, mais pourtant dégage 6 millions de dividendes annuels. Sur le principe des poupées russes, c’est un groupement économique (Greenstock) qui détient ses participations. Tout est légal, paraît-il. Alors, hein !

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