Tous les Français se réjouissent sans aucun doute de la décoration d’Élisabeth Borne — en premier lieu le candidat « insoumis » Noé Gauchard (un nom comme ça, cela ne s’invente pas) qui s’est retiré au second tour en juin dernier pour lui permettre d’être réélue députée. Les salariés qui, grâce à sa réforme des retraites, arrêteront de travailler à 64 ans au lieu de 62 ans lui doivent beaucoup de reconnaissance. Les chômeurs, ces feignants, ne sont pas en reste. Ils lui sont certainement obligés de les avoir poussés à au moins 15 heures d’« activités » par semaine afin de pouvoir toucher le RSA.
Malgré la devise honneur et patrie qui figure sur l’envers de la médaille, ils ont été nombreux ceux qui ont refusé d’être décorés : Berlioz, Nerval, Monet, Maupassant, Ravel, Bernanos, Sartre, Camus, Aragon… Marcel Aymé, en 1949 : « Je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens ». Et plus près de nous, Brigitte Bardot, Sophie Marceau. Cette dernière avait refusé, choquée que cette décoration ait été décernée en 2016 au prince saoudien Mohammed Ben Nayef Al Saoud, alors qu’il avait été responsable de l’exécution de 154 personnes en 2015.
« Point ne suffit de refuser la Légion d’honneur, encore faut-il ne pas l’avoir méritée », cette fameuse phrase attribuée tantôt à Prévert tantôt à Eric Satie ne concerne pas Élisabeth Borne. Elle l’a bien méritée et l’a volontiers acceptée.
La médaille de l’ordre de commandeur n’est pas gratuite : 725 € en argent doré (cravate incluse), 295 € en bronze doré, sans compter des « droits de chancellerie » (100 €). Une dépense qui ne devrait pas trop grever le budget de l’ex-Premier ministre.
Jusqu’à ses 67 ans (elle en a 63), Élisabeth Borne bénéficiera d’un secrétaire particulier, mais c’est à vie qu’ elle aura droit à :
– une protection policière,
– une voiture de fonction avec chauffeur et les charges afférentes.
– trois logements de fonction : l’hôtel Matignon, à Paris 7e, dans lequel elle possède également ses bureaux, le château de Champs-sur-Marne et le château de Souzy-la-Briche pour se ressourcer,
– le réseau SNCF en 1re classe,
– les jets Falcon et des hélicoptères du président de la République, pour les déplacements longue distance.
Les anciens présidents coûtent chaque année quelque 10 millions d’euros par an à l’État. Les anciens Premiers ministres, eux, doivent coûter moins cher, si on en croit Jean Castex, obligé de repeindre lui-même ses volets. Bruno Le Maire avec ses quatre enfants à nourrir avec des pâtes ne doit pas coûter non plus bien cher.
Selon la Cour des comptes, les cérémonies de remises de décorations ont entraîné en 2023 des dépenses de traiteurs de 66 000 euros, contre 27 000 euros en 2022. Lors des repas, l’argentier, fonction qui n’existe qu’à l’Élysée, positionne assiettes et couverts avec des gants blancs pour ne pas marquer l’argenterie. Fourchettes et cuillères sont présentées pointe vers le bas pour mettre en vue les armoiries. Pas plus de 34 cm entre chaque assiette ! L’argentier vérifie les intervalles avec un mètre déroulant. La réception en l’honneur d’Élisabeth Borne devrait participer de ce faste, car au palais de la Pompadour, l’argent est magique.
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