Économie

Valérie Urbain (Euroclear) sur les avoirs russes gelés : « Même pendant la Seconde Guerre mondiale, les actifs des banques centrales n’ont pas été confisqués. »

Alors que Bruxelles cherche fiévreusement à financer l'effort de guerre ukrainien, une voix autorisée s'élève pour tempérer l'ardeur confiscatoire. Valérie Urbain, directrice générale d'Euroclear, la chambre de compensation qui détient une part substantielle des avoirs russes gelés, lance un avertissement sans ambages : une telle mesure serait sans précédent, "même pendant la Seconde Guerre mondiale". Cette comparaison, lourde de sens, jette une lumière crue sur les implications d'une décision présentée comme pragmatique.

mise à jour le 18/11/25

Geler des actifs est une chose ; les confisquer en est une autre, alerte celle qui détient les clés du coffre.

L’appât d’un trésor de guerre

Depuis 2022, près de 300 milliards d’euros d’avoirs de la Banque centrale de Russie sont immobilisés par les Occidentaux, dont 193 milliards sous la garde d’Euroclear. Ces actifs, essentiellement des obligations, produisent des revenus dont une partie – plus de 3,5 milliards en 2024 – a déjà été détournée vers Kiev. Poussée par Ursula von der Leyen, la Commission européenne envisage désormais d’utiliser le capital lui-même, arguant de l’efficacité et d’une future facture de réparations à présenter à Moscou. Un projet légalement très fragile, qui soulève des questions fondamentales sur le respect de la souveraineté des États.

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La boîte de Pandore juridique

Le cœur de l’argumentaire de Valérie Urbain réside dans une violation supposée des principes juridiques intangibles. En évoquant le respect des actifs des banques centrales même durant le dernier conflit mondial, elle souligne le caractère sacro-saint de cette règle. La qualifier d' »illégale », c’est craindre l’ouverture d’une « boîte de Pandore ». Euroclear, gardien d’un système financier pesant 42 500 milliards d’euros, redoute un déluge de contentieux et n’exclut pas de poursuivre l’UE elle-même, invoquant une menace pour la stabilité des marchés.

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Les fragilités d’une forteresse financière

Cette position trouve un écho favorable en Belgique, où le Premier ministre Bart De Wever fustige une simple « confiscation ». Au-delà des représailles russes promises – Moscou menaçant de saisir les actifs européens sur son sol –, c’est la crédibilité de la place financière européenne qui est en jeu. La crainte est palpable : voir les investisseurs souverains, comme la Chine ou les pétromonarchies du Golfe, se détourner d’un espace perçu comme devenu risqué, affaiblissant à terme l’euro. L’inquiétude est même devenue personnelle pour Mme Urbain, qui bénéficie d’une protection policière depuis mars 2025.

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Une paix financière plus sûre qu’une victoire à crédit

L’avertissement d’Euroclear cristallise un dilemme stratégique. D’un côté, l’urgence affichée de soutenir Kiev pour « sauver la démocratie » et empêcher Poutine d’aller jusqu’à Brest ; de l’autre, un réalisme prudent qui privilégie la préservation des fondations juridiques et économiques du Vieux Continent. Cette course au financement pourrait bien, en voulant affaiblir la Russie, saper durablement la confiance dans les institutions européennes. La paix, semble suggérer la directrice, reste le seul chemin pour refermer sans dommage ce dossier explosif.

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