Économie

« Nous n’avons plus d’argent », clame le banquier qui puise 310 000 euros par an dans les caisses publiques

Le gazole dépasse les deux euros au litre, l'essence n'est pas loin derrière, et les automobilistes français retiennent leur souffle en regardant la pompe engloutir leur budget mensuel. Les tensions au Moyen-Orient offrent un prétexte commode à cette flambée, mais François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a trouvé plus simple : opposer une fin de non-recevoir à toute demande d'aide. Son argument, livré sur RTL le 11 mars ? "Nous n'avons plus d'argent." La formule, martelée avec l'assurance de celui qui n'a jamais eu à choisir entre faire le plein et finir le mois, mérite qu'on s'y attarde. Car si l'argent public fait défaut pour secourir les ménages en détresse, il semble couler à flots ailleurs, à commencer dans les poches de ceux qui administrent cette pénurie.

mise à jour le 13/03/26

Alors que le litre de gazole franchit allègrement la barre symbolique des deux euros, un haut fonctionnaire bien nourri explique aux gueux que les caisses de l’État sont aussi vides que leurs réservoirs.

La TICPE ou l’art de taxer la misère

Examinons d’abord le mécanisme qui permet à l’État de transformer chaque crise en jackpot fiscal. La décomposition du prix du carburant, telle que livrée par l’Union française des industries pétrolières fin février 2026, vaut son pesant de cacahuètes. Sur un litre de gazole à 1,701 euro, le précieux liquide lui-même ne pèse que 0,53 euro. La distribution ajoute 0,28 euro. Restent les taxes : 0,608 euro de TICPE, puis 0,162 euro de TVA sur le produit, et enfin 0,122 euro de TVA sur la TICPE. Total de l’addition fiscale : 0,892 euro, soit 52 % du prix final. Pour l’essence, on frôle les 55 %. Le génie du système réside dans cette double imposition : la TVA frappe non seulement le carburant, mais aussi la taxe qui le frappe déjà. Ainsi, lorsque les cours mondiaux s’affolent, la TICPE reste fixe, mais la TVA grimpe mécaniquement, offrant à l’État une manne providentielle. Plus les automobilistes souffrent, plus Bercy se régale. Les associations d’usagers crient à l’escroquerie ; le Rassemblement national dénonce une spoliation. Mais la machine fiscale tourne, imperturbable.

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Le train de vie du grand argentier

Revenons à François Villeroy de Galhau, ce serviteur de l’État qui prêche la vertu budgétaire aux masses. Sa rémunération pour l’année 2024 ? 310 678 euros bruts, soit près de 27 000 euros mensuels. À cette somme déjà confortable s’ajoute une indemnité de logement de 6 399 euros par mois, soit 76 788 euros annuels, officiellement pour compenser l’absence d’appartement de fonction. Le tout place l’homme au sommet de la hiérarchie des traitements publics, loin devant le président de la République et ses modestes 16 000 euros mensuels, mais moins que le président de la caisse des dépôts et consignations qui plafonne à 450 000 euros brut annuels.

Mieux : le gouverneur de la Banque de France dépasse le patron de la Fed américaine. Une performance remarquable pour celui qui vient expliquer aux Français que les caisses sont vides et qu’il faut serrer les ceintures. L’austérité qu’il prône est décidément à géométrie variable : maximale pour les gueux qui peinent à remplir leur réservoir, minimale pour le haut fonctionnaire qui remplit le sien aux frais de la princesse.

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L’argent magique voyage bien

Pendant que les automobilistes français sont invités à la tempérance, des milliards prennent le large. Depuis le début du conflit ukrainien en 2022, la France a débloqué entre 8,6 et 12 milliards d’euros d’aides diverses, certaines estimations évoquant même 21 milliards si l’on intègre les contributions européennes. Soutien militaire, humanitaire, financier : l’argent pousse comme du chiendent dès qu’il s’agit de financer des causes lointaines. Curieuse époque où l’on trouve des fortunes pour armer l’étranger mais pas un euro pour soulager ses concitoyens étranglés par le coût de l’énergie. Le contraste est si saisissant qu’il en devient obscène.



L’austérité des autres

Au terme de cette brève radioscopie des finances publiques, une évidence s’impose : le « nous n’avons plus d’argent » de François Villeroy de Galhau n’est qu’un écran de fumée destiné à masquer des choix politiques assumés. L’argent existe, il est même abondant, mais il est fléché vers d’autres horizons : le train doré des hauts fonctionnaires, les aventures géopolitiques lointaines, ou le rendement mirifique d’une fiscalité ingénieuse qui taxe les taxes. Pendant ce temps, à la pompe, l’addition s’allonge et les visages se ferment. Peut-être serait-il temps d’expliquer à M. le Gouverneur que l’austérité gagne à être partagée, et que les caisses vides qu’il contemple depuis son perchoir mériteraient qu’on y regarde d’un peu plus près. Avec une lampe torche. Et peut-être un brin de mauvaise foi en moins.

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