Mort de Bernard Madoff, le plus grand voleur du siècle

mise à jour le 29/04/21

Bernard Madoff, auteur de la plus grande escroquerie financière du siècle, vient de décéder en prison à l’âge de 82 ans. Il ne lui restait plus que 139 ans à purger sur les 150 ans auxquels il avait été condamné.

Détenu à Butner, en Caroline du Nord, Bernard Madoff avait acheté tous les produits de la marque Swiss Miss à l’intendant, pour les revendre plus cher dans la cour du pénitencier. Cet infatigable spéculateur avait pris le monopole du marché du chocolat chaud. Loin de lui en vouloir, les autres prisonniers éprouvaient une sorte de fascination. Avoir volé plus d’argent que n’importe qui dans l’histoire faisait de lui un héros.

« Comme tu peux l’imaginer, écrit Madoff à sa belle-fille, je suis une célébrité ici, je suis traité comme un chef de la mafia. Ils m’appellent soit Oncle Bernie, soit M. Madoff. Je ne peux marcher nulle part sans que quelqu’un me crie des mots d’encouragement et de soutien, pour me donner le moral. C’est vraiment gentil de voir à quel point tout le monde est attentif à mon bien-être, y compris le personnel. (…) C’est beaucoup plus sûr ici que dans les rues de New York. »

Le maître-nageur devient loup de Wall Street

Né dans une famille juive new-yorkaise peu fortunée, il abandonne ses études en droit pour être maître-nageur. A 22 ans, avec 5 000 dollars en poche, il crée sa société d’investissements, Bernard L. Madoff Investment Securities LLC. 

Il ne sent pas à sa place à Wall Street. « J’étais un petit juif de Brooklyn », sans connexions ni diplôme. « J’ai tout de suite compris que le marché était manipulé », aux mains des grandes firmes. Pour qu’ils acceptent de passer leurs ordres chez lui, il doit payer les conseillers en investissement. 

Dans les années 90, sa société de courtage de 120 collaborateurs génère 100 millions de dollars de profits par an, ne cesse de croître et semble solide. Il est un des cinq premiers courtiers à rejoindre le marché électronique du Nasdaq à sa création en 1971. Il en devient même le président, entre 1990 et 1993.

La société d’investissement a un double fonds

Parallèlement à sa société, en 1960 Bernard Madoff monte un discret fonds d’investissement spéculatif. Théoriquement, ce fonds ne gère des placements que pour 11 à 25 clients. C’est la limite légale selon la SEC (Securities and Exchange Commission), mais pour un montant de 17 milliards de dollars ! Ses clients sont des banques, des fonds et des détenteurs de grosses fortunes personnelles.Taux de profit : 20 % par an  ! Du jamais vu… ou presque jamais vu.

Une pyramide de Ponzi de 48 ans !

L’ancêtre de Madoff, un nommé Ponzi, a sévi à Boston en 1919 et proposait carrément un rendement de 50 % en 90 jours. Prendre à l’un pour donner à l’autre, ce principe de la pyramide de Ponzi, il en fait son fonds de commerce pendant 48 ans. Madoff paie 12 à 20 % d’intérêts aux premiers investisseurs avec les capitaux des derniers entrés. Lorsque des investisseurs inquiets veulent sortir de son fonds, Madoff utilise les dépôts des nouveaux clients pour leur rendre leur argent. Donc pas de vagues, tout va bien : appartement en terrasse à Manhattan, villa à Long Island, résidence de luxe à Palm Beach, en Floride, appartement au Château des Pins, à Antibes, yachts, voitures de luxe. Sa fortune est estimée à 825 millions de dollars.

Une prudente arnaque gérée en bon père de famille

Le hedge fund caché ne doit pas être mentionné dans les documents de la société écran. Les transactions financières sont d’ailleurs fictives, mais quotidiennement des rapports sont  produits de toute pièce par une équipe de secrétaires sans aucune connaissance financière. Tous les jours les investisseurs reçoivent par courrier de faux relevés de vente ou d’achat d’actions imaginaires. Et puis des intérêts « limités » à 12 %, cela semble (presque) vraisemblable.

Un banquier au-dessus de tout soupçon

Madoff siège à des comités consultatifs de la SEC (Securities and Exchange Commission). Lors du krach du 19 octobre 1987 (dû à l’éclatement d’une bulle spéculative), la SEC le félicite même d’être resté ouvert au service de ses clients. Vivant sur les capitaux de ses investisseurs, Madoff est quasiment hors d’atteinte des hauts et des bas de la Bourse. Personne ne semble s’en douter…

La crise des subprimes en 2008 met un terme à l’escroquerie

Si vous connaissez bien le mécanisme de cette énième crise du capitalisme, sautez cet épisode et passez directement à la suite de la saga de la charmante famille Madoff. Sinon voilà l’origine de cette crise : début des années 2000, les taux d’intérêt baissent. Les investisseurs s’orientent vers l’immobilier, plus lucratif. Du sûr : les hypothèques sur les maisons achetées à crédit garantissent les risques. Confiantes dans la hausse des prix de l’immobilier, les banques multiplient les autorisations de prêts, notamment de prêts risqués, les subprimes. Disons que même les pauvres peuvent accéder à la propriété avec ces prêts. En cas de défaut de paiement, les banques saisiront les maisons hypothéquées. De leur côté, les emprunteurs espèrent faire fortune en revendant leur maison, car l’immobilier ne cesse d’augmenter ! 

Les banques en veulent touijours plus : elles transforment ces prêts risqués en produits financiers qui s’échangent d’une banque à l’autre, avec une commission au passage. En 2006, les emprunteurs n’arrivent plus à rembourser leur crédit (il faut dire que le taux d’intérêt n’est pas fixe : il augmente au fur et à mesure). Les banques saisissent les biens donc l’offre immobilière devenant supérieure à la demande, les  prix baissent. Les banques n’arrivent plus à vendre les subprimes aux gros investisseurs restent avec un nombre colossal de crédits non remboursés sur les bras. En 2007 Lehman Brothers fait faillite et les autres banques devraient suivre le même chemin. C’est le début de la crise des subprimes. Les clients de Madoff prennent peur et veulent récupérer leurs capitaux avant la faillite bancaire qui s’annonce. Leur argent, qu’ils croient au chaud chez Madoff, a bien entendu disparu. C’est la crise aussi pour Madoff !

L’éclatement de la famille Madoff

Comme un parrain de la mafia, Madoff ne fait confiance qu’à sa famille. Outre ses fils, le frère de Bernard Madoff, Peter, et ses deux enfants, Roger et Shana, travaillent pour la société, ainsi que plusieurs nièces, neveux et membres de la famille élargie. A partir de son arrestation par la police, ses fils, Mark et Andrew, ne lui ont plus jamais parlé… Mark Madoff est retrouvé pendu le 11 décembre 2010. Andrew, le fils cadet, décède le 3 septembre 2014 d’un cancer. Un cancer en rémission, mais réactivé en 2011. Une rechute due au stress, déclarait-il.

Des victimes par milliers

De  nombreux membres de la communauté juive ont été volés par Madoff, dont Elie Wiesel qui a investi 12 millions de dollars de sa fondation. La liste des clients escroqués s’étire sur 162 pages ; 65 000 victimes portent plainte. Les plus gros clients étant des banques, des milliers de personnes ne savent même pas qu’elles sont impliquées dans l’affaire Madoff avant de se retrouver dans la misère. William Foxton, un soldat britannique qui a perdu une main en Afghanistan et a ensuite donné son temps à des missions humanitaires de l’ONU, s’est tiré une balle dans la tête lorsqu’il a appris qu’il avait perdu ses économies. Foxton avait placé ses économies via une banque autrichienne qui les avait transmises à Bernard L. Madoff Investment Securities LLC.

Un rapide procès

Le 29 juin 2009, Bernard Madoff est condamné à 150 années de prison. Son jeune frère, Peter, à 10 ans (il est sorti au bout de 9 ans). Les milliards des deux frères — ou ce qu’il en reste — sont confisqués. L’escroquerie du siècle, qui a touché banques, sociétés, célébrités, s’est étendue sur 136 pays.

La saga de la cupidité à la sauce Madoff se termine-t-elle là ? Pas du tout. Vous saurez où se sont envolés les milliards dans le prochain épisode. À suivre…

Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.

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