L’instruction en famille

Économie

mise à jour le 28/12/20

L’instruction en famille

Vous avez peut-être décidé de retirer vos enfants de l’école, ou vous y pensez. Est-ce que ce sera possible ? En serais-je capable ? Je vous propose, ici, quelques pistes de réflexion.
Ce que j’appelle le « grand merdier », cette plandémie du SARS-CoV-2, est certainement un bon moyen de tester notre capacité à mettre en action nos principes. Qu’est-ce qui, dans la vie, est le plus important pour nous ? Notre famille ? notre travail ? notre sécurité matérielle ? nos loisirs ? Il n’y a pas de bonne réponse. C’est propre à chacun, selon son histoire.
S’il faut trouver un point positif au « grand merdier », c’est celui-là. Il nous impose de nous regarder dans un miroir. L’humanité grandit, nous devenons adultes en faisant des choix qui vont impacter notre avenir.
Vous avez donc (ou vous pensez le faire) décidé de retirer vos enfants de l’école. Et maintenant ?

1. Le travail scolaire est-il obligatoire ?

D’un point de vue légal, oui. Si l’école n’est pas obligatoire, l’instruction l’est. Lorsque vous déclarez l’instruction en famille au DSDEN (recteur académique), il se doit de faire une visite pour vérifier le travail de votre enfant. Vous devez donc prouver que votre enfant acquiert des connaissances.
D’un point de vue personnel, cela demande une grande autodiscipline pour les enfants et le parent qui reste à la maison. Mais cela vaut le coup. Selon Marion Sigaut, pendant et après la Révolution française, les parents, effrayés par l’endoctrinement qui était imposé dans les nouvelles écoles de la République, ont cessé de mettre leurs enfants à l’école [alors que, contrairement à ce que l’on nous enseigne, une grande majorité de la population française savait lire et écrire, et donc avait été scolarisée avant cette période, leur « grand merdier » à eux (voir l’excellente conférence en huit parties, « Naissance de la République », sur la chaîne YouTube de cette historienne)]. Le niveau d’instruction a alors chuté, donnant une génération d’illettrés prête à aller travailler dans les mines du début du XIXe siècle. Pour ne pas reproduire un nouveau « germinal », instruisons nos enfants.

2. Combien d’heures quotidiennes ?

L’avantage de l’instruction en famille, c’est que l’on peut décider soi-même du rythme de travail. Lundi, mardi, jeudi et vendredi en condensé, ou moins d’heures chaque jour de la semaine. Les conseils que je vais donner sont pour un rythme de 4 jours, à chacun de les modifier selon le rythme qui lui conviendra.
Petite section = 2 heures réparties en 4 séances de 30 minutes/jour
Moyenne et grande section = 3 heures réparties en 3 séances d’une heure/jour
CP = 4 heures, réparties en 2 h/2 h / jour
CE1/CE2 = 4 heures/jour avec 1 ou deux pauses
CM1/CM2 =5 heures/jour avec 1 ou deux pauses
Collège = 6 à 7 heures/jour
Ces horaires sont donnés à titre indicatif, on peut en faire plus ou moins selon la capacité de son enfant à se concentrer. Toutefois, votre enfant sera bien plus attentif le matin que l’après-midi.
Vous vous inquiétez peut-être de la comparaison avec une classe de huit heures, mais sachez que pendant ces heures, votre enfant sera, la plupart du temps, en travail actif, ce qui n’est pas le cas en classe.

3. Sera-t-il autonome ?

D’autres se seront, au contraire exclamés : « Cinq heures ? Mais je n’aurai jamais le temps ! » Attention, le temps indiqué est celui du travail de votre enfant, pas celui du temps que vous allez lui consacrer. Dans une classe, l’enseignant guide chaque geste de l’élève : « Sortez vos stylos, écrivez à trois carreaux de la marge. » Si cela simplifie la vie de la classe, cela ne rend pas les enfants autonomes. Heureusement, l’autonomie s’apprend. Au début, le temps que vous allez consacrer à votre enfant sera plus long, mais il va diminuer petit à petit. Pour l’aider, préparez-lui son emploi du temps de la journée.

4. Aurai-je la patience ?

Bien sûr, la réponse à cette question dépend du tempérament de chacun. Voici tout de même quelques informations pour vous y aider.
La première certitude que vous devez avoir, c’est que le stress bloque les apprentissages. Bien sûr, vous devrez peut-être hausser le ton si votre enfant rêve trop souvent ou refuse de travailler, mais en aucun cas parce qu’il n’y arrive pas ou ne comprend pas.
Les apprentissages ne sont pas linéaires. Le cerveau fonctionne par déclics. Si vous expliquez quelque chose que votre « élève » ne comprend pas du tout, même après plusieurs séances, même après avoir expliqué de plusieurs façons, stoppez l’apprentissage. Vous y reviendrez plus tard. Le cerveau des enfants est encore en construction. Il développe de nouvelles capacités chaque jour. Quelques semaines de pause peuvent faire toute la différence. Il va aussi vous falloir abaisser vos exigences et ne pas vous inquiéter de ses échecs. Ils font partie du processus normal d’apprentissage.
Pour aider les têtes en l’air, je vous conseille le minuteur qui peut en aider certains tant que cela ne devient pas une source de stress. De même, laissez-lui le minimum de matériel pour travailler. Déjà que son stylo peut se transformer en avion, imaginez le centre d’import-export qu’il peut créer avec toute une trousse.

5. Le matériel et vos connaissances

Si vous avez décidé de ne pas faire appel à une école à distance avec des fascicules prêts à l’emploi, vous allez vous interroger sur les supports de cours. Deux solutions s’offrent à vous. Tapez sur internet le nom d’une discipline et le niveau de classe (Ex. : géométrie CE2) et vous trouverez toujours des leçons et des exercices. (En revanche, la qualité sera aléatoire.) Vous pouvez aussi acheter un manuel scolaire. Sachez que les derniers programmes qui définissent ce que les élèves doivent apprendre en élémentaire remontent à 2016. Si vous choisissez un livre récent, vous serez dans les clous du programme national ; si le livre est plus ancien, il y aura eu des changements. Toutefois l’instruction en famille n’oblige pas le parent à suivre le programme, l’enfant doit juste avoir acquis les exigences du socle commun à 16 ans.
Malgré tout, si vous pensez rescolariser votre enfant par la suite, il vaut mieux suivre approximativement le programme. Plus votre manuel sera ancien, plus les exercices seront décalés par rapport à ce qui est appris aujourd’hui. Les manuels des années 90 aux années 2000 sont encore très bien. Préférez un manuel aéré, mais qui fournisse une quantité importante d’exercices.
Si vous doutez de vos capacités à vous souvenir de vos leçons d’élémentaire et de collège, c’est normal. Pourtant cela revient vite, même si l’on a été un cancre à l’école, vous serez étonné de ce que vous avez appris depuis. Pour vous aider, sachez que les manuels scolaires disposent souvent d’un manuel du maître qui accompagne celui de l’élève et dans lequel se trouvent toutes les réponses. Je vous propose aussi des aides en grammaire et en mathématiques. Elles ne sont pas exhaustives, mais peuvent servir de base à votre propre fiche d’aide.

6. L’école publique se meurt

Si vous vous culpabilisez de retirer vos enfants de l’école en pensant les priver de ce qui est le mieux pour eux, voici un petit résumé de ce qu’est l’école aujourd’hui. Vous allez voir, vous allez très vite vous sentir mieux…
Les enseignants, dans les écoles publiques ou les écoles privées sous contrat, sont sommés de suivre le programme de l’Éducation nationale. Un programme dont le niveau baisse tous les 4-5 ans, au rythme des changements de ministre de l’Éducation pour diluer cette baisse de niveau progressive. Il suffit pourtant de comparer les manuels scolaires des cent dernières années pour se rendre compte de l’effondrement des connaissances qui sont demandées aux enfants. Une quantité croissante d’activités sont proposées aux enseignants qui portent désormais la responsabilité de l’éducation des enfants. Ils sont censés rattraper les manquements des parents qui ne font pas leur job de parent en les emmenant au musée, à la bibliothèque, au cinéma, à la piscine. Voilà comment occuper inutilement le temps de classe, en culpabilisant les enseignants qui ne veulent pas se soumettre à ces activités. Toujours dans la culpabilisation, l’institution a inventé l’école inclusive. Les enfants qui ont des problèmes de comportement (parfois très lourds), des handicaps physiques ou mentaux, les enfants autistes légers sont inclus dans les classes. Aujourd’hui, il y a au moins un « cas compliqué » dans chaque classe, si ce n’est pas deux ou trois. L’enseignant passe donc la majorité de son temps à faire la police pour rattraper le comportement de ces élèves. Il n’est pas rare qu’ils se fassent frapper, insulter, devant tous les autres élèves qui assistent à ces scènes. De même, les méthodes pédagogiques bienveillantes telles que Freinet, Montessori… ne sont pas encouragées, si elles ne sont pas tout bonnement interdites pas un inspecteur trop zélé. Et comme si tout ceci n’était pas encore assez pour briser l’école, depuis quelques années, l’Éducation nationale emploie des assistants d’éducation, c’est-à-dire des personnes sans qualification, pour faire classe aux enfants. Comme de plus en plus d’enseignants démissionnent, dégoûtés par les conditions de travail qui leur sont imposées, ils sont de plus en plus remplacés par ces assistants d’éducation… Allez maintenant vous demander pourquoi les enfants ne savent plus lire, écrire et compter à la sortie de l’école…

7. Conclusion et mise en garde

J’espère que ces quelques informations auront enrichi votre réflexion et vos choix sur l’instruction en famille. Si vos enfants travaillent régulièrement, ils ne pourront que progresser. N’exigez pas non plus l’excellence. L’apprentissage des notions s’étale sur toute leur scolarité, donc pas de pression.

Il est à noter que M. Macron a annoncé, début octobre 2020, que l’instruction à l’école deviendrait obligatoire l’année prochaine, avec pour seule exception, la raison de santé. En effet, l’instruction en famille a de plus en plus de succès et lorsque l’on voit l’état actuel de l’école, on peut en comprendre les raisons. Officiellement, cette perte de liberté (supplémentaire) a pour objectif de lutter contre l’islamisation radicale.

Pourtant un petit retour sur l’histoire de l’école pourrait nous en apprendre un peu plus sur cette décision. Depuis la Révolution française, l’école a eu un rôle important dans les choix que le gouvernement voulait imposer au peuple. L’école de la République introduit une nouvelle discipline : ce que l’on appelle aujourd’hui « l’éducation morale et civique » a pour objectif de faire des petits écoliers de futurs citoyens qui apprendraient consciencieusement comment fonctionne la démocratie. Avant la Révolution, les régions parlaient encore différents patois. L’école républicaine les a toutes fait disparaître en imposant le français comme seule langue autorisée, quitte à taper sur les doigts des petits écoliers pour qu’ils oublient leur langue maternelle. L’école devient gratuite en 1881, avec la loi Jules Ferry, et laïque. Comme on veut pousser les mères à travailler hors de chez elles, on instaure également une école maternelle gratuite. En 1969, l’école devient mixte, ce qui aura comme conséquence de modifier le rapport entre les hommes et les femmes. On impose une version de l’histoire de France et du monde, on explique l’actualité, les attentats, la Covid, on fait des minutes de silence. De refondation de l’école en révision du programme, la fière école de la République guide le peuple…

Avance rapide et retour au présent. Les familles souhaitent protéger leurs enfants et leur éviter le port du masque en les retirant de l’école… et M. Macron souhaite que les enfants soient instruits exclusivement à l’école… Quelles que soient les raisons officielles de son choix.

Maintenant que vous en savez plus sur l’école d’hier et sur celle d’aujourd’hui, je vous laisse réfléchir à ce que sera l’avenir dans les fières écoles de la République.

Bon courage à vous. Je vous envoie plein d’amour.

Simone pour « Le Média en 4-4-2 »

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