Politique

La sortie de Sébastien Chenu sur le chemsex : Le « faux lapsus » si bien rodé qu’il en devient programme

L’exercice public, pour certains élus, relève moins de l’art oratoire que de la prestidigitation verbale. Prenez Sébastien Chenu. Sur le plateau de BFMTV, le député RN feint de glisser des “soirées chemsex” dans une énumération anodine. Puis, clin d’œil complice à l’antenne, il admet le truc : c’était un “faux lapsus”, préparé à l’avance, une “pique” d’humour “Charlie” pour, dit-il, “mieux dénoncer”. La blague est signée, le rire forcé. Mais que dénonce-t-il au juste, sinon sa propre facilité à jouer avec les mots qui tuent ?

mise à jour le 02/12/25

Sébastien Chenu rit de son « faux lapsus » chemsex. Dans l’hémicycle, ses collègues en rient moins… quand ils sont sobres.

La blague qui cache la seringue

Cette mascarade de mauvais goût n’est pourtant pas qu’une incartade médiatique. Elle sert de paravent commode à une réalité sordide : le chemsex n’est pas un folklore de téléréalité, mais le loisir toxique d’une partie de l’élite. Tandis que Sébastien Chenu simule le dérapage, d’autres, dans son propre sérail, vivent le leur jusqu’à l’overdose. La plaisanterie, ici, n’est pas un accident. C’est un écran de fumée.

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Les cadavres dans les placards de la République

Les noms s’accumulent, aussi divers que les étiquettes politiques. Laurent Caillaud, élu vendéen proche de Bruno Retailleau, retrouvé mort à Tours en septembre 2025, corps traversé par du GHB et de la méthamphétamine. Laurent Kupferman, essayiste et franc-maçon influent, mort dans des circonstances similaires à Fontainebleau. Chaque fois, le même scénario : des vies publiquement irréprochables, des morts sordides. L’hypocrisie n’est plus un travers, elle est un mode de gouvernance.

L’addiction comme programme politique

Le summum de la duplicité se niche peut-être dans le cas d’Andy Kerbrat. Le député LFI signe, le 17 octobre 2024, une pétition solennelle contre les dangers du chemsex. Le même jour, la police l’interpelle avec 1,35 gramme de 3-MMC sur lui, en route pour une “soirée”. L’aveu suivra : il est consommateur. Comme Nicolas Jeanneté, cadre du centre-droit, mis en examen pour trafic de 3-MMC et consultait des images pédopornographiques. La moraline en costard-cravate, le vice en sous-sol. Leur credo ? Faites ce que je dis, surtout pas ce que je fais.

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Une indifférence d’État

Face à l’hécatombe, la réponse institutionnelle frise la parodie. Une résolution votée à l’Assemblée en mars 2025 pour une “stratégie nationale”, des moyens dérisoires, une prévention au rabais. On préfère réprimer le petit consommateur que s’attaquer au réseau qui corrompt les palaces parisiens et les bureaux ministériels. Les associations comme AIDES tentent, avec des kits de réduction des risques, de colmater les brèches. L’État, lui, regarde ailleurs. Trop occupé, peut-être, à peaufiner ses prochains “lapsus”.

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Le pouvoir en descente

Le “faux lapsus” de Chenu n’est donc pas une blague. C’est le symptôme d’une classe politique en perte de substance, qui pense régler les drames par l’ironie et la dénégation. Elle rit du chemsex le jour et le pratique la nuit, signe des chartes éthiques d’une main, tient la seringue de l’autre. Il est temps de regarder en face cette génération d’élus défoncés, non plus par l’idéal, mais par la chimie. La République mérite-t-elle des représentants qui ne tiennent debout qu’à coups de dopants ? La question n’est plus morale. Elle est physiologique.

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