Italie : réouvrir à partir du 26 avril est, pour Mario Draghi, un « risque raisonnable »

19 avril 2021 | Économie, Politique, Santé, Société

Mario Draghi-World Economic Forum 2013- auteur WEF-Wikimedia

Un « risque raisonnable » telle est la définition qu’en donne Draghi. Il ne nie pas que le risque existe, car la feuille de route à la sortie de la longue réunion du comité de pilotage est très différente de celle, prudente, qu’avait en tête hier matin encore le ministre de la Santé. Le 3 mai seulement réouverture des écoles et ensuite des réouvertures ciblées et continuelles, semaine après semaine. Tout est prévu dans le nouveau texte qui ne sera pas une résolution mais un décret.

Le 26, réouverture, sauf dans les zones rouges, des écoles, des restaurants en plein air, des cinémas et des théâtres en plein air et, dans la limite des capacités, même des salles. Les piscines à l’extérieur devront attendre le 15 mai, les gymnases le 1er juin, les foires le 1er juillet. Reprise de la mobilité mais avec le pass vacinal.

C’est surtout la vaccination qui limitera les risques — le gouvernement estime qu’elle est à deux pas d’une accélération drastique — et la saison qui permettra de rester à l’extérieur. Mais ce seront aussi les contrôles qui, du moins dans les plans du gouvernement, devront être intensifiés car, comme le souligne le Premier ministre, « la décision repose sur l’idée que les règles de comportement sont respectées » et parce que,  fait remarquer le ministre de la Santé Roberto Speranza assis à ses côtés, « avec les réouvertures, les comportements doivent être plus prudents et ne pas se relâcher ». 

Salvini jubile. Dans une conférence de presse rapidement organisée à Milan en amont de celle de Draghi, il a laissé échapper un triomphant : « Entre-temps, nous récupérons les réouvertures ». Puis il essaie de se corriger : « Je voulais dire que le pays les récupère. » Gaffe mise à part, l’homme politique italien a marqué un point, même s’il n’a pas obtenu tout ce qu’il voulait. Dans la salle de contrôle, un Giorgetti [NDT : ministre du Développement économique, membre de la Ligue du Nord], beaucoup plus expansif que d’habitude avait insisté bruyamment non seulement pour les réouvertures, demandant un 20 avril pour arracher le 26, mais aussi pour l’accessibilité des salles de restaurants et le report du couvre-feu.

Au lieu de cela, le couvre-feu reste fixé à 22 heures pour le moment, puis sera réactualisé semaine après semaine. Le plan du gouvernement est de le prolonger jusqu’à ce que la vaccination constitue un bouclier pour les groupes d’âge à risque. Un raisonnement similaire devrait s’appliquer aux salles de restaurants, qui ne pourront pas être pénalisés longtemps.

L’intègre Giorgetti est immédiatement rejoint par la bleue [Forza Italia] Mariastella Gelmini [NDT : ministre pour les Affaires régionales et les Autonomies], puis par l’amie de Renzi, Bonetti [NDT : ministre pour l’Égalité des chances et la Famille]. La résistance du Parti démocrate est presque inexistante : le retour à la vie des cinémas et des théâtres est également l’objectif de Franceschini [NDT : ministre de la Culture]. Même les deux « Draghi doctors », Garofoli et Chieppa, se sont prononcés pour le retour aux zones jaunes d’ici avril, laissant ainsi Speranza » [NDT : ministre de la Santé] isolé et le « Cinq Etoiles » Patuanelli, sur la ligne la plus prudente.

La Ligue sort donc gagnante de ce long bras de fer des réouvertures. Le siège de Speranza a cependant complètement échoué. Le ministre de la Santé est désormais officiellement intouchable. Non seulement Draghi l’intègre à la conférence de presse et lui donne la parole chaque fois que la pandémie est mentionnée, mais il trouve le moyen de le remercier « pour le travail accompli ces dernières semaines, qui a permis la réouverture ». Lorsqu’on lui demande, il est encore plus tranchant : « Les critiques devaient s’apaiser dès le début. Elles n’étaient ni fondées ni justifiées. » Chapitre clos.

En revanche, reste à promulguer le prochain décret, financé par la réaffectation  de 40 milliards qui sera approuvée par le Parlement le 22 avril.

Il y aura un soutien aux coûts fixes et aux loyers, demandé par tous, et les critères de remboursement changeront. Le revenu imposable s’ajoutera au chiffre d’affaires, même si les fonds mesurés sur ce dernier paramètre n’arriveront pas immédiatement mais « dans les trois ou quatre semaines à venir : on ne peut pas tout avoir ».

L’ampleur de la dette, qui augmente encore avec ces nouveaux 40 milliards, n’inquiète pas Mario Draghi. Elle aurait été désastreuse dans un monde qui n’existe plus, celui d’avant la pandémie. Mais cette réalité, l’ancien président de la BCE le dit clairement et parfois explicitement, a été tuée par le virus. Avec l’effondrement des taux d’intérêt, le problème de la viabilité de la dette, qui aurait été un piège mortel il y a deux ans, ne se pose tout simplement plus et ne se posera pas avant longtemps. Ainsi, « il ne s’agit plus de savoir s’il faut ou non s’endetter. Nous l’avons fait et nous le ferons, mais il faut bien l’investir ». C’est le défi que le Premier ministre veut relever, celui qui l’a le plus mobilisé depuis qu’il est entré au Palais Chigi. Mais d’abord, nous devons vraiment sortir du tunnel de la pandémie. Avec un mois et demi devant nous pour voir comment se termine le pari fait hier. Le « risque raisonnable ».

Andrea Colombo, Il Manifesto, 17.04.2021

Traduction Jacqueline pour Le Média en 4-4-2.