Identité numérique

Yaël Braun-Pivet lâche le masque : « La loi nous permet de reprendre le contrôle »

La présidente de l’Assemblée nationale pensait défendre une loi de protection des mineurs. Elle en a surtout résumé la philosophie en trois mots particulièrement révélateurs : « reprendre le contrôle ».

mise à jour le 23/07/26

Merci pour la franchise, madame Braun-Pivet. Pour une fois, le mode d’emploi était écrit directement sur l’emballage.

Dans un message consacré à la nouvelle loi encadrant l’accès des mineurs aux réseaux sociaux, Yaël Braun-Pivet explique que ces plateformes « ne sont pas des zones de non-droit ». Puis vient cette phrase : « En s’appuyant sur le cadre européen, la loi nous permet de reprendre le contrôle. »

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Le mot est posé. Il n’est plus seulement question de sommeil, de cyberharcèlement, d’addiction ou de santé mentale des adolescents. Il faut désormais « reprendre le contrôle », comme si Internet constituait un territoire perdu de la République dont la Macronie venait enfin de retrouver les clés.

Une interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans

La proposition de loi portée par la députée Laure Miller vise à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Après un accord entre députés et sénateurs, le texte de compromis a été définitivement adopté par le Sénat le 21 juillet 2026.

Les plateformes devront empêcher les moins de 15 ans d’accéder à leurs services et mettre en œuvre des solutions permettant de déterminer l’âge de leurs utilisateurs. Le texte prévoit également des mesures contre les comptes qui contourneraient l’interdiction.

Sur le papier, le programme est vendu avec l’emballage habituel : protéger les enfants, lutter contre le harcèlement et empêcher les adolescents de passer leurs nuits devant TikTok. Des objectifs suffisamment consensuels pour rendre toute critique immédiatement suspecte.



La vérification de l’âge, porte d’entrée du contrôle numérique

Le problème commence lorsqu’il faut appliquer concrètement cette interdiction. Comment une plateforme peut-elle savoir qu’un utilisateur a 14, 16 ou 48 ans ? En demandant une pièce d’identité ? En analysant son visage ? En passant par une application certifiée ou un tiers chargé d’attester son âge ?

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Le texte renvoie une partie de ces modalités aux solutions européennes et aux futurs dispositifs techniques. Autrement dit, le principe est voté avant que les citoyens sachent précisément ce qu’ils devront montrer, transmettre ou faire vérifier pour accéder à un réseau social.

Les plateformes fixaient déjà, pour la plupart, un âge minimal de 13 ans dans leurs conditions d’utilisation. L’État aurait pu exiger l’application réelle de ces règles, développer l’éducation aux écrans ou donner davantage d’outils aux parents. La solution choisie est plus administrative : interdire, contrôler, bloquer.



Aujourd’hui les adolescents, demain le reste d’Internet ?

Yaël Braun-Pivet pourra toujours expliquer qu’elle parlait uniquement du contrôle exercé sur les plateformes. Son choix de vocabulaire reste révélateur. Elle ne promet pas seulement de mieux protéger ou de mieux responsabiliser. Elle annonce que la loi permet au pouvoir de « reprendre le contrôle ».

Une fois le système de vérification installé, son extension à d’autres usages deviendra techniquement beaucoup plus simple. Les moins de 15 ans aujourd’hui, les contenus déclarés « sensibles » demain, puis les comptes anonymes ou considérés comme problématiques après-demain : chaque nouvelle restriction pourra être présentée comme une simple adaptation du dispositif précédent.

Emmanuel Macron avait déjà fait de l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans l’un de ses chevaux de bataille. La présidente de l’Assemblée vient d’en rédiger le slogan officieux. Les enfants servent de justification, les plateformes de cible et le contrôle de résultat final.

Merci pour la franchise, madame Braun-Pivet. Pour une fois, le mode d’emploi était écrit directement sur l’emballage.

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