Climat

DPE : Un tiers des logements classés A ou B deviennent des fours en été

On les présente comme les bons élèves de la transition énergétique. Ils consomment peu, cochent les cases, rassurent les acheteurs et font grimper les prix. Problème : dès que la chaleur s’installe, une partie des logements classés A ou B au DPE se transforme en véritable boîte chaude. L’écologie de bureau vient de découvrir une loi physique assez simple : quand on enferme bien un logement, on enferme aussi la chaleur.

mise à jour le 17/07/26

« On s’est concentrés sur l’hiver, avec des logements qui gardent bien la chaleur, et du coup l’été la chaleur ne sort pas. » : Corinne Jolly (PDG de PAP.fr)

Une étude IGNES réalisée avec Pouget Consultants, publiée en juin 2026, s’est penchée sur près de 9 millions de diagnostics issus de la base de l’ADEME. Verdict : près d’un logement sur deux présente un confort d’été insuffisant. Plus gênant encore pour la grande messe de la performance énergétique, un tiers des logements classés A ou B peuvent être considérés comme des « bouilloires thermiques ».

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La maison vertueuse qui garde tout, même la chaleur

Sur le papier, l’idée semblait parfaite : mieux isoler pour consommer moins en hiver. Murs, combles, planchers, fenêtres, tout doit retenir la chaleur. Sauf qu’en été, le système ne change pas magiquement de cerveau. Une isolation efficace ne fait pas le tri entre la chaleur gentille de janvier et la chaleur infernale de juillet.

Quand le soleil tape sur de grandes baies vitrées, sans volets, sans stores extérieurs, sans brise-soleil, la chaleur entre. Et une fois dedans, elle reste. Le logement performant devient alors une cocotte-minute réglementaire, avec DPE flatteur et occupants en nage. On voulait éviter les passoires énergétiques. On a parfois fabriqué des thermos habités.

Le plus ironique, c’est que l’étude ne désigne pas seulement l’isolation comme responsable. Le vrai trou dans la raquette, ce sont les protections solaires extérieures. Autrement dit, ce que n’importe quel ancien savait déjà en fermant ses volets avant midi. Mais dans le monde merveilleux du diagnostic, il aura fallu des millions de données pour redécouvrir que l’ombre rafraîchit.



Le confort d’été existe dans le DPE, mais il pèse peu

Depuis 2021, le DPE comporte bien un indicateur de « confort d’été ». Il est censé signaler si un logement résiste correctement aux fortes chaleurs. Très bien. Sauf qu’il reste secondaire, souvent incomplet, et ne change pas vraiment la note finale qui intéresse le marché : la fameuse lettre A, B, C, D ou pire.

L’étude Pouget Consultants note aussi que 9 logements sur 10 présentent un indicateur de confort d’été moyen ou insuffisant. Ce n’est donc pas une petite anomalie cachée dans trois studios sous les toits. C’est un problème massif, installé au cœur d’un système qui a regardé l’hiver avec une loupe et l’été avec des lunettes de soudeur.

L’ADEME et la transition vers le logement-sauna

Pendant des années, l’ADEME et les pouvoirs publics ont encouragé la rénovation énergétique avec un mot d’ordre simple : isoler, isoler, isoler. Il fallait faire baisser les consommations, améliorer les notes, financer les travaux, cocher les objectifs climatiques. La question du confort réel, elle, pouvait attendre que les gens transpirent.

Dans les faits, on a subventionné une partie des travaux les plus utiles en hiver sans toujours imposer les gestes de base pour l’été. Des protections solaires extérieures, une bonne ventilation nocturne, des logements traversants, des matériaux adaptés, des occultations efficaces : rien de révolutionnaire. Juste du bon sens. Mais le bon sens n’entre pas toujours dans les cases administratives.

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Le neuf n’est pas automatiquement sauvé. Même sous la RE2020, censée intégrer davantage le confort d’été, une partie des logements reste mal préparée aux fortes chaleurs. Là encore, la théorie réglementaire se heurte à la température du salon. Et à 33 °C à l’intérieur, la théorie transpire aussi.



Le DPE mesure beaucoup de choses, sauf la vie dedans

Le DPE est devenu un instrument central du logement. Il influence les ventes, les locations, les travaux, les crédits, les interdictions futures. Un mauvais classement peut faire perdre de la valeur à un bien. Un bon classement rassure. Mais quand un logement classé A devient étouffant en été, on comprend que la lettre ne raconte pas toute l’histoire.

Un appartement peut être performant sur le papier et pénible à vivre. Il peut économiser du chauffage en janvier et pousser ses occupants à acheter une climatisation en juillet. Ce qui donne une jolie boucle technocratique : d’abord on finance l’isolation, ensuite on découvre la surchauffe, puis on expliquera peut-être qu’il faut financer des équipements pour corriger les effets de la première politique.

C’est l’écologie circulaire, version bureau climatisé : on crée le problème, on nomme un comité, on commande une étude, puis on propose un nouveau dispositif d’aide. Avec un formulaire, évidemment.

La vraie urgence : arrêter de confondre performance énergétique et confort humain

Personne ne conteste qu’un logement mal isolé pose problème. Les passoires énergétiques coûtent cher, gaspillent de l’énergie et peuvent rendre l’hiver très dur. Mais remplacer un problème par son opposé n’est pas une stratégie. Un logement doit être vivable en janvier comme en juillet. Sinon, ce n’est pas une réussite énergétique, c’est une demi-réussite administrative.

La rénovation sérieuse devrait partir du réel : orientation du logement, protections extérieures, ventilation, inertie, matériaux, végétalisation, usage quotidien. Pas seulement d’une note qui fait joli dans une annonce immobilière. Le confort d’été ne peut plus être une ligne décorative en bas d’un diagnostic.

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Bravo les experts, le four est conforme

On attend donc la prochaine grande idée : après les aides à l’isolation qui transforment certains logements en bouilloires, viendront peut-être les aides à la climatisation vertueuse pour refroidir les logements trop bien enfermés. Le tout au nom de la sobriété, bien sûr.

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