Jean-Pascal Zadi voulait s’opposer à Vincent Bolloré. Sur le papier, la posture est belle : artiste engagé, tribune collective, grands principes, défense du cinéma libre. Dans la réalité, il y a un détail un peu moins poétique : Canal+ reste l’un des plus gros financeurs du cinéma français. Et Canal+, justement, appartient à l’écosystème Bolloré.
Le 11 mai 2026, environ 600 professionnels du cinéma signent une tribune publiée dans Libération contre l’influence de Vincent Bolloré dans les médias et le cinéma. Parmi les noms cités : Jean-Pascal Zadi, Juliette Binoche, Swann Arlaud ou encore Adèle Haenel. Le texte accuse Bolloré de pouvoir peser de plus en plus lourd sur toute la chaîne du cinéma, du financement à la diffusion.
Jusque-là, rien d’illégal. Un artiste a le droit de signer une tribune. Il a aussi le droit de critiquer un milliardaire. Même un milliardaire dont le groupe finance une partie du secteur dans lequel il travaille. C’est juste là que l’histoire devient moins confortable.
Canal+ répond : le chéquier aussi a une mémoire
Le 17 mai 2026, Maxime Saada, président du directoire de Canal+, répond pendant le Festival de Cannes. Et il ne sort pas exactement les violons.
Sa phrase est claire : « Je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. » Il ajoute avoir vu cette tribune comme une injustice envers les équipes de Canal+, accusées indirectement par certains signataires d’évoluer dans un environnement qualifié de « cryptofasciste ».
💥Canal+ ne travaillera plus avec les 600 signataires de la tribune 😄
« Si certains en viennent à qualifier Canal+ de crypto-fasciste alors je ne peux pas accepter de travailler avec eux. Il n’est pas acceptable qu’il n’y ait pas de considération pour le travail de nos équipes »💯 pic.twitter.com/AontQDv4rM— Destination Ciné (@destinationcine) May 17, 2026
Traduction simple : tu signes contre le groupe, le groupe ne te déroule plus le tapis rouge. Surprise générale chez ceux qui pensaient visiblement qu’on pouvait taper sur la maison tout en gardant les clés du salon.
Jean-Pascal Zadi, le militantisme et le robinet Canal+
Jean-Pascal Zadi se retrouve donc dans une position assez savoureuse. Il signe une tribune contre l’influence Bolloré. Très bien. Mais son parcours artistique n’est pas exactement étranger à Canal+.
La plateforme Canal+ référence plusieurs contenus autour de Jean-Pascal Zadi, et son sketch show Kôkôrikô ! a été présenté comme disponible sur Canal+.
L’autre point qui alimente les critiques autour de Jean-Pascal Zadi, c’est son film Le Grand Déplacement. Le long-métrage, sorti en 2025, affiche un budget d’environ 17 millions d’euros selon plusieurs sources spécialisées.
Côté entrées, le résultat n’a pas vraiment fait décoller la fusée. LeBlogTVNews parle d’un film à à peine plus de 130 000 spectateurs pour un budget d’environ 17 millions d’euros.
Donc le tableau est assez cruel : un film très coûteux, un accueil public limité, et un acteur-réalisateur qui signe contre un système dont le cinéma français dépend encore massivement. Le tout pendant que Canal+ représente, selon Le Monde, 43 % du financement des films français par les chaînes de télévision.
Il y a des moments où la politique rencontre la comptabilité. Et généralement, la comptabilité parle moins fort, mais elle répond plus sèchement.
Le post Instagram qui tombe très mal
Dans cette séquence, un détail rend l’affaire encore plus savoureuse. Le 13 mai 2026, soit deux jours après la tribune anti-Bolloré publiée dans Libération, Jean-Pascal Zadi publie un message sur Instagram pour remercier Canal+. D’après les captures qui circulent en ligne, l’acteur écrit notamment : « Merci pour tout. Tout ce que vous m’avez apporté depuis le début. Merci du fond du cœur. »
Le timing est magnifique. Le 11 mai, il signe contre l’influence de Bolloré. Le 13 mai, il remercie Canal+. Le 17 mai, Maxime Saada annonce qu’il ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les signataires de la tribune : « Je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition. »

Résultat : la posture militante prend un drôle de virage. Critiquer l’écosystème Bolloré d’un côté, remercier Canal+ de l’autre, puis se retrouver dans le viseur de la chaîne quelques jours plus tard… difficile de faire plus bancal. On dirait presque une tentative de rétropédalage avant même que la sanction ne tombe.
Et pour ajouter une couche au malaise, Zadi accompagne ce message d’une image où il apparaît en Marianne. Symbole de liberté, bonnet phrygien, grande posture républicaine… pendant qu’il remercie la maison Canal+. Le contraste est cruel. La révolution, oui, mais avec un petit mot doux au financeur avant de partir.
Ce passage résume assez bien le problème : Jean-Pascal Zadi veut jouer l’artiste qui s’oppose à Bolloré, mais il sait aussi ce que Canal+ a représenté dans son parcours. Le militantisme est toujours plus simple quand il ne menace pas les budgets, les diffusions et les prochains projets.
La formule est dure, mais elle colle à la séquence : le pseudo-rebelle anti-Bolloré finit par remercier Canal+ au moment précis où son courage commence à coûter cher.
Le faux rebelle et la vraie dépendance
Le cas Zadi fonctionne parce qu’il raconte quelque chose de plus large que lui. Dans le cinéma français, beaucoup veulent jouer les résistants face à Bolloré. Mais quand Canal+ annonce qu’il pourrait couper les ponts avec les signataires, tout le monde découvre soudain que l’indépendance artistique dépend parfois d’un abonnement premium.
C’est là que le sarcasme s’écrit tout seul : Être anti-Bolloré avec l’argent de l’écosystème Bolloré, c’est une forme de gymnastique idéologique assez avancée.
On peut défendre Jean-Pascal Zadi sur un point : il n’est pas le seul. La tribune compte environ 600 signataires. La réaction de Maxime Saada ne vise pas uniquement lui. Mais son nom circule parce qu’il incarne bien ce paradoxe : dénoncer une puissance médiatique tout en évoluant dans un secteur où cette puissance finance, diffuse et décide beaucoup.
Conclusion : le courage, c’est mieux quand il ne dépend pas du financeur
Jean-Pascal Zadi a signé contre Bolloré. Canal+ a répondu par la voix de Maxime Saada. Et maintenant, tout le monde regarde ses chaussures en expliquant que c’est plus compliqué que prévu.
Oui, c’est compliqué. Mais c’était prévisible.
Signer une tribune contre un groupe puissant, c’est un choix. Assumer que ce groupe puisse ensuite ne plus vouloir travailler avec vous, c’est la deuxième partie du choix. La partie moins glamour. Celle qu’on ne poste pas forcément sur Instagram avec un cœur rouge.
Pas encore de commentaire sur "Jean-Pascal Zadi signe contre Bolloré puis retourne sa veste et remercie Canal+ sur Instagram"