Comme souvent au Moyen-Orient, la réalité est plus nuancée qu’un simple communiqué ministériel. Si les déclarations du ministre des Sports ont fait le tour du monde, la situation sur le terrain diplomatique est bien plus floue. Nos confrères du Guardian et plusieurs médias internationaux rapportent que, contrairement aux apparences, l’Iran n’a pas encore officiellement déclaré forfait. La Fédération iranienne de football, seule habilitée à le faire, n’a envoyé aucune correspondance officielle à la FIFA en ce sens.
« Trump m’a dit que l’Iran était la bienvenue pour disputer le tournoi aux US », déclare Gianni Infantino
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La valse-hésitation de Téhéran : pas de forfait officiel… pour l’instant
Sauf que, comme souvent au Moyen-Orient, la réalité est plus nuancée qu’un simple communiqué ministériel. Si les déclarations du ministre des Sports ont fait le tour du monde, la situation sur le terrain diplomatique est bien plus floue. Nos confrères du Guardian et plusieurs médias internationaux rapportent que, contrairement aux apparences, l’Iran n’a pas encore officiellement déclaré forfait. La Fédération iranienne de football, seule habilitée à le faire, n’a envoyé aucune correspondance officielle à la FIFA en ce sens.
Mieux : des sources au sein des Gardiens de la révolution, pourtant ultra-conservateurs, ont tenu à recadrer le tir, expliquant qu’aucune décision n’avait encore été prise au plus haut niveau de l’État. En réalité, deux lignes s’affrontent à Téhéran : celle d’un boycott pur et simple pour protester contre les frappes meurtrières, et celle d’une participation qui permettrait de faire entendre la voix de l’Iran sur la scène médiatique mondiale. Le président de la Fédération, Mehdi Taj, ancien membre des Gardiens de la révolution et figure influente au sein de la Confédération asiatique, est l’un des artisans de cette ligne attentiste. La décision finale, tout le monde le sait, ne viendra pas du ministre des Sports mais bien des instances suprêmes de la République islamique.
L’odyssée spatiale de Gianni Infantino, facteur de la Maison-Blanche et les menaces de Trump
Pendant que Téhéran tergiverse, Gianni Infantino, président d’une FIFA décidément très investie dans les relations internationales, s’est fendu d’une initiative diplomatique aussi courageuse qu’incongrue. Reçu par Donald Trump – récemment auréolé du grotesque « Prix de la paix de la FIFA » – le VRP du football planétaire a tenu à rassurer ses interlocuteurs iraniens. Message transmis : l’équipe perse est « bien sûr la bienvenue » pour fouler les pelouses étasuniennes, nonobstant les bombardements récents.
Mais la realpolitik a vite rattrapé la naïve propagande d’Infantino. Dans la foulée de cette entrevue, Donald Trump a utilisé son réseau social, Truth Social, pour doucher les espoirs du patron du football mondial. Dans un message aussi laconique que menaçant, le président américain a déclaré : « L’équipe nationale iranienne est la bienvenue à la Coupe du monde, mais je ne crois vraiment pas qu’il soit approprié qu’elle y soit, pour leur propre vie et leur sécurité. » Une déclaration lunaire qui constitue une première dans l’histoire du football : jamais un chef d’État hôte n’avait implicitement menacé une équipe qualifiée sur son propre sol.
Ce double discours, entre la « bienveillance » affichée à Infantino et le coup de semonce sur les réseaux sociaux, illustre l’emprise totale de Washington sur l’organisation. La FIFA, depuis le FIFA gate et l’ingérence du FBI, semble avoir perdu toute capacité de résistance face aux États-Unis. Problèmes de visas pour les joueurs haïtiens et jamaïcains, modification unilatérale des camps de base, protocoles de sécurité bafoués : jamais un pays hôte n’avait pris autant de libertés avec les règles de l’instance suprême du football.
L’Irak, première victime collatérale d’une Coupe du monde sous les bombes
Si l’Iran devait jeter l’éponge, la question de son remplacement devient un casse-tête juridique et géostratégique. Selon l’article 6.7 du règlement de la FIFA, en cas de forfait, l’instance décide à sa « seule discrétion » et peut remplacer la nation défaillante par une autre, sans aucune règle prédéfini . Ce vide juridique ouvre la porte à tous les lobbying.
Dans un monde normal, le remplacement logique serait l’Irak. Les Irakiens, qui n’ont plus participé à une Coupe du monde depuis 40 ans, ont gagné le droit de jouer le barrage intercontinental face à la Bolivie ou au Suriname. Sauf qu’eux aussi sont victimes de la guerre. Avec la fermeture de l’espace aérien irakien et des ambassades, une grande partie de l’équipe, dont son sélectionneur Graham Arnold, est clouée au sol. La FIFA, dans un manque total d’équité sportive, a suggéré aux Irakiens un périple de 25 heures en voiture à travers une zone de guerre pour rejoindre le Mexique. Une aberration quand l’adversaire potentiel, lui, prépare sereinement son match.
ANALYSE / Est-ce que l’Iran 🇮🇷 va jouer la Coupe du Monde ?https://t.co/n4eLcLWtE6
Aucune décision officielle malgré les déclarations du ministre des sports, Trump qui continue de faire pression, et que dit le règlement FIFA en cas de forfait ?
Keep the faith !
— Romain Molina (@Romain_Molina) March 12, 2026
Le Mondial 2026, miroir aux alouettes d’une mondialisation en miettes
Cette Coupe du Monde 2026, qui devait célébrer l’avènement du football planétaire avec ses quarante-huit nations, menace de devenir le symbole des fractures contemporaines. Entre les incantations unitaires d’Infantino et la realpolitik brutale de Washington, il reste à savoir si le ballon rond parviendra à faire oublier le bruit des bottes. Une chose est sûre : en mêlant ainsi le sport à la géopolitique, la FIFA a ouvert une boîte de Pandore dont elle n’a plus le contrôle. Les prochains jours diront si l’Iran, par fierté ou par peur, claquera la porte, offrant au monde l’image désolante d’une Coupe du monde jouée sous les bombes et les menaces.
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