Un réalisateur amateur très productif
L’horreur a été découverte fortuitement, lors d’une perquisition pour une affaire de proxénétisme. Dans le téléphone de Sofian C., déjà condamné à 10 ans pour avoir géré un réseau de prostitution, les enquêteurs ont mis la main sur une filmographie plus intime. Vingt-deux vidéos, cent cinq captures d’écran, pour un total de cinq heures de torture sur un nourrisson. Le stratagème de l’accusé pour obtenir sa « baby-sitter » est d’un cynisme remarquable : il avait envoyé les parents surveiller la porte d’un appartement où il prétendait que sa compagne se prostituait, les éloignant ainsi du théâtre de ses opérations.
« Tous les voyants sont au rouge »
Face à cette collection de l’innocence martyrisée, l’avocate générale Charlotte Cerna n’a pas cherché de mots trop forts, ils n’existent pas. Elle a requis le maximum : vingt ans. Elle a pointé du doigt un « risque de récidive » élevé, des « troubles pédophiliques » patents, et une propension de l’accusé à se réfugier derrière une consommation de stupéfiants pour expliquer l’inexplicable. La défense, par la voix de Me Mathieu Montfort, a tenté de convoquer le passé traumatique de son client, lui-même victime de viols enfant. Sofian C., en bon professionnel du placement de produit, a glissé un « Je voudrais m’excuser pour tout le monde » avant de retourner à ses réflexions.
La sentence : 18 ans, avec option rétention
La cour, présidée par Christian Pasta, a finalement considéré que 18 ans de réclusion représentaient un compromis acceptable entre l’horreur indicible et l’humanité de l’accusé. Une période de sûreté des deux tiers a été fixée, soit douze ans incompressibles. À l’issue de ce délai, une expertise décidera si la société doit se prémunir encore de ce monsieur, ou si l’intégralité de la peine devra être purgée. Une question rhétorique, en somme.
L’association Innocence en Danger et l’Agavip, parties civiles, ont suivi ce procès où l’on a parlé d’un bébé comme d’un objet. La victime, aujourd’hui un peu plus grande, porte les stigmates d’un crime que 18 ans ne répareront jamais, mais que la justice a au moins eu le mérite de nommer.
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