Pédocriminalité

Précurseur de Jeffrey Epstein, Jimmy Savile : un prédateur que le 10 Downing Street et Buckingham voudraient oublier

Né à Leeds en 1926, James Wilson Vincent Savile fut d'abord un mineur, puis un DJ, enfin un monument. La BBC le sacre présentateur de Top of the Pops dès 1964. Tignasse blonde peroxydée, cigare permanent, bagues à chaque doigt : Savile invente un personnage, et ce personnage lui survit. De 1975 à 1994, Jim'll Fix It fait de lui le faiseur de miracles des après-midi télévisés. Il exauce les souhaits d'enfants malades, d'orphelins, de gamins ordinaires. Il lève des millions pour les hôpitaux, inaugure des centres de soin, reçoit la visite du prince Charles à Stoke Mandeville. En 1990, Elizabeth II le fait chevalier. Sir Jimmy. Le type bien. Le Père Noël en blazer. Plutôt sympathique et souriant, comme Epstein.

mise à jour le 09/06/26

Savile meurt en 2011, Epstein est arrêté en 2019.Ils s’inscrivent désormais dans la même tradition.

Il meurt le 29 octobre 2011, à quatre-vingt-quatre ans, dans sa résidence de Leeds. La nation salue un grand philanthrope. Personne ne pleure encore ses victimes.
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 2012 – la télévision rend son verdict : des victimes par centaines

Un documentaire d’ITV, Exposure, change la donne. Des femmes, des hommes racontent. L’enfance volée, les studios de la BBC, les loges exiguës, les hôpitaux, les écoles, les foyers. Savile ne se contentait pas d’animer : il tripotait, il forçait, il pénétrait. Parfois il récidivait vingt ans plus tard sur les mêmes victimes. Parfois il les choisissait mortes.

Le rapport conjoint Scotland Yard-NSPCC, publié en janvier 2013, dresse un inventaire à faire vaciller Scotland Yard elle-même : 214 victimes présumées recensées, dont 34 viols ou pénétrations forcées. La plus jeune a huit ans. La période couverte court de 1955 à 2009. Cinquante-quatre ans de prédation continue, sans une seule condamnation, sans une seule garde à vue suivie d’effets.

Les lieux de ses forfaits composent une géographie édifiante : studios de la BBC bien sûr, mais aussi Leeds General Infirmary, Broadmoor — hôpital psychiatrique sécurisé où il avait ses entrées comme bénévole — et jusqu’aux morgues. Plusieurs témoins l’ont vu, racontent-ils, pénétrer seul dans les chambres froides. Il avait les clés. Il avait tout. Jimmy Savile a avoué au personnel hospitalier avoir profané des cadavres de patients, pris des photos macabres et volé des yeux de verre pour en faire des bijoux, pendant plus de vingt ans à la morgue de l’hôpital général de Leeds.

BBC, années de silence : l’institution sous protection

Car Savile n’agissait pas seul. Il bénéficiait d’un écosystème. La BBC, d’abord, où des rumeurs couraient depuis les années soixante-dix. En 2011, quelques semaines après sa mort, la rédaction de Newsnight prépare un sujet d’investigation. Le segment est déprogrammé. Le directeur général de la BBC démissionnera plus tard, mais le mal est fait — ou plutôt la non-réparation est consommée.

Le rapport Dame Janet Smith, en 2016, identifie soixante-douze victimes ayant subi des violences dans le cadre de leurs relations avec la BBC. Huit viols. Des années de plaintes internes, de lettres classées sans suite, de témoignages évaporés dans les circuits hiérarchiques. La BBC n’a pas abrité un prédateur : elle l’a protégé.

En 2012, quarante-trois victimes engagent des poursuites contre la succession Savile, la BBC et plusieurs établissements hospitaliers. L’affaire civile traînera des années. L’homme lui-même n’ai jamais eu à répondre de ses actes de son vivant et l’omerta demeure après sa mort.

Viols, nécrophilie : la police, dirigée par Keir Starmer, étouffe l’affaire

Savile ne violait pas par accident. Il violait par méthode. Ses cibles : enfants malades, pensionnaires de foyers, admiratrices éblouies par sa notoriété. Son mode opératoire : l’opportunisme érigé en système. Une caresse qui dérape, une main qui s’attarde, une porte qui se ferme. Les témoignages convergent : il savait choisir ses moments, ses angles morts, ses proies.

Il se vantait aussi. De ses conquêtes, comme il disait. De ses visites aux morgues, qu’il appelait ses « petites promenades ». Personne ne prenait au sérieux ces plaisanteries macabres. Savile était excentrique.


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Le carnet d’adresses du pouvoir : royauté, thatchérisme, omerta

Savile collectionnait les titres, mais aussi les amitiés haut placées. Le prince Charles — aujourd’hui roi Charles III — le consultait régulièrement sur l’image de la monarchie. Des lettres exhumées en 2022 révèlent que Savile rédigea à son intention un véritable manuel de gestion des scandales royaux. Il fut invité à des réceptions privées, à des dîners, à des séjours à Highgrove.

Margaret Thatcher, Première ministre de 1979 à 1990, l’accueillait à Noël. C’est elle qui appuya son anoblissement, malgré les rumeurs qui circulaient alors dans les rédactions et les salons. Tony Blair, plus tard, le reçut à Downing Street.

Ces fréquentations ne sont pas anecdotiques. Elles constituent l’armure qui le rendit invulnérable pendant cinq décennies. Savile n’était pas seulement protégé par son statut de célébrité : il l’était par l’État, ses représentants, ses décorations. On ne coffre pas un ami du Premier ministre, anobli par la reine. On ne traîne pas en justice le conseiller occulte du prince de Galles.

Tandis que le Crown Prosecution Service (CPS) dirigé par Keir Starmer, l’actuel Premier ministre, protégeait les agents secrets du MI5 et du MI6 contre des poursuites pour torture, et détruisait les dossiers à charge contre Kimmy Savile, il soutenait une fausse affaire de viol contre Julian Assange.

Savile, Epstein, et les fantômes du dossier déclassifié

Savile meurt en 2011, Epstein est arrêté en 2019. En 2024, la déclassification partielle des documents relatifs à l’affaire Epstein livre un témoignage troublant. Johanna Sjoberg, l’une des victimes du financier américain, rapporte qu’Epstein évoquait Savile comme un « modèle ». Il admirait sa longévité, son impunité, sa capacité à opérer au cœur des institutions sans jamais être inquiété.

Savile, « mentor » d’Epstein ? La formule est excessive, aucune preuve directe ne lie les deux hommes. Mais l’analogie structurelle, elle, est indiscutable : tous deux furent protégés par des réseaux d’influence transnationaux, tous deux comptaient des têtes couronnées parmi leurs relations, tous deux utilisèrent la philanthropie comme paravent.



Le miroir brisé de l’Angleterre

L’opération Yewtree, lancée après la mort de Savile, permettra de condamner d’autres prédateurs historiques — Stuart Hall, par exemple, ou le présentateur Rolf Harris. Mais Savile lui-même a échappé à tout procès. Il est mort libre, riche, honoré, enterré avec les honneurs.

Son héritage n’est pas seulement celui d’un scandale parmi d’autres. Il est le révélateur d’un système qui, pendant des décennies, a préféré protéger ses notables plutôt qu’entendre les enfants. La statue de Savile a été déboulonnée, son nom retiré des plaques commémoratives, ses émissions effacées des archives. Mais les questions qu’il pose, elles, demeurent : combien de Savile sévissent encore en liberté ? Combien de dossiers dorment dans les tiroirs du Crown Prosecution Service ? Combien de Sir Jimmy la Couronne continuera-t-elle d’anoblir ?

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L’affaire Savile n’est pas un fait divers. C’est une autopsie nationale.

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1 commentaire sur "Précurseur de Jeffrey Epstein, Jimmy Savile : un prédateur que le 10 Downing Street et Buckingham voudraient oublier"

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  1. Wow ! Merci à Yoann pour les informations et la qualité de l’écriture ! Je ne connaissait pas ce personage … Un gros pédo anoblit et mort dans sa gloire, protégé par l’actuel premier ministre GB … Combien d’autres encore ? La purge, ça urge !

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