Économie

Strasbourg : les tracteurs bloquent, RN, Reconquête et LFI font leur marché… et les éleveurs encaissent

Strasbourg 17 décembre. Des tracteurs devant le Parlement européen. Les éleveurs parlent DNC abattages Mercosur et survie des fermes. Les politiques eux cherchent surtout la séquence du jour. Vous voulez des vidéos ou des décisions ?

mise à jour le 18/12/25

Les tracteurs servent à bloquer la route ou à porter des carrières ?

Les agriculteurs devraient peut-être poser une exigence avant toutes les autres : que la gauche et la droite cessent de s’affronter pour la photo et se mettent enfin d’accord sur l’essentiel — Mercosur et la politique d’abattage. Parce que derrière ces querelles de boutique, il y a des familles qui s’effondrent, des fermes qui ferment, et des hommes et des femmes qui n’en peuvent plus, certains ayant déjà franchi la ligne du désespoir : le suicide.

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Depuis fin juin 2025, l’État a fait abattre autour de 3 000 à 3 300 bovins pour « contenir » la dermatose nodulaire. Dans les fermes, ce chiffre n’a rien d’abstrait : ce sont des années de sélection qui partent en camion.

Le 17 décembre 2025, des agriculteurs — à l’appel de la Coordination rurale — ont amené leurs tracteurs devant le Parlement européen à Strasbourg. Motifs : la stratégie d’abattage total liée à la DNC, l’ombre de l’accord UE-Mercosur, et la réforme de la PAC.

Dermatose nodulaire : Sanitaire et claque humaine

La DNC n’est pas un débat de salon. Chaque nouveau foyer déclenche des restrictions commerciales et une pression énorme sur la filière. Le gouvernement mise sur une vaccination massive : on parle de 750 000 bovins à vacciner selon la ministre, et jusqu’à un million dans le plan annoncé à l’échelle nationale. Une vaccination de masse qui fait le bonheur de l’industrie pharmaceutique.

Problème : même avec la vaccination, l’abattage reste utilisé dans certains cas, et sur le terrain, beaucoup ont le sentiment qu’on “rase large” pour gagner du temps. Reuters relève la contestation de la Coordination rurale contre les abattages systématiques, là où la FNSEA soutient la stratégie de l’État.

Et c’est là que la colère devient personnelle. Un éleveur ne voit pas “3 300 bêtes”, il voit “la génétique de mon troupeau”, “les nuits à vêler”, “la transmission”. La Coordination rurale le dit sans détour : on abat “le fruit de générations de sélection”.

Mercosur : le carburant politique qui s’ajoute au feu sanitaire

En parallèle, Mercosur revient comme un boomerang. À Bruxelles, le dossier avance par à-coups : le Parlement européen a voté mi-décembre des mécanismes de sauvegarde sur les importations agricoles liées au Mercosur, et l’UE discute d’un renforcement de ces garde-fous.

Côté français, l’exécutif répète qu’il ne veut pas d’un “passage en force” et réclame mesures miroirs, clause de sauvegarde, contrôles.

Sur le terrain, beaucoup entendent surtout ceci : “on promet des verrous, mais le camion de viande, lui, arrivera toujours avant la hausse de nos prix”.

La même colère, deux récupérations

À Strasbourg, on a vu les deux faces de la même médaille.

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Face n°1 : des agriculteurs venus pour une chose basique. Travailler. Produire. Vivre de leur métier sans regarder chaque matin si une décision administrative va vider l’étable, et sans se faire doubler par des importations qu’ils jugent incompatibles avec leurs contraintes.

Face n°2 : une foire d’empoigne politique. La gauche vient “soutenir”, mais se fait renvoyer à ses postures passées et à la défiance accumulée. L’extrême droite arrive avec un slogan simple — Bruxelles, les normes, les frontières — et récolte plus facilement les applaudissements. Reconquête, elle, s’invite aussi : le JDD rapporte qu’une eurodéputée du parti (Sarah Knafo) a déposé une proposition de résolution au Parlement européen sur des alternatives à l’abattage et l’indemnisation.

Pendant ce temps, les chaînes et les réseaux transforment la manif en compétition de séquences : qui a été hué, qui a “réussi” sa visite, qui a la punchline. Les tracteurs deviennent un décor. Les éleveurs, une monnaie d’échange.

Les scènes qui ont tourné en boucle : huées à gauche, micro ouvert au RN

Sur place, l’AFP rapporte que plusieurs eurodéputés, “majoritairement du RN”, ont pris la parole, dont Jordan Bardella et Gilles Pennelle, avec aussi une élue LR, Céline Imart. L’AFP évoque également une responsable liée à LFI, Manon Meunier, huée avant de pouvoir parler.

À côté, CNews a mis en avant une autre séquence : Manon Aubry prise à partie par un manifestant, avec la phrase « Vous avez embrassé von der Leyen lors de sa réélection, vous êtes des hypocrites ! Vous êtes fourbes ! »

Ce que demandent les agriculteurs, loin des caméras

Dans les discours entendus et rapportés, on retombe toujours sur le même triptyque :

  • sortir de l’abattage automatique et expliquer clairement quand, pourquoi, comment — sinon c’est vécu comme une loterie ; Reuters+1
  • des protections commerciales crédibles sur Mercosur, pas des promesses en conférence de presse.

La conclusion qui pique, mais qui colle au réel

Le 17 décembre à Strasbourg, la politique a surtout montré qu’elle sait courir vite… quand il y a des caméras. Les agriculteurs, eux, n’ont pas besoin d’un camp qui “récupère” leur colère. Ils ont besoin d’élus — de gauche comme de droite — capables de faire quelque chose de ringard mais utile : se mettre d’accord sur l’essentiel, puis l’imposer dans les votes et les décisions.

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Parce qu’à force de transformer chaque crise agricole en vitrine, on finit avec des vitrines propres… et des étables vides.

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