La saignée libérale
Piloté par le sénateur centriste Olivier Henno, cet amendement au projet de loi de financement de la Sécurité sociale a été adopté à la faveur d’une majorité complaisante. Le tour de passe-passe ? Faire passer la durée annuelle de 1 607 à 1 619 heures, sans toucher au totem des 35 heures, en renvoyant hypocritement la mise en œuvre aux négociations d’entreprise. Ses thuriféraires y voient une manne miraculeuse de 10 milliards d’euros. « Pour produire plus de richesses, il faut […] augmenter le temps de travail », assène M. Henno, résumant avec une candeur sinistre le credo d’une droite qui n’a jamais digéré les acquis sociaux du siècle dernier. Olivier Henno a-t-il trouvé le temps de travailler entre sa sortie d’une école de commerce et son élection à 30 ans au conseil régional du Nord ? Il aurait été cadre commercial, mais où ? Mystère. Cela ne l’empêchera pas de prôner la valeur travail pour… les autres.
La gauche s’indigne, la droite s’entête
Face à cette offensive, la gauche a vivement réagi, dénonçant une mesure brutale et profondément inégalitaire. Le sénateur socialiste Simon Uzenat a fustigé un « arbitraire et [une] injustice » criante, soulignant l’absurdité de demander un effort supplémentaire à ceux qui exercent déjà les métiers les plus pénibles. Cette réforme, présentée comme anodine, frapperait en réalité de plein fouet les salariés précaires et les ouvriers, creusant un peu plus le sillon des inégalités. Un clivage idéologique qui oppose, une fois de plus, le productivisme libéral à la défense des droits des travailleurs.
La lâcheté gouvernementale
Du côté de l’exécutif, on cultive l’art de l’esquive. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, affiche une solidarité de circonstance avec l’objectif de réduction du déficit, mais juge l’amendement « lourd » et malvenu. Préférant noyer le poisson dans une future conférence sociale, le gouvernement temporise, craignant sans doute la colère populaire. Cette frilosité calculée trahit l’impasse politique dans laquelle se débat la majorité : l’amendement est condamné à l’échec, mais il aura servi de ballon d’essai pour réintroduire dans le débat public une vieille rengaine réactionnaire.
Un débat tronqué sur la productivité
Invoquer le spectre du déficit pour justifier une mesure aussi rétrograde est un artifice classique. Le vrai problème — un système social mis à mal par le vieillissement et une fiscalité inadaptée — est soigneusement évacué. Les sirènes libérales brandissent l’exemple de l’Allemagne et ses 1 800 heures annuelles, sans jamais mentionner les modèles de réduction du temps de travail qui font leurs preuves ailleurs. On préfère taxer le temps des précaires que l’argent des actionnaires.
Un mauvais feuilleton qui ne fait que commencer
Bien que voué à être retoqué, cet amendement pose les bases d’un conflit social durable. La conférence sociale de décembre s’annonce houleuse, et le gouvernement devra choisir son camp. Entre la pression du patronat et la légitime exaspération des syndicats, la question du temps de travail, ce marqueur politique absolu, est revenue sur le devant de la scène. Jusqu’à la prochaine crise.
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