C’est officiel : Mr. Deepfakes, le mastodonte de la pornographie non consensuelle alimentée par l’intelligence artificielle, a tiré sa révérence. Un message laconique sur un site désormais inaccessible – une page blanche, un lien mort – annonce la fin d’une plateforme qui, avec ses 17 millions de visites mensuelles, monnayait la dignité humaine pour quelques dollars. Une « perte de données » causée par la défection d’un « fournisseur de services critiques », selon les dires. Mais ne soyons pas dupes : derrière cette excuse technique se cachent probablement des pressions judiciaires, des menaces de poursuites ou une fuite face à un scandale devenu trop brûlant. Si cette fermeture est un symbole, elle ne règle rien. En France, des femmes comme Louane, Léna Situations, Audrey Fleurot, Sophie Marceau et bien d’autres ont vu leurs visages détournés dans des vidéos pornographiques truquées. Le monstre des deepfakes, lui, est loin d’être terrassé. Enquête sur une menace qui continue de gangréner le web.
Une fermeture sous haute tension : la fin d’un empire toxique
Mr. Deepfakes n’était pas un site anodin. Véritable usine à fantasmes numériques, il proposait des vidéos où les visages de victimes – majoritairement des femmes – étaient greffés sur des scènes explicites, le tout pour 60 dollars la commande. Son logo, une caricature narquoise d’un président américain masqué, semblait défier le monde. L’annonce de sa fermeture, relayée par le New York Post, évoque une défaillance technique. Mais qui croit à ce conte de fées ? Le propriétaire anonyme, qui se pavanait dans un documentaire de la BBC en minimisant l’absence de consentement – « Je ne pense pas vraiment que le consentement soit requis, c’est un fantasme, ce n’est pas réel. » –, s’est volatilisé sans explications. Ce silence en dit long sur la panique qui a dû s’emparer des coulisses.
Les spéculations vont bon train : pressions légales ? Calcul économique face à une réputation devenue radioactive ? Peu importe la cause, le résultat est là : Mr. Deepfakes est hors ligne. Mais cette victoire apparente ne doit pas masquer la réalité. D’autres plateformes, tapies dans les méandres du web ou du dark web, sont prêtes à prendre la relève. La technologie, elle, ne fait que s’affiner, rendant les deepfakes toujours plus indétectables et il est possible pour n’importe qui de mettre en scène des femmes, hommes, ou pire encore, des enfants, dans un contenu pornographique et pédopornographique.
Les victimes françaises : une liste tragique
En France, les deepfakes ont frappé avec une violence particulière, ciblant en priorité les femmes médiatisées. La liste des victimes est un uppercut :
- Louane, chanteuse au succès fulgurant, dont l’image a été souillée dans des vidéos abjectes.
- Léna Situations, influenceuse, qui a dénoncé avec courage son « écœurement » face à des deepfakes pornographiques (Midi Libre).
- Audrey Fleurot, actrice de talent, exposée malgré elle à cette violence numérique.
- Sophie Marceau, icône du cinéma français, réduite à un objet de voyeurisme.
- Enora Malagré, chroniqueuse et animatrice, piégée par ces manipulations.
- Melissa Theuriau, journaliste respectée, jetée en pâture sur ces plateformes.
- Shy’m, artiste polyvalente, victime de cette industrie sans scrupules.
- Emmanuelle Béart, légende du cinéma, dont l’image a été détournée.
- Alessandra Sublet, animatrice radio, humiliée par ces vidéos truquées.
- Tressia, star de télé-réalité, et Thaïs d’Escufon, youtubeuse, sans oublier Rachida Dati, femme politique, complètent une litanie bien trop longue.
Ces femmes, par leur visibilité, sont des cibles privilégiées. Mais le danger guette tout le monde. Une photo sur Instagram, une vidéo TikTok, et n’importe qui – femme, homme, voire enfant – peut devenir une marionnette numérique. Des outils comme DeepFaceLab, disponibles en open source sur GitHub, ont démocratisé cette technologie, transformant chaque internaute en potentiel bourreau.
Une violence aux dégâts incalculables
Les témoignages des victimes sont déchirants. Léna Situations parlait d’un sentiment « dégueulasse » face à l’usurpation de son image. Aux États-Unis, la streameuse QTCinderella, en larmes sur Twitch, décrivait la sensation d’être « violée, abusée, exposée nue contre sa volonté ». Une étude de 2019 chiffrait l’ampleur du fléau : 96 % des deepfakes en ligne sont pornographiques, et 100 % visent des femmes. Derrière chaque vidéo, il y a une vie brisée. Certaines victimes changent de nom, déménagent, fuient les réseaux sociaux, rongées par la honte. Leurs familles, leurs enfants, subissent aussi le choc de cette violence par procuration.
Les deepfakes ne sont pas de simples « blagues » ou « fantasmes ». Ils détruisent des réputations, sèment le harcèlement, et laissent des traumatismes profonds. Comme le prophétisait, avec un cynisme glaçant, le patron de Mr. Deepfakes : « Bientôt, n’importe qui pourra être deepfaké. » Une prédiction qui, sans mesures drastiques, risque de devenir réalité.
L’inaction des puissants : un scandale dans le scandale
Si Mr. Deepfakes a plié bagage, ce n’est pas grâce à une croisade légale, mais à une conjonction de circonstances opaques. Les géants du web, eux, brillent par leur passivité. Google, épinglé par Futurism pour avoir orienté des utilisateurs vers des contenus deepfake via des recherches anodines, n’a pas révolutionné ses algorithmes. En France, le droit à l’image permet aux victimes de s’opposer à la diffusion de ces vidéos, assimilables à du harcèlement ou du revenge porn. Mais les sanctions restent rares, et les sites, souvent hébergés à l’étranger, jouent les insaisissables.
Et les politiques ? Quelques déclarations indignées, mais peu d’actions concrètes. Interdire des outils comme DeepFaceLab ? Responsabiliser les plateformes ? Réguler l’IA ? Les débats patinent, pendant que la technologie galope. La fermeture de Mr. Deepfakes est un sursis, pas une victoire. Sans une mobilisation internationale, le problème ne fera que s’aggraver.
Un avenir incertain : le monstre est toujours là
La fin de Mr. Deepfakes ne signe pas la fin des deepfakes. D’autres sites, plus discrets, attendent leur heure. La démocratisation des outils d’IA, couplée à une culture du voyeurisme décomplexée, garantit la pérennité de cette industrie nauséabonde. Pourtant, des solutions existent : responsabilité accrue des hébergeurs, éducation du public pour démasquer les contenus truqués. Mais tout cela demande une volonté politique qui fait cruellement défaut.
En attendant, les victimes françaises – Louane, Léna, Audrey, Sophie et tant d’autres – portent le fardeau d’une société qui ferme les yeux. Mr. Deepfakes est mort, mais le monstre qu’il a nourri court toujours. Combien de noms faudra-t-il ajouter à cette liste tragique pour qu’on prenne enfin la mesure de ce fléau ? La question n’est pas si, mais quand.
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