Dans Le Grand Déplacement, film de Jean-Pascal Zadi, c’est l’Afrique tout entière — ou du moins sa représentation symbolique… et financé par Bolloré — qui embarque pour la planète Nardal. Oui, Nardal, comme Paulette Nardal, figure martiniquaise pionnière de la négritude, ici transformée en clin d’œil spatial un peu bancal. Un nom qui sonne assez « afrofuturiste » pour qu’on fasse semblant d’y croire pendant deux heures. L’idée de départ : l’humanité est foutue (original) et seuls les Africains et leur diaspora peuvent peut-être rebâtir quelque chose ailleurs. Bon, pourquoi pas. On aime rêver. Sauf que voilà…
Un casting intersidéral… pour un propos terrien
Sous couvert de satire sociale et de science-fiction légère, Zadi nous propose un huis-clos cosmique où les conflits humains ne prennent pas la moindre orbite de profondeur. Et comme souvent dans ce type de production labellisée « engagement doux », la critique s’arrête là où les subventions commencent.
Car soyons honnêtes : ici, les Noirs incarnent… des Noirs. Pas des héros universels, pas des scientifiques crédibles, encore moins des êtres complexes. Juste une palette de clichés qu’on envoie dans l’espace comme on coche des cases. Le grand déplacement ? Non. Le petit glissement vers le malaise.
Première journée pour Le Grand Déplacement de Jean-Pascal Zadi : seulement 7 984 entrées, soit une moyenne de 6 spectateurs par séance. Le distributeur n’y croyait pas. Sinon aurait-il choisi le 25 juin 2025 comme date de sortie, à la veille des vacances ? Le 23 juillet, les entrées n’étaient pas plus de 400 dans toutes les salles.
Et les critiques ne manquent pas :
« Raté, vulgaire, pas drôle : un accident industriel. »
« Le Grand Deplacement, c’est aussi bête que la lune, en plus d’être lunaire. Ultra bancal dans son rythme, poussif, jamais drôle au point d’en devenir gênant. Tout le monde joue à côté, et c’est dommage, car j’aime bien Jean-Pascal Zadi en général… mais là, c’est un ratage total, qui ne décolle jamais. »
Subvention, quand tu nous tiens…
Pas besoin d’un télescope pour voir la mécanique : en France, si vous êtes un réalisateur noir et que vous souhaitez un film sérieux, révolutionnaire, ou historique sur Sankara, Césaire ou Toussaint Louverture… bonne chance ! Le financement risque d’être plus dur à trouver que de l’eau sur Mars.
Mais si vous avez en tête un scénario absurde avec un Noir qui fait du ski ou des Arabes qui braquent en jogging Lacoste, là, le CNC peut probablement vous faire un virement. Car le politiquement correct version soft afro-clowning est bankable. L’intelligentsia culturelle adore ça : des films sur la diversité qui ne dérangent surtout pas l’ordre établi.
L’intelligence artistique… mais pas trop
Le film évite soigneusement toute charge subversive. L’humour est là pour désamorcer, jamais pour dénoncer. Les Noirs sont encore souvent cantonnés à des rôles de bouffons ou de souffre-douleurs, jamais de simples citoyens. Toujours à jouer la Joséphine Baker de service, rarement normalisés.
On est loin, très loin, d’un Denzel Washington ou d’un Forest Whitaker incarnant des figures puissantes et nuancées. Ici, on reste dans la case du divertissement subventionnable, où la critique sociale n’est qu’un décor en carton-pâte.
Des sujets dont on ne parle pas
Dieudonné — qu’on aime ou qu’on déteste — avait tenté, avant les polémiques, de monter un projet de film sur l’esclavage. Subvention refusée. Sujet « sensible ». À côté, les films sur la Shoah, eux, foisonnent. Alors, simple coïncidence ? Ou hiérarchie mémorielle bien installée ? La question reste en suspens… dans le vide spatial, sans réponse.
On tourne en rond (même dans l’espace)
Le Grand Déplacement reste désespérément collé à la gravité du réel français : celui d’un cinéma frileux, conditionné, où l’audace s’arrête là où commence la vraie critique. À quand un vrai grand film sur un héros noir, filmé avec sérieux, complexité, et ambition ? Et sans qu’il doive se déguiser, faire des grimaces, ou « rester à sa place » pour décrocher les financements ?
La réponse est simple : quand les Noirs prendront le cinéma en main. Vraiment.
Loin des subventions filtrées par des commissions frileuses, loin de ceux qui tiennent les rênes du récit et du budget, et loin de cette attente sournoise qui consiste à jouer le bon Noir pour pouvoir exister à l’écran.
C’est ce qui s’est produit aux États-Unis : pas par miracle, mais par indépendance. Là-bas, un acteur noir peut être un père de famille ou un médecin — sans qu’il soit nécessaire de le faire passer par la case « délinquant », « comique de service » ou la « victime de racisme ».
Le jour où le cinéma noir francophone cessera de demander la permission, il pourra enfin écrire sa propre légende. Pas seulement survivre à l’écran. Exister.
Et là, peut-être, on n’aura plus besoin de créer des planètes imaginaires pour fuir une réalité qu’on n’ose toujours pas affronter.
Soyons clairs :
L’idée n’est pas d’interdire les films comiques avec des Noirs, ni de bannir l’autodérision ou la légèreté. L’humour est une force, une arme même. Mais peut-on, en France, être Noir et faire autre chose ? Peut-on exister à l’écran sans devoir faire rire, jouer les délinquants ou les éternelles victimes ? Peut-on simplement être un personnage entier, complexe, libre, hors des cases et des quotas ?
Tant qu’un réalisateur noir devra encore contourner les sujets sérieux pour obtenir des financements, tant qu’on lui offrira une scène à condition qu’il se tienne bien sage et divertissant, alors oui : Le Grand Déplacement ne sera pas un pas en avant. Juste un autre tour sur place.
Chapeau l’artiste, un post à la fois raciste, victimaire et antisémite. En plus vous semblez ne rien connaître au cinéma et ses modes de financement. Sortez vous les doigts et faites votre travail avec un minimum de sérieux ! Sans le vouloir, vous montrez au fond pourquoi l’Afrique et les banlieues européennes sont condamnées à rester des trous à m*** avec un état d’esprit comme le vôtre, largement répandu malheureusement.
Et pourtant tout avait bien commencé avec le lancement de « troposphère III » .
https://www.youtube.com/watch?v=RO2U1dLDjII