Liturgie du kitsch occulte
Mais la véritable attraction n’est pas dans ces épouvantails. Elle réside dans la mise en scène d’une imagerie satanique assumée. Ici, les pentagrammes ne sont plus gribouillés à la hâte ; ils sont tracés avec une précision quasi liturgique. Là, des croix inversées sont brandies par des silhouettes encapuchonnées sous un ciel artificiellement « couleur pétrole ». Ce n’est plus jouer à se faire peur ; c’est jouer à invoquer. La frontière entre le ludique et le rituel se dissout dans une fumée spectrale, soigneusement vendue comme une expérience « immersive ».
La banalisation des ténèbres, nouveau divertissement familial
Qu’importe, dira-t-on, c’est Halloween. Précisément. Cette fête, jadis espiègle, devient le cheval de Troie d’une esthétique maléfique soigneusement dédouanée. On normalise l’insoutenable sous couvert de « frissons pour tous ». Le résultat ? Des familles, enfants en tête, déambulent sans sourciller parmi les symboles d’un occultisme autrefois confiné aux marges. Paris, ville des Lumières, préfère désormais illuminer des autels démoniaques de pacotille. Le progrès est parfois une régression qui s’ignore.
Le diable est dans le détail… comptable
Le « Parc de l’Étrange » est le symptôme d’une époque en mal de sensations fortes. Une entreprise qui, sous le masque du festif, exploite notre fascination pour l’interdit avec le cynisme d’un comptable. Le billet d’entrée est de 24,90 à 29,90 euros, contre 16 euros à 24 euros l’an dernier dans le parc du Domaine de Saint-Cloud. La question n’est plus de savoir si l’on a peur, mais à quel prix l’on accepte de vendre son âme – ou du moins son sens critique – pour un quart d’heure de divertissement douteux. Les ténèbres, visiblement, sont aussi une affaire de lumière.
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