Société

Omerta : De Bétharram à l’Aide sociale à l’enfance, Bayrou n’a rien vu, rien entendu

Lorsque François Bayrou a été nommé Premier ministre, il a omis de nommer un secrétariat d’État de la Famille et de la Petite enfance… Trois mois après, lorsque l'affaire Betharram l'a rattrapé, il s'est rattrapé lui-même en sortant de son chapeau le haut-commissariat à l'enfance pour y caser Sarah El Haïry. Ministre déléguée chargée de l'Enfance du gouvernement Attal, elle avait dénoncé le manque de moyens de l'ASE qui jouit pourtant d'un budget de 10 milliards d’euros. Tous ces millions, où donc sont-ils disparus ?

mise à jour le 17/05/25

L’ASE, un système si opaque qu’on y perdrait… même les millions qui devaient sauver les enfants.

Le 4 octobre 2024, la plateforme citoyenne de la Cour des comptes et des chambres régionales et territoriales des comptes publie un J’accuse cinglant. A lire ici. Sont accusés de corruption : des associations de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), des magistrats et services de police, des mandataires judiciaires. Appel est fait à la Cour des comptes de mener une enquête approfondie sur la gestion des fonds publics. Or la Chambre régionale des comptes des Pyrénées-Atlantiques l’avait déjà fait, à son niveau.

ASE Béarn : une gestion financière opaque

Dans un rapport adressé le 26 octobre 2020 à Jean-Jacques Lasserre (Modem), président du département, responsable de la gestion de l’ASE depuis 2014, la Chambre des comptes des  Pyrénées-Atlantiques relevait une gestion financière opaque : « L’hébergement de l’ensemble des MNA accueillis par le département des Pyrénées-Atlantiques de 2015 à 2018 est donc assurément plus important mais ne peut être chiffré plus précisément. »
S’agissant des recettes, « le département n’a pas non plus été en mesure de compléter les données précises demandées », etc.

L’ami de François Bayrou, Jean-Jacques Lasserre, président du département des Pyrénées-Atlantiques, ne savait rien de rien sur l’utilisation des fonds de l’ASE ni sur son fonctionnement. Voilà pourquoi, une fois de plus, François Bayrou, même dans son propre fief, n’avait pu être au courant de ce qui se passait dans les institutions pour jeunes. Allons faire un tour dans les terres de notre Premier ministre.

Vol à haut niveau

Paris, 1er septembre 2023, sur le site du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés) : les 145 millions d’euros appartenant à des milliers de jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance (ASE) sont consignés à la caisse des dépôts et consignations. Cette somme est constituée des allocations de rentrée scolaire qu’auraient dû toucher leurs parents pendant leur scolarité. Or la majorité de ces jeunes, et en particulier les mineurs isolés étrangers, est privée de ce pécule destiné à les aider financièrement au moment de leur sortie de l’ASE. La secrétaire d’État chargée de l’Enfance assure avoir identifié « ce faible taux de restitution » et adressé un courrier aux conseils départementaux. Sans résultat.

Viols prévisibles

Le foyer de vie François de Paule (mission du père Cestac) à Anglet est une maison d’enfants à caractère social. Sa restructuration en 2020, décidée par le conseil départemental en 2016, a coûté 4 millions d’euros et le surcoût annuel du recrutement de 25 agents est évalué à 1,2 million d’euros.
Une mineure y est placée. Elle prend l’habitude de fuguer et de rentrer seulement pour les repas. Personne n’y voit à redire, semble-t-il. Une nuit, elle est victime d’atteintes sexuelles.

La député Florence Lasserre (Modem) qui habite Anglet depuis 20 ans sans avoir jamais remarqué aucun dysfonctionnement ni dans le foyer Cestac ni à la SEAPB (association Sauvegarde de l’Enfance à l’Adulte au Pays Basque). Son père, le président du département, vient enfin de se réveiller. Pression, climat de peur, insécurité, maltraitance, cette dernière association est finalement placée sous « administration provisoire ». La subvention du département, de 11 millions par an, n’a pas suffit à en garantir le bon fonctionnement.

Toujours au Pays basque : un homme de 76 ans a été condamné mardi 11 février 2025 par le tribunal de Bayonne à deux ans de prison ferme pour plusieurs agressions sexuelles commises sur des adolescents placés chez lui, entre 2014 et 2020. Six ans de viols, cinq ans d’attente de jugement. Tout va bien.

Vol à petit niveau

Une fonctionnaire de la Communauté de communes des Luys en Béarn, détachée comme comptable à l’association L’Arribet (Arzacq-Arraziguet) qui loge des jeunes en difficulté, avait détourné pendant près de 9 ans 213 000 euros jusqu’en 2022.

Que va faire notre Premier ministre ?

L’ASE du Béarn, on l’a vu, semble une planche pourrie. François Bayrou a promis un texte au Parlement pour abolir formellement le Code noir qui légiférait l’esclavage dans les colonies françaises. Depuis 1848 qu’on attendait ! Après son audition catastrophique à la commission d’enquête sur l’affaire Bétharram, on espérait autre chose.

Heureusement le Rassemblement national est venu à son secours. Jean-Philippe Tanguy, n’ayant pas peur des mots, estime que François Bayrou « n’a pas à être soumis à la question et à la torture pendant 5h30 ».

Une inversion accusatoire qui donne une idée des souffrances des enfants de l’ASE.

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