Le plan du Grand « Reset », c’est pas pour vous !

Économie

mise à jour le 03/01/21

Le plan du Grand « Reset », c’est pas pour vous !

« La Grande réinitialisation vise à maintenir et accroître la puissance d’un système d’exploitation et d’appropriation privée de la vie », Vandana Shiva

La Grande Réinitialisation (Great Reset) du Forum Economique Mondial (FEM) inclut un plan de transformation de l’alimentation, de l’industrie agricole et du régime alimentaire des humains à l’échelle de la planète. Les architectes de ce plan déclarent qu’il va réduire la pénurie de nourriture, la faim et la maladie, et même atténuer le changement climatique.

Mais en regardant de plus près quelles sont les industries et les groupes de réflexion partenaires du FEM pour instaurer cette transformation mondiale, on remarque que le vrai motif est de renforcer le contrôle des entreprises sur le système alimentaire au moyen de solutions technologiques.

Vandana Shiva, étudiante, environnementaliste, écrivaine et partisane de l’indépendance alimentaire, nous a déclaré : « La Grande Réinitialisation concerne des entreprises multinationales intervenant au Forum Economique Mondial, contrôlant autant d’éléments de la vie planétaire qu’ils peuvent : des informations numériques produites par les humains jusqu’à chaque bouchée que nous mangeons. »

Le FEM se décrit comme « la plateforme mondiale pour une coopération public-privé » créant des partenariats entre entreprises, politiques, intellectuels, scientifiques et autres décideurs de la société, afin de « préciser, débattre et innover sur les problèmes majeurs de l’agenda mondial ».

Selon le fondateur et président-directeur général du FEM, Klaus Schwab, le forum est guidé par l’objectif de positionner « les entreprises privées comme gestionnaires de la société » afin de « relever les défis sociétaux et environnementaux ».

Schwab a publié en juillet un recueil de 195 pages, « Covid-19 : The Great Reset », dans lequel il a mis au défi les géants de l’industrie et les décideurs de « mettre à profit la pandémie sans gaspiller l’occasion de la crise ».

Le Time Magazine (détenu par Marc Benioff, aussi membre du conseil d’administration du FEM) a récemment collaboré avec le FEM pour couvrir La Grande Réinitialisation et pour donner « une vision de comment l’épidémie de la Covid-19 offre une occasion unique de transformer notre façon de vivre ».

La Grande Réinitialisation doit être globale. Ses organisations partenaires incluent les plus grands acteurs de la collecte de données, des télécommunications, de l’industrie de l’armement, de la finance, des laboratoires pharmaceutiques, des biotechnologies et de l’industrie alimentaire.

Le plan du FEM pour la « réinitialisation » de l’alimentation et de l’agriculture inclut des projets et des partenariats stratégiques qui favorisent les organismes génétiquement modifiés, les protéines créées en laboratoire et les industries pharmaceutiques et chimiques, comme des solutions durables aux problèmes d’alimentation et de santé.

Par exemple, le FEM a soutenu une organisation nommée EAT Forum avec laquelle il a collaboré. Elle se décrit comme un « Davos de l’alimentation » qui projette de « valoriser l’économie et l’industrie » et « mettre en place l’agenda politique ».

EAT a été cofondée par Wellcome Trust, une organisation créée avec les fonds de GlaxoSmithKline et qui continue à entretenir un partenariat avec ce laboratoire pharmaceutique. EAT collabore avec près de quarante municipalités en Europe, Afrique, Asie, Amérique du Nord et du Sud, et Australie. Cette organisation aide aussi l’Unicef pour la « création de nouvelles recommandations alimentaires » et des initiatives de développement durable.

Selon Federic Leroy, professeur de science et technologies de l’alimentation à l’Université de Bruxelles, le réseau de EAT entretient d’étroites interactions avec certaines des plus grandes entreprises de viande artificielle, dont Impossible Foods et d’autres entreprises biotech, qui veulent remplacer l’alimentation nutritive saine par des créations génétiquement modifiées en laboratoire.

« Ils le présente comme étant aussi sain et durable, ce qui n’est bien sûr pas le cas », nous déclare Leroy.

Impossible Food a été cofondée par Google, Jeff Bezos et Bill Gates. De récentes études en laboratoire ont montré que la viande artificielle de l’entreprise contenait des taux de glyphosate onze fois supérieurs à ceux de son plus proche concurrent.

Le plus gros projet de EAT s’appelle FReSH, décrit comme étant un effort pour déboucher sur la transformation du système alimentaire. Les partenaires de ce projet comprennent Bayer, Cargill, Syngenta, Unilever et même le géant de la technologie Google.

« Des entreprises comme Unilever, Bayer et d’autres entreprises pharmaceutiques élaborent déjà des produits chimiques. Ainsi, beaucoup de ces entreprises sont très bien positionnées pour tirer profit de ce nouveau marché de l’alimentation qui concerne la transformation de produits chimiques et les extraits nécessaires aux laboratoires pour fabriquer la nourriture à une échelle mondiale », a déclaré Leroy.

Dans son livre, Schwab examine la façon dont la biotechnologie et la nourriture génétiquement modifiée devraient être le pilier de la solution aux problèmes de pénuries alimentaires mondiales, problèmes que la Covid a révélés et exacerbés.

Il écrit : « La sécurité alimentaire dans le monde ne pourra être atteinte que si les réglementations sur la nourriture génétiquement modifiée sont adaptées afin de représenter la création de gènes comme une réalité offrant une méthode précise, efficace et saine d’amélioration des cultures. »

Shiva n’est pas d’accord. Elle nous a dit que « le FEM propage de la fausse science » et que « le fait que M. Schwab fasse la promotion de ces technologies comme des solutions est une preuve que La Grande Réinitialisation veut maintenir et accroître la puissance du système d’exploitation des entreprises et l’appropriation privée du vivant ».

EAT a développé ce qu’ils appellent « le régime sain planétaire », que le FEM défend comme « la solution pour un régime durable dans l’avenir ». Mais selon Leroy, c’est un régime qui est censé tout remplacer : « Ce régime a pour objectif de réduire de 90%, dans certains cas, la consommation de viandes et de produits laitiers et de les remplacer par de la nourriture artificielle, des céréales et de l’huile. »

Shiva a également expliqué que « le régime alimentaire proposé par EAT n’est pas du tout en rapport avec la nutrition, c’est une affaire de gros sous et concerne la prise de contrôle du système alimentaire par les entreprises ».

Selon des rapports de EAT, les plus grandes modifications que l’organisation et ses entreprises partenaires veulent faire au système alimentaire « ne seront probablement pas réalisables s’ils dépendent de l’initiative individuelle » et les changements qu’ils veulent imposer aux rapports habituels de la société avec la nourriture « nécessitent un recadrage au niveau systémique accompagné de décisions politiques dures incluant des lois, des mesures fiscales, des aides et des pénalités, une reconfiguration du commerce et d’autres mesures économiques et structurelles ».

Mais Shiva a déclaré que c’était la mauvaise approche car « toutes les sciences » montrent que les régimes alimentaires devraient être centrés sur la biodiversité régionale et géographique. Elle a expliqué que « le régime alimentaire uniformisé de EAT sera produit avec des technologies de l’Occident et des produits chimiques agricoles. Imposer cela aux nations souveraines par le lobbying des multinationales revient à parler de ce que j’appelle l’impérialisme alimentaire ».

– Source : Jeremy Loffredo pour Children’s Health Defense
– Une traduction du « Média en 4-4-2 »

partage cet article !