Dans cet entretien éclairant, la sociologue décortique les mécanismes qui ont permis à ce fils de jardinier new-yorkais de s’élever jusqu’aux plus hautes sphères de la puissance planétaire. Par un savant système de don et contre-don, Epstein a su tisser sa toile en capitalisant sur les trois formes de capitaux qui fondent la domination : économique, social et culturel, jusqu’à obtenir ce capital symbolique qui transforme un prédateur en philanthrope fréquentable.
De l’avenue Foch à son île vierge défiscalisée, en passant par la trilatérale où l’introduisit David Rockefeller, ses propriétés ne sont pas de simples résidences mais les points d’ancrage géographiques d’une toile d’araignée au-dessus de nos têtes. Une toile que Monique Pinçon-Charlot refuse de voir comme un cas isolé, mais comme la mise en visibilité — provisoire — d’un système où la coordination des puissants leur assure cette impunité dont même Jacques Lang, posant avec Epstein au Louvre peu avant sa mort, semblait certain.
L’omerta qui a protégé le trafiquant de mineures pendant des décennies n’est que le produit de cette solidarité de classe institutionnalisée, de ce « collectivisme pratique » qui unit les dominants bien plus efficacement que les dominés qui restent divisés. Car telle est l’amère leçon de cette affaire : les riches, qu’on dit individualistes, pratiquent un communisme de luxe, tandis que les collectivistes de salon restent, avec l’aide des médias, désespérément divisés.
Pas encore de commentaire sur "Jeffrey Epstein : La violence oligarchique sous nos yeux – Monique Pinçon-Charlot"