Les plaignants – Amer Sultan (17 ans de maison, licencié en 2024), Ahmed Rouaba, Dima Odeh, Nahed Najar et Mohamed El-Ashiry – sont représentés par l’avocat John Barnes. Leur combat : dénoncer une censure institutionnelle et un deux poids, deux mesures éditorial qui ont transformé la BBC en caisse de résonance des narratifs israéliens, au mépris des faits et de ses propres journalistes.
Gaza : quand la BBC préfère la désinformation à l’information
Dès les premières semaines du conflit déclenché le 7 octobre 2023, la direction de BBC Arabic aurait imposé des restrictions éditoriales draconiennes. Amer Sultan, alors rédacteur en chef, propose un article équilibré sur les allégations israéliennes non vérifiées (décapitations d’enfants, viols par le Hamas). Refus catégorique. Motif invoqué ? « Cela ne correspond pas à notre ligne. » Traduction : « La vérité dérange. »
Pire : le 13 octobre 2023, une équipe de BBC Arabic est agressée par des policiers israéliens. Les images ? Censurées. Les témoignages ? Étouffés. « On nous a empêchés de faire notre travail, dénonce un journaliste sous couvert d’anonymat. La BBC a choisi son camp : celui du silence complice. »
L’ex-directrice Liliane Landor aurait même reconnu en interne : « We misled the audience. » (« Nous avons induit le public en erreur. ») Promesse d’une enquête ? Aucune suite. Départ de Landor six mois plus tard ? Coïncidence, selon la direction.
Racisme, représailles et licenciements : la méthode BBC
Au-delà de la désinformation, les cinq journalistes dénoncent un climat de racisme systémique. « Être arabe à la BBC, c’est être un citoyen de seconde zone, résume Nahed Najar, d’origine palestinienne. Nos alertes sur les biais éditoriaux ? Ignorées. Nos demandes d’équité ? Moquées. Nos licenciements ? Orchestrés. »
Amer Sultan, viré après avoir insisté pour une couverture honnête de Gaza, enfonce le clou : « La BBC préfère payer des avocats pour nous faire taire que corriger ses mensonges. » Quatre des cinq plaignants ont été licenciés dans des conditions abusives, après avoir osé défendre l’éthique journalistique.
La défense de la BBC : un exercice de sophisme
Face aux accusations, la BBC ne nie pas les faits. Elle se réfugie derrière un argument juridique : ces manquements ne relèveraient pas d’une « divulgation protégée » (whistleblowing), car ils ne violeraient aucune obligation légale stricte. « Tromper le public n’est pas illégal, semble-t-il, ironise John Barnes, l’avocat des plaignants, sauf que pour un média public, c’est une trahison. »
La BBC, muette hors des murs du tribunal, subit déjà les foudres des médias du Moyen-Orient, qui lui reprochent un biais pro-israélien depuis des années. « Leur couverture de Gaza est une insulte à l’intelligence, résume un journaliste qatari. Ils appellent ça de l’impartialité. Nous, on appelle ça de la complicité. »
Un procès qui dépasse la BBC : l’avenir du journalisme en jeu
Cette affaire n’est pas qu’un conflit interne. Elle interroge la crédibilité même de la BBC, souvent présentée comme un modèle d’impartialité. « Si un média public peut mentir sur un génocide sans conséquences, qui nous protégera demain ? » s’interroge Dima Odeh.
Les audiences se poursuivent cette semaine. Verdict attendu dans les prochains mois. En jeu : la réputation de la BBC, mais aussi la liberté de la presse face aux pressions politiques et idéologiques.
Un détail, cependant, résume l’hypocrisie ambiante : ce procès, massivement suivi au Moyen-Orient, reste quasi ignoré par les médias occidentaux. « La vérité sur Gaza dérange trop, conclut Amer Sultan, même quand elle est portée devant les tribunaux. »
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