00:00 Introduction
00:30 Comment l’AFA et la FIFA ont protégé Guacci, un coach dénoncé pour attouchement et harcèlement sur mineurs
05:42 L’enquête du FBI sur les 300 millions de dollars potentiellement blanchis et détournés
06:30 TourProdEnter, la compagnie par laquelle va transiter l’argent depuis la CDM 2022
09:35 Plus de 42 millions reversés à des compagnies fantômes avec des hommes de paille
12:22 Jets privés, manoirs, voitures de luxe, yacht : les détournements au profit du président (Tapia) et trésorier (Toviggino)
15:08 Comment l’argent détourné a permis d’acheter le club italien de Perugia avec des sociétés écrans
17:20 Protection judiciaire et politique pendant des années, conflit avec le président Milei
18:35 Vanité ou stupidité : pourquoi utiliser des sociétés américaines après le FIFAGate ?
19:30 Connecter tous les dossier : la FIFA, protectrice des dirigeants argentins
20:20 Chantage, censure, menaces : comment l’AFA a essayé de faire taire toutes les affaires
22:05 L’influence d’Emilio Garcia, le responsable légal de la FIFA
23:15 Conclusion
Plus de 300 millions de dollars passés par le système bancaire américain, des dizaines de millions transférés vers des sociétés sans activité connue, des dépenses de luxe et cinq anciennes internationales accusant un entraîneur de comportements sexuels abusifs : Romain Molina décrit une Fédération argentine de football protégée pendant des années malgré l’accumulation des dossiers.
Les victoires de Lionel Messi et de la sélection argentine ont rempli les caisses. Mais une partie de cet argent fait désormais l’objet d’investigations en Argentine et aux États-Unis. Dans une vidéo consacrée aux coulisses de l’Association du football argentin, l’AFA, le journaliste Romain Molina relie les soupçons financiers aux défaillances de la justice sportive dans plusieurs affaires graves.
Le FBI examine les opérations américaines de l’AFA
Des agents du FBI et des procureurs fédéraux américains ont commencé à recueillir des témoignages sur les opérations financières de l’AFA aux États-Unis. Selon les informations publiées par le quotidien argentin La Nación, les enquêteurs cherchent à déterminer si certains mouvements peuvent relever du blanchiment d’argent ou de la fraude bancaire.
Le montant étudié dépasse les 300 millions de dollars. L’attention des enquêteurs se porte principalement sur TourProdEnter LLC, une société installée en Floride et chargée de gérer une partie importante des recettes internationales de la fédération : partenariats commerciaux, droits de diffusion et revenus liés aux rencontres disputées à l’étranger.
Il s’agit pour le moment d’investigations préliminaires. Aucune condamnation américaine n’a été prononcée contre Claudio « Chiqui » Tapia, président de l’AFA, Pablo Toviggino, trésorier de la fédération, ou les responsables de TourProdEnter. Le travail des enquêteurs consiste encore à reconstituer le parcours de l’argent et à déterminer si des infractions ont été commises sur le territoire américain.
Une société récente récupère les recettes internationales
TourProdEnter a été créée en Floride quelques mois avant de devenir l’agent commercial de l’AFA à l’étranger. La société apparaissait au nom d’Erica Gillette, compagne du producteur et ancien député argentin Javier Faroni, un proche de Claudio Tapia.
L’accord initial remonte à décembre 2021. Un contrat retrouvé pendant les perquisitions accordait à TourProdEnter une commission de 30 % sur les recettes commerciales internationales. Le partenariat a ensuite été prolongé jusqu’en 2030, avant même l’expiration de l’accord précédent.
D’après l’analyse de relevés bancaires confidentiels, la société a reçu au moins 260 millions de dollars sur des comptes ouverts notamment chez Bank of America, Citibank, Synovus et JPMorgan. Les mouvements examinés sur une période plus large approcheraient désormais les 300 millions.
Le point le plus embarrassant concerne le transfert d’au moins 42 millions de dollars vers quatre sociétés enregistrées à Miami. Ces structures ne disposaient, selon l’enquête de La Nación, ni de salariés ni d’une activité commerciale déclarée permettant d’expliquer de tels paiements.
Jets privés yachts voitures et propriétés de luxe
Les relevés consultés par les journalistes argentins ne montrent pas uniquement des virements entre sociétés. Ils font également apparaître au moins 16,6 millions de dollars de dépenses liées à des avions privés, des yachts, des véhicules haut de gamme, des propriétés, des chevaux, des kartings et différents services de luxe.
Les enquêteurs doivent encore établir les bénéficiaires réels de chaque opération et vérifier leur rapport avec les activités de la fédération. Romain Molina estime que ces dépenses ne peuvent pas être séparées du train de vie de certains dirigeants et de leur entourage.
L’AFA dénonce de son côté une « campagne de diffamation » et défend la légalité de son partenariat avec TourProdEnter. L’avocat de Javier Faroni affirme que la société est soumise aux contrôles fiscaux, juridiques et commerciaux américains. Il conteste l’existence d’un détournement organisé et accuse certains acteurs d’utiliser le dossier à des fins politiques.
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Le rachat du club italien de Pérouse dans le viseur
Une partie des recherches porte aussi sur les structures ayant participé au rachat du club italien de Pérouse par Javier Faroni en 2024. Le montage passe par plusieurs sociétés établies au Royaume-Uni et en Uruguay.
La justice sportive italienne ne s’est pas prononcée sur l’origine criminelle des fonds. Elle a néanmoins sanctionné Faroni et un autre dirigeant pour des irrégularités dans la transmission des documents obligatoires concernant la chaîne de contrôle du club. La décision de la Fédération italienne de football mentionne plusieurs structures étrangères impliquées dans l’acquisition.
Cinq joueuses avaient dénoncé l’entraîneur Diego Guacci
Le volet financier n’est pas le seul dossier présenté par Romain Molina. En 2021, cinq joueuses passées par la sélection argentine ont saisi la commission d’éthique de la FIFA contre Diego Guacci, ancien responsable des équipes nationales féminines de jeunes.
Les plaignantes l’accusaient de harcèlement sexuel, d’humiliations, de propos dégradants et de comportements abusifs. L’une d’elles affirmait également avoir reçu des messages sexuels et des demandes de photographies intimes alors qu’elle était mineure.
Selon l’enquête consacrée aux témoignages des joueuses, la chambre d’instruction de la FIFA avait relevé des manquements et recommandé une sanction. La chambre de jugement a finalement classé le dossier, jugeant les preuves insuffisantes.
La décision précisait cependant que ce classement ne signifiait pas que les faits dénoncés n’avaient pas eu lieu. Aucune procédure pénale n’a été engagée en Argentine dans cette affaire.
Diego Guacci nie l’ensemble des accusations. Il affirme avoir été innocenté par la FIFA, dénonce de « faux récits » et assure avoir fourni de nombreux témoignages et documents pour sa défense.
Romain Molina accuse la FIFA d’avoir fermé les yeux
Pour Romain Molina, ces dossiers racontent la même histoire : une fédération puissante, des victimes ou des journalistes isolés et une FIFA qui ne pousse jamais ses contrôles jusqu’au bout.
Son accusation porte autant sur le traitement de la plainte contre Guacci que sur la surveillance des comptes de l’AFA. La FIFA impose pourtant des audits aux fédérations affiliées et dispose d’un département juridique chargé d’examiner leurs pratiques. Le journaliste s’interroge donc sur l’absence de réaction face à une société récente chargée de collecter des centaines de millions de dollars à l’étranger.
Il cite également les relations étroites entretenues entre des responsables de la FIFA et les dirigeants sud-américains. Cette proximité ne constitue pas en elle-même une preuve d’infraction, mais elle nourrit les soupçons de traitement préférentiel lorsque les signalements restent sans conséquence.
Tapia et Toviggino déjà poursuivis dans une autre procédure
En mars 2026, la justice argentine a par ailleurs mis en examen Claudio Tapia et Pablo Toviggino dans une procédure distincte concernant la rétention présumée de cotisations fiscales et sociales. Un embargo sur leurs biens et une interdiction de quitter le territoire ont été prononcés sans placement en détention provisoire.
Les dirigeants rejettent ces accusations et dénoncent une offensive politique du gouvernement de Javier Milei. Le président argentin est en conflit ouvert avec l’AFA depuis que la fédération et les clubs ont refusé son projet d’introduire des sociétés sportives privées dans le football national.
Ce contexte politique impose de distinguer les dossiers. Le conflit avec Milei ne prouve pas que les accusations financières sont fausses. À l’inverse, l’existence d’enquêtes ne suffit pas à établir la culpabilité de tous les responsables cités.
Des transferts établis mais des responsabilités encore à déterminer
Plusieurs faits sont désormais documentés : l’AFA a confié ses recettes internationales à TourProdEnter, la société a encaissé des centaines de millions de dollars, des dizaines de millions ont rejoint des structures sans activité déclarée et les justifications de certaines dépenses restent contestées.
Il appartient désormais aux justices argentine et américaine d’identifier les bénéficiaires finaux, de vérifier les prestations facturées et de déterminer si ces opérations constituent des détournements, du blanchiment ou de simples montages commerciaux autorisés.
Sur le terrain, les succès de la sélection ont offert à Claudio Tapia une immense popularité. Dans les banques, les tribunaux et les bureaux du FBI, une autre partie se joue désormais. Elle ne se gagnera ni avec un but de Messi ni avec une nouvelle coupe soulevée devant les caméras.
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