Société

Canicule : une fillette de 12 ans meurt dans les Yvelines, mais, selon la ministre Monique Barbut, la clim est un caprice

Une jeune fille de 12 ans est morte à Fontenay-le-Fleury, dans les Yvelines, en plein épisode de chaleur extrême. Son frère de 15 ans a été retrouvé en hyperthermie. Tous deux étaient atteints d’un trouble neurodégénératif grave. Au même moment, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, disait être « horrifiée » par ceux qui demandent de « mettre la clim partout ». Sauf qu’ici, personne ne parle de climatiser une forêt. On parle de logements, d’hôpitaux, d’Ehpad, d’enfants fragiles, de personnes âgées et de malades qui ne supportent pas 35 ou 40 °C dans une pièce fermée.

mise à jour le 29/06/26

La clim sauve des vies à l’hôpital, mais chez les pauvres ça devient un caprice ?

La canicule ne se résume pas à une carte météo rouge, à des conseils lus sur un ton grave ou à des responsables politiques venus expliquer qu’il faut boire de l’eau. Elle tue. Et parfois, elle tue des enfants.

Vendredi 26 juin 2026, à Fontenay-le-Fleury, dans les Yvelines, une fille de 12 ans est morte à son domicile. Son frère, âgé de 15 ans, a été retrouvé en état d’hyperthermie. Selon Le Dauphiné Libéré, qui reprend les informations du Parisien, une source policière a indiqué que « la chaleur extrême est à l’origine du décès ». Les deux adolescents étaient atteints d’un trouble neurodégénératif grave. À l’arrivée des secours, la fillette était en arrêt cardiorespiratoire. Elle n’a pas pu être réanimée. Son frère a été stabilisé sur place.

Ce drame arrive alors que les autorités sanitaires alertent déjà sur les décès à domicile. Le ministère de la Santé s’est dit « préoccupé » par ces morts sur l’ensemble du territoire, tout en précisant ne pas encore disposer de chiffres exhaustifs sur les décès directement imputables à la chaleur.

Le 27 juin, Santé publique France a publié de premiers chiffres non consolidés : plus de 1 200 décès toutes causes le 24 juin, plus de 1 400 décès quotidiens les 25 et 26 juin, contre environ 900 à 1 000 décès par jour en avril-mai. L’agence parle d’environ 1 000 décès supplémentaires observés depuis le 24 juin (85 % des décès concernent les plus de 65 ans), avec une hausse particulièrement marquée des décès à domicile, de l’ordre de 40 %, notamment en Île-de-France.

Monique Barbut : le point de vue des banques

On ne connaissait pas Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature depuis le 12 octobre 2025. À présent, on sait qui est cette ancienne banquière.

Sur BFM, la ministre a déclaré :

« Je suis horrifiée par les gens qui me disent qu’il n’y a qu’à mettre la clim partout. Vous croyez que ça va éviter un feu de forêt, que ça va éviter une culture de ne pas exister ? Que ça va éviter la mort des animaux que nous voyons ? Vous croyez que ça va éviter quoi ? Rien. »

Quand des gens meurent chez eux, quand des enfants fragiles sont frappés par la chaleur, quand les secours ramassent des personnes en hyperthermie, parler de la climatisation comme d’une réponse presque honteuse ne passe pas. Quand on a un bureau climatisé, c’est plus facile de trouver la clim “horrifiante”, non ?

Le Média en 4-4-2 l’a résumé simplement : personne ne demande d’installer une climatisation au milieu d’une forêt. Le sujet, ce sont les chambres d’hôpital, les Ehpad, les logements mal isolés, les appartements sous les toits et les personnes qui n’ont pas les moyens de se protéger.

La climatisation peut sauver jusqu’à 75 % des vies

Une étude publiée dans JAMA Internal Medicine sur les maisons de retraite en Ontario a aussi observé une mortalité plus faible lors des journées de chaleur extrême dans les établissements climatisés que dans ceux qui ne l’étaient pas. Les auteurs concluent que la climatisation dans les maisons de retraite et les lieux d’hébergement collectif peut aider à prévenir des décès liés à la chaleur.

Même les autorités sanitaires américaines conseillent, en cas de forte chaleur, d’utiliser la climatisation ou de rejoindre un lieu qui en dispose. Le CDC précise aussi que les ventilateurs peuvent devenir insuffisants, voire contre-productifs, lorsque la température intérieure dépasse certains seuils.

Alors oui, la climatisation ne sauvera pas une forêt en flammes, la ministre n’a pas besoin d’eau pour noyer le poisson. Elle pourrait éviter qu’une personne âgée, un enfant malade, un patient hospitalisé ou une personne handicapée reste piégé dans une pièce transformée en four, mais ce n’est pas son problème.

Déjà en 2003, la canicule en France avait causé une surmortalité d’environ 15 000 décès entre le 1er et le 20 août, soit une hausse d’environ 55-60 % par rapport à la mortalité attendue pour cette période. Les victimes étaient majoritairement des personnes de plus de 75 ans.

Des études épidémiologiques (américaines et internationales) montrent que l’accès à la climatisation est l’un des facteurs de protection les plus puissants contre la mortalité liée à la chaleur. Une étude de 2007 estime qu’elle peut réduire les décès liés à la chaleur jusqu’à 75 %.

“Tous logés à la même enseigne” ? Non

Dans la même séquence médiatique autour de la canicule, Yann Barthès a affirmé dans Quotidien que « tous les Français » étaient « logés à la même enseigne », ajoutant qu’un ministre aurait aussi chaud que tout le monde. Ces propos ont été rapportés par Femme Actuelle.

C’est faux.

Une personne qui vit sous les toits, dans un studio mal isolé, sans volets, sans clim, avec un ventilateur fatigué et une facture d’électricité déjà trop lourde, ne vit pas la même canicule qu’un responsable politique, un animateur de télévision ou un cadre qui passe de son appartement confortable à une voiture climatisée, puis à un bureau climatisé.

Santé publique France le dit clairement : tout le monde peut souffrir de la chaleur, mais certaines personnes sont plus exposées. L’agence cite notamment les personnes âgées, les nourrissons, les malades chroniques, les personnes handicapées, les personnes isolées, dépendantes, fragiles ou précaires. Elle ajoute que plusieurs facteurs de risque accentuent les inégalités face à la chaleur.

Voilà le vrai sujet. La chaleur n’est pas démocratique. Elle tape plus fort sur ceux qui n’ont pas les moyens de s’en protéger.

Le confort pour les uns, la morale pour les autres

Il y a quelque chose d’insupportable dans cette manière de parler de la climatisation comme d’un luxe suspect cause d’un réchauffement climatique utile à la Grande Réinitialisation mondiale chère à Klaus Schwab. Ceux qui ont de l’argent trouvent toujours un endroit frais dans leur résidence mieux isolée. Sinon ils peuvent toujours recourir à un bureau climatisé, une voiture climatisée, une maison de vacances, un hôtel, un accès facile aux soins. Les autres bricolent : serviette mouillée, bassine d’eau, volet fermé, ventilateur devant une bouteille congelée.

Le Média en 4-4-2 a publié un guide pratique pour rafraîchir une pièce sans climatisation. C’est utile pour tenir quelques heures. Mais personne ne devrait confondre ces astuces avec une politique publique digne de ce nom.

Dans les hôpitaux, les Ehpad, les logements sociaux, les écoles et les appartements occupés par des personnes fragiles, la question est sanitaire. La France sait dépenser des fortunes dans des plans, des réunions, des éléments de langage et des bâtiments “innovants” qui deviennent invivables dès qu’il fait chaud. Mais quand il s’agit de rafraîchir vraiment les lieux où vivent les plus vulnérables, on découvre soudain la sobriété — réservée à la plèbe.

Le Média en 4-4-2 avait déjà pointé les promesses oubliées autour de l’air dans les écoles, avec des établissements qui ferment parce que les salles de classe deviennent étouffantes.

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