Sur X, Erik Tegnér a sorti le grand récit du soir : un caméraman de Frontières, Charles Rigault, 21 ans, a été poursuivi par des antifas pendant la couverture d’un rassemblement de gauche. Dans sa version, l’affaire prend vite des airs de thriller politique. Le jeune homme tombe, un individu fonce vers lui, et l’on frôle, selon Tegnér, le drame.
Sauf que la suite a légèrement cassé l’ambiance. Dans les vidéos et captures qui circulent, le fameux assaillant ne semble pas brandir une arme à feu, mais un pistolet à eau. Oui, un pistolet à eau. L’engin qui terrorise les cousins au barbecue et les enfants en sortie de plage.
Frontières raconte une agression, X répond avec un jouet en plastique
Dans le message relayé par Erik Tegnér, la scène est présentée comme une course-poursuite dangereuse. Le patron de Frontières évoque un homme courant vers son caméraman « pour lui mettre un tir dans la tête à pleine vitesse ». L’équipe demande ensuite à la préfecture si elle attend « un drame ». Dans cette petite course-poursuite, le caméraman finira par tomber tout seul et s’en sortira avec quelques blessures légères. Comme quoi, parfois, le danger ne vient pas de celui qui vous poursuit, mais de ses propres pieds.
La vidéo diffusée par Frontières Media montre bien une ambiance tendue : cris, foule hostile, slogans, mouvement de panique, intervention de la police. On entend notamment « Pas de quartiers pour les fachos ! ». Rien de très joyeux, sauf pour ceux qui pensent encore qu’une manifestation est un salon de thé avec banderoles.
🚨 « Pas de quartiers pour les fachos ! » : les images des 2 journalistes de Frontières violemment agressés alors qu’ils couvraient le rassemblement de LFI. pic.twitter.com/WxQ9vneYCP
— Frontières (@Frontieresmedia) June 21, 2026
Mais dans les réponses, d’autres internautes ont ressorti des images où l’on voit ce qui ressemble fortement à un jouet. Le compte @jdicajdisrien a résumé l’affaire avec cette formule : « Le mec parle d’un pistolet à eau. C’est véridique. Il veut se la jouer Mandela, c’est Mr Bean. »
Piou piou sur les fachos, Frontières ça dégage 🔫💦🔫💦🔫💦 pic.twitter.com/9ER5zKlsHm
— L’Union Étudiante (@unionetudiante_) June 21, 2026
Cruel, mais efficace.
Le grand péril humide
Personne n’est obligé de trouver normal qu’une équipe de journalistes soit insultée, poursuivie ou empêchée de filmer. Courir après des caméramans, même avec un jouet, ce n’est pas exactement l’idée la plus brillante de la semaine.
Mais transformer une scène de chaos militant en quasi-tentative d’exécution, alors que les images évoquent surtout un pistolet à eau, c’est un autre sport. Et chez Frontières, le sport favori semble parfois consister à aller au contact, caméra bien haute, puis à raconter le retour du front.
On connaît la mécanique : choisir un endroit où l’on sait que l’on sera détesté, filmer au plus près, attendre que ça chauffe, puis publier la séquence avec musique dramatique et appel aux autorités. La gauche radicale offre la bousculade, Frontières récupère le contenu. Tout le monde a son petit rôle. Même le pistolet à eau.
Les Femen de l’extrême droite ?
La méthode rappelle quelque chose. À une autre époque, les Femen entraient seins nus dans des églises ou surgissaient dans des lieux choisis pour provoquer l’image, le scandale, la réaction. Elles savaient très bien où elles mettaient les pieds.
Aujourd’hui, une partie de l’extrême droite militante reprend le principe avec d’autres codes : pas de torses peints, mais des micros, des caméras, des agents de sécurité, des tweets indignés et des passages télé. C’est plus habillé, mais pas forcément plus subtil.
Chez Némésis, avec Alice Cordier, la recette est proche : aller là où la tension est garantie, produire une scène, puis raconter que la scène prouve exactement ce qu’on était venu chercher. Le Média en 442 l’a déjà raconté dans plusieurs épisodes, notamment autour d’Alice Cordier agressée à Marseille ou des contradictions de Némésis dans l’affaire Quentin.
Ce n’est plus seulement de la politique. C’est du happening. Les Femen de l’extrême droite, mais en veste et avec communiqué.
Loin de l’époque Jean-Marie Le Pen
On est loin de l’époque Jean-Marie Le Pen. Qu’on l’apprécie ou non, le vieux tribun faisait de la politique à l’ancienne : plateau télé, phrase assassine, provocation verbale, bras de fer avec les journalistes. C’était brutal, souvent outrancier, mais ça se jouait dans l’arène politique classique.
La nouvelle génération, elle, préfère la séquence courte. Une course, une chute, une capture d’écran, un slogan, un tweet, un direct sur CNews, et l’affaire est lancée. Le menhir a laissé place à la vidéo verticale. La grande confrontation nationale tient désormais dans un fil X et un pistolet à eau.
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