« Le papa ne sert à rien » : Jérémy Doku choisit son enfant plutôt que la Coupe du monde et la journaliste France Pierron ne comprend pas

France Pierron a critiqué Jérémy Doku, prêt à quitter la Coupe du monde pour assister à la naissance de son premier enfant. La journaliste a résumé le rôle du père à une présence inutile. Brahim Asloum lui a répondu avec une évidence que certains plateaux semblent avoir oubliée : un enfant, ça ne se rejoue pas quatre ans plus tard.

mise à jour le 20/06/26

On doit prévenir les bébés qu’ils doivent respecter le calendrier FIFA ?

Il y a des moments où certains plateaux télévisés rendent un service involontaire au public : ils montrent, sans filtre, jusqu’où peut aller le culte de la performance, du spectacle et de la carrière. Dernier exemple en date : France Pierron, journaliste sportive, a jugé incompréhensible que Jérémy Doku, joueur belge de Manchester City, puisse quitter la Coupe du monde pour assister à la naissance de son premier enfant.

Oui, vous avez bien lu. Un homme veut être là pour sa femme et son bébé. Et visiblement, pour certains, voilà le vrai scandale. France Pierron a notamment lâché cette phrase, devenue le symbole de sa sortie : « Le papa ne sert à rien ». Elle a aussi parlé d’un « rôle de figurant » pour le père au moment de l’accouchement.

Formidable. Nous voilà donc rassurés : dans la grande hiérarchie moderne des choses importantes, un ballon, une caméra et un maillot passeraient avant la naissance d’un enfant. L’humanité avance, paraît-il. Mais parfois, elle avance surtout vers le panneau publicitaire.

Jérémy Doku choisit sa famille, et c’est peut-être ça qui dérange

Doku n’a pas annoncé qu’il abandonnait son équipe pour aller faire du tourisme. Il n’a pas expliqué qu’il préférait une soirée mondaine à un match de Coupe du monde. Il a simplement exprimé le souhait d’être présent pour la naissance de son premier enfant. Une chose tellement normale qu’elle ne devrait même pas demander de justification.

Mais dans un monde où l’on applaudit les sacrifices faits au nom de la gloire, de l’argent et de la carrière, un père qui dit : “ma femme et mon enfant passent avant le reste” devient presque un extraterrestre.

Et c’est justement là que l’histoire devient intéressante. Parce que Doku ne tourne pas le dos au football. Il rappelle seulement qu’avant d’être une marque, un athlète ou une valeur marchande, il est un homme. Un père. Un mari. Un être humain, détail qui semble parfois échapper aux experts de plateau.

Sur Le Média en 4-4-2, on connaît cette mécanique : dès qu’un individu refuse d’entrer dans le moule, il faut lui expliquer qu’il pense mal, qu’il choisit mal, qu’il vit mal. Même logique quand les médias dominants prétendent savoir ce qui est bon pour les Français.

Brahim Asloum remet les pieds sur terre

Face à cette sortie, Brahim Asloum a répondu avec une phrase simple, directe, presque trop humaine pour le décor : « Un bébé, c’est toute ta vie. Une Coupe du monde, tu peux la gagner ou la louper, mais dès qu’elle est passée, elle est passée. »

Voilà. Pas besoin de trois heures de débat, ni d’un graphique, ni d’un consultant payé pour expliquer l’évidence.

Un enfant naît une fois. Une Coupe du monde revient tous les quatre ans. Et même si elle ne revenait jamais pour Doku, cela ne changerait rien au fond du sujet : aucune médaille ne remplacera le premier souffle d’un enfant, le regard d’une mère qui n’a pas à traverser ce moment seule parce que monsieur devait “rester concentré”.

Mais visiblement, pour certains, être père commence plus tard. Après le match, après les sponsors, après la conférence de presse, après la logique du rendement. Quelle belle vision de la famille : arrive quand tout est fini, prends une photo, poste-la, et retourne courir.

Le père inutile ? France Pierron devrait-elle appliquer son raisonnement à elle-même ?

Le plus étonnant dans cette séquence, c’est que France Pierron ne semble pas voir où mène sa propre logique. Elle explique, en résumé, que le père serait inutile pendant l’accouchement parce que ce moment concernerait d’abord la mère. Très bien. Allons donc au bout de cette idée, juste pour voir jusqu’où elle tient debout.

Si l’on suivait ce raisonnement, on pourrait alors dire qu’une femme ne “sert à rien” comme commentatrice de football, puisque le football masculin serait joué par des hommes, entraîné majoritairement par des hommes, arbitré longtemps par des hommes, et historiquement commenté par des hommes. On pourrait dire : “elle n’est pas sur le terrain, elle ne marque pas de but, elle ne fait pas les choix tactiques, donc elle est figurante.”

Le raisonnement de France Pierron devient donc assez fragile dès qu’on le retourne. Si l’on commence à exclure les gens d’un domaine sous prétexte qu’ils ne vivent pas exactement l’action principale, beaucoup de commentateurs sportifs devraient rendre leur micro, beaucoup de chroniqueurs politiques devraient quitter les plateaux, et beaucoup d’experts autoproclamés devraient découvrir le silence.

Mais curieusement, cette règle ne s’applique jamais à ceux qui parlent. Elle s’applique seulement à ceux qu’ils jugent.

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