Les applaudissements ont crépité dans l’hémicycle, mais les silences – ceux des États-Unis, d’Israël et de l’Argentine, opposés au texte, ou ceux, plus assourdissants encore, de l’Europe et de ses alliés, abstentionnistes en bloc – en ont révélé toute l’ambivalence.
L’Afrique exige, l’Occident tergiverse
Le président ghanéen John Dramani Mahama n’a pas mâché ses mots : ce vote est un « rempart contre l’oubli », une « vérité enfin assumée ». Les chiffres, eux, glacent le sang : 12,5 millions d’êtres arrachés à leur terre entre le XVIe et le XIXe siècle, des millions de morts dans les cales des navires, un système de terreur racialisé qui a prospéré quatre cents ans. La résolution ne se contente pas de mots : elle exige des excuses officielles, un fonds de réparations, la restitution des artefacts pillés et une éducation sans fard. Juridiquement non contraignante, politiquement explosive.
Pour l’Union africaine, unanime dans son soutien, cette victoire est aussi un levier. Comme l’a résumé Samuel Okudzeto Ablakwa, ministre ghanéen des Affaires étrangères : « La justice réparatrice n’est plus une option, mais une dette. »
L’Assemblée générale de l’ONU déclare que la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains sont « l’injustice la plus inhumaine et la plus durable contre l’humanité »
123 pour
3 contre (États-Unis, Israël, Argentine)
52 abstentions pic.twitter.com/pnDyho3AkE— ONU Info (@ONUinfo) March 25, 2026
Les oppositions : entre mauvaise foi et calcul politique
Les trois voix dissidentes – Washington, Tel-Aviv, Buenos Aires – ont invoqué un argument aussi spécieux qu’éculé : « On ne hiérarchise pas la souffrance. » Traduction : reconnaissons l’esclavage, mais sans en faire le crime absolu, de peur d’éclipser d’autres tragédies (ou de devoir payer). L’Europe, elle, a préféré l’abstention, ce refuge des consciences troubles. Portugal, Espagne, France, Royaume-Uni, Pays-Bas… Les anciens champions de la traite ont choisi le mutisme, comme si le passé pouvait s’effacer à coups de bulletins blancs.
Christine Angot, l’écrivaine préférée des plateaux télé, avait déclaré sur France2 en 2019 :
« Le but avec les juifs pendant la guerre, cela a bien été de les exterminer, c’est-à-dire de les tuer, et ça introduit une différence fondamentale […] avec l’esclavage des noirs […] où c’était exactement le contraire. L’idée c’était au contraire qu’ils soient en pleine forme, qu’ils soient en bonne santé, pour pouvoir les vendre et qu’ils soient commercialisables ».
Invitée par le Crif, avec Manuel Valls, elle avait affirmé à propos d’Israël : « C’est là où il faut être […] il n’y a pas d’antisémitisme. »
Un tournant mémoriel, des lendemains incertains
Ce vote s’inscrit dans une lame de fond : restitutions d’œuvres d’art, débats sur les statues, excuses timides de banques et d’Églises, revendications caribéennes et africaines. « Le mouvement pour la réparation n’a plus besoin de la permission des anciens trafiquants », a lancé une militante, résumant l’esprit du moment.
Reste la question cruciale : cette déclaration se traduira-t-elle par des actes ? Le Ghana et ses alliés promettent de poursuivre le combat. « La reconnaissance d’aujourd’hui doit devenir la justice de demain », ont-ils martelé. Mais entre les promesses onusiennes et les chèques en blanc, l’histoire a montré qu’il y avait souvent un océan.
Un tournant, donc. Mais aussi le révélateur d’un monde où la mémoire reste un champ de bataille – et où les comptes, jamais, ne sont vraiment soldés.
Tidiane N’Diaye anthropologue et au bas mot seraient d’une meilleure orthographe.
La traite humaine, négrière, afro-arabo-musulmane c’est 14 millions de morts au bas mots. Tidiane N’Diaye, chercheur antropologue économiste écrivain sénégalais, l’a documenté dans le Génocide Voilé » entre autres.. Pourquoi cette couteuse inutilité de recasage de politicards incompétents, surrémunérés, véreux, hors sol, proscrits, l’ONU, n’en parle-t-elle pas ?