Justice

Le procès des « emmerdés » : Emmanuel Macron assigné en justice pour ses propos contre les non-vaccinés

Une plainte civile historique vise Emmanuel Macron personnellement. L'association Réaction 19 l'a assigné pour discrimination, invoquant ses propos de 2022 sur les non-vaccinés. Cette offensive judiciaire interroge les frontières de l'immunité présidentielle.

mise à jour le 29/01/26

Une procédure inédite perce le bouclier de l’immunité présidentielle pour citer Macron à comparaître.

Des déclarations qui persistent comme une tache

En janvier 2022, dans les colonnes du Parisien, le président lance : « Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. » Il les qualifie de « petite minorité réfractaire » promise à l’irresponsabilité et à une forme de déchéance citoyenne. Ces mots, assénés à la veille d’une campagne électorale, ont servi à légitimer l’exclusion des personnes non vaccinées de nombreux lieux publics. Immédiatement, des plaintes pénales pour injure et diffamation sont déposées. Elles échouent, étouffées par l’immunité présidentielle.



L’association Réaction 19 passe à l’offensive

L’association, pilotée par l’avocat Carlo Alberto Brusa et forte de plus de dix mille membres, franchit un cap en avril 2025. Elle assigne le président devant le tribunal judiciaire de Paris pour « discrimination et violences psychologiques ». Plus de cinq cents plaignants réclament réparation, estimant que leurs droits et leur dignité ont été piétinés. Leur argument central : l’article 225 du Code pénal, qui prohibe la discrimination fondée sur l’état de santé, doit primer sur la protection temporaire du chef de l’État. Ils estiment que le président a, par ses paroles, sciemment divisé le corps social.

Une audience sous tension au tribunal

La procédure elle-même relève du parcours du combattant. Les huissiers se heurtent à l’opacité des services de l’Élysée. L’audience de mise en état, le 22 janvier 2026, confronte deux visions du droit. Pour les plaignants, les avocats Carlo Brusa et Maud Marian affirment que stigmatiser une partie de la population n’entre dans aucune attribution présidentielle. L’immunité, selon eux, ne saurait couvrir une faute personnelle détachable de la fonction. La défense, menée par Me Enoki, brandit l’article 67 de la Constitution et réclame un sursis jusqu’à la fin du mandat en 2027. Le tribunal a réservé sa décision, laissant planer le doute.


L’immunité constitutionnelle sur la sellette

Le cœur du débat est certes  juridique, mais éminemment politique. L’article 67 protège le président des poursuites pour les actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions. Les plaignants soutiennent que des propos discriminatoires n’en relèvent pas. Une interprétation large de l’immunité signerait une forme d’impunité totale ; une interprétation restrictive créerait une jurisprudence limitant le bouclier présidentiel. Symboliquement, cette affaire cristallise un contentieux profond entre l’Élysée et une frange de la population, un ressort qui échappe aux canaux politiques traditionnels et prospère dans les médias alternatifs.



Une issue incertaine aux conséquences durables

Deux issues sont possibles. Si le sursis est accordé, le procès sera reporté à après 2027, reléguant l’affaire au statut d’épée de Damoclès. S’il est refusé, un jugement sur le fond pourrait condamner notre cher président à des réparations, ne serait-ce que symboliques. Au-delà de l’enjeu financier, c’est le principe de la responsabilité présidentielle qui serait réaffirmé. Cette procédure, quelle qu’en soit l’issue, marque déjà l’histoire juridique de la Ve République en opposant la parole du pouvoir à la justice ordinaire.

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