À Roiffieux, en Ardèche, une vidéo tournée pendant la fête des conscrits circule sur les réseaux sociaux. On y voit de jeunes participants reprendre un chant raciste d’une violence limpide : « Marine au pouvoir, les Arabes à l’abattoir ».
« MARINE AU POUVOIR
LES ARABES À L’ABATTOIR »Nouvelle vidéo, ils récidivent.
La justice est saisie, ne rien laisser passer ! pic.twitter.com/geKFKymUQs
— Alertes Racisme (@AlertesRacisme) June 22, 2026
La scène a été filmée début mai, lors des trois jours de fête organisés autour du 1er mai. Le maire de la commune, Christophe Delord, affirme n’avoir découvert la vidéo que le 22 juin 2026, après avoir été alerté par un autre élu. Il a aussitôt transmis le dossier à la procureure de Privas, en application de l’article 40 du Code de procédure pénale, qui impose à tout élu ou agent public de signaler un crime ou un délit dont il a connaissance dans l’exercice de ses fonctions.
La procureure de la République de Privas a confirmé l’ouverture d’une enquête confiée à la gendarmerie. Les faits sont examinés sous la qualification de provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination.
Le maire, interrogé par ICI Drôme Ardèche, explique avoir reconnu plusieurs jeunes de la commune :
« J’ai vite reconnu des jeunes gens qui font partie de la classe des magnons, ils ont un an de moins que les conscrits, donc 17 ans dans l’année. Ce sont essentiellement des jeunes de la commune, mais parfois ils acceptent des amis d’autres villages et c’est le cas pour au moins un d’entre eux. »
Cette vidéo arrive quelques jours après une autre séquence du même type, tournée dans une discothèque à Rodez, où des personnes avaient déjà été filmées en train de scander les mêmes paroles. Là aussi, une enquête a été ouverte pour provocation à la haine ou à la violence.
Après Rodez, Roiffieux. Même phrase, même cible, même violence. Deux vidéos en quelques jours, et pourtant, le gouvernement reste d’une discrétion remarquable. Pas de grande déclaration nationale. Pas de condamnation martelée sur les plateaux. Pas de déplacement symbolique. Pas de séquence politique construite autour de ces mots pourtant immondes.
Il ne s’agit évidemment pas de minimiser d’autres actes racistes ou antisémites, qui doivent être condamnés sans détour. Mais la différence de traitement saute aux yeux. Quand un tag vise une synagogue, les réactions politiques arrivent vite, parfois dans l’heure, avec le vocabulaire de la fermeté et de la République menacée. Ici, il ne s’agit pas d’un graffiti anonyme sur un mur. Ce sont des personnes bien réelles, filmées en train de scander des paroles immondes, en groupe, dans des lieux publics ou festifs. Et le silence au sommet de l’État pèse lourd.
Même gêne dans une partie des grands médias. Quelques articles existent, bien sûr. Mais pas de grand emballement télévisé, pas de longues séquences indignées, pas de traitement massif dans les journaux télévisés. Sur les chaînes qui passent leurs journées à commenter l’insécurité, l’immigration ou “l’ensauvagement”, ce racisme-là semble soudain beaucoup moins urgent à regarder en face.
C’est aussi cela, l’information à géométrie variable : certains faits deviennent des affaires nationales, d’autres restent coincés dans la rubrique locale, même lorsqu’ils sont d’une violence explicite.
Il faudra maintenant que l’enquête établisse qui a chanté, qui a filmé, qui a diffusé, et dans quelles conditions cette vidéo s’est retrouvée en ligne.
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